Suspension du projet d’extension d’un oléoduc aux Etats-Unis : un sursis pour la planète

Jeudi 8 novembre 2018, le juge fédéral de Montana a suspendu la construction du Keystone XL, un oléoduc géant. C’est un coup dur pour l’administration Trump, mais un sursis pour la nature et les populations autochtones.

La construction du Keystone XL, proposée en 2008, était chiffrée à  8 milliards de dollars pour une longueur de 1900 kilomètres. Il devait relier les champs de sables bitumineux de la province canadienne d’Alberta à l’Etat américain du Nebraska, pour atterrir aux raffineries du golfe du Mexique. Les techniques d’extraction de ces sables – dites non conventionnelles – sont connues pour leur impacts néfastes sur l’environnement, notamment pour les besoins importants en eau et pour la pollution qu’elles engendrent.

La juge fédéral Brian Morris a suspendu la construction en jugeant que l’administration Trump avait violé les lois environnementales et serait allée à l’encontre de la décision du gouvernement précédent de manière injustifiée. En plus d’agir aux limites de la légalité, le juge reproche au gouvernement actuel :

  • De ne pas avoir tenu compte des remarques de l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, selon lesquelles l’oléoduc aggraverait considérablement le changement climatique
  • De ne pas avoir mené d’enquête préalable sur l’éventuel impact de l’oléoduc sur les ressources naturelles dont dépendent les populations autochtones
  • D’avoir omis de réaliser des recherches sérieuses sur les éventuelles fuites de pétrole et ses éventuels impacts sur les nappes phréatiques
  • De ne pas avoir pris en compte dans les enquêtes préalables, les émissions de gaz à effet de serre qu’un tel projet engendrerait
  • D’avoir négligé l’évaluation de la rentabilité du projet

Ce moratoire impose donc au gouvernement de réellement examiner les implications du projet sur le climat, la faune et les cultures autochtones. Cette décision semble raisonnable quand on sait qu’il y a un an, la partie déjà construite du Keystone exploitée par l’entreprise Transcanada avait déversé 800 000 litres de pétrole dans la nature.

Le directeur de l’association Indigenous Environmental Network, Tom Goldtooth, a qualifié ce jugement de victoire pour les tribus autochtones, pour l’eau « and for the sacredness of Mother Earth ». Il a qualifié l’oléoduc d’« ennemi des populations, du climat et de la vie telle que nous la connaissons ».

Un projet qui ne cesse de renaître de ses cendres

Lors de son mandat en 2015, Barack Obama avait déjà décidé de bloquer la construction du géant oléoduc. En effet, les risques liés à ce projet étaient tels, que le département d’Etat américain ne le jugeait pas « d’intérêt national pour les Etats-Unis ».

Pourtant, sous prétexte que l’extension du Keystone XL allait créer des dizaines de milliers d’emplois et sécuriser l’approvisionnement énergétique américain, l’administration Trump avait délivré en mars 2017 un permis de construction à TransCanada.

Le porte-parole de cette dernière a réagi à la décision du juge Morris en affirmant que l’entreprise allait se conformer moratoire ordonné par le juge. Pour une telle société, il ne s’agit que d’un obstacle supplémentaire qui ne suffira pas à la dissuader de poursuivre son projet, d’après son porte-parole Tim Duboyce.  En effet, il est toujours possible pour l’exploitant TransCanada de faire appel de cette décision et de relancer l’extension de l’oléoduc. Il leur suffit de réaliser les études demandées et de prouver l’existence d’un intérêt national. C’est pourquoi les associations environnementales (Sierra Club, Indigenous Environmental Network, Northern Plains Resource Council…) qui ont porté ce procès continueront de contester le projet pour préserver leur environnement et celui des générations futures.

La décision du juge fédéral peut paraître symbolique, deux jours après que les démocrates aient récupéré la majorité à la Chambre des représentants. Les résultats de ces élections de mi-mandat reflèteraient-il un rejet de la politique anthropocentrée du Président Trump ? Affaire à suivre.

Sources :

Keystone XL Ruling

Keystone pipeline permits rescinded !, Indigenous Environmental Network, 08/11/2018

Construction de l’oléoduc Keystone XL suspendue, Tribune de Genève, 09/11/2018

Un juge américain freine le projet Keystone XL, Radio Canada, 09/11/2018

 

 

 

 

 

 

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