Le Projet Montagne d’Or : la mine qui creuse l’écart en Guyane

 

La concession aurifère portée par la Compagnie Montagne D’or et la société Nordgold-Columbus Gold en Guyane provoque aujourd’hui de vives revendications. Après un débat public mené en Guyane sur ce projet délicat, le nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, affirme qu’il ne peut être « mené comme envisagé ».

Les arguments préférés du promoteur en faveur de l’exploitation sont de deux ordres, les retombées économiques et la lutte contre l’orpaillage illégale. D’un certain point de vue, la création de 700 emplois directs, dont 90% attribués à des locaux, 3000 emplois indirects et 3 Milliards d’euros de retombées reste très avantageux pour un pays avec un taux de chômage supérieur à 20%. Mais de l’autre, le rapport WWF fait pencher la balance. Pour que le projet soit intéressant pour le pays, il faudrait qu’il soit basé sur de solides et sérieuses bases économiques. Or l’ONG assure que la rentabilité souhaitée est beaucoup trop optimiste face au cours de l’or et au taux de change euro-USD. On peut dès lors craindre que le consortium cherche à minimiser les coûts, ce qui pourrait passer par une dégradation des conditions sociales et de travail, ou une baisse des fonds accordés à l’environnement.

Après une présentation si optimiste du projet de la part du consortium, le président de la Compagnie Pierre Paris est aujourd’hui lui-même conscient de la complexité du dossier dû à l’affrontement avec les associations opposées et les locaux qui s’y opposent fermement. Forte biodiversité, et terres des ancêtres pour les populations indigènes, c’est toute une culture qui risque d’être malmenée.

Et pour cause…

Sur le site web de la Compagnie Montagne D’or, les informations sur les impacts écologiques et les potentiels désastres environnementaux font frémir.

Les chiffres peuvent paraître alarmants : 46 000 tonnes de cyanure, déforestation sur près de 1513 hectares, 140 millions de litres de fuel nécessaires et construction d’une ligne Haute-Tension de 125 Km avec une consommation de 20 mégawatts/jour.

 

Des tonnes et des tonnes de cyanure

Pour faire fonctionner cette mine, 10 tonnes de cyanure seraient nécessaires chaque jour. Même avec une réhabilitation environnementale prévue sur 30 ans avec un fond de 59 millions et la construction de bassins afin de stocker le cyanure utilisé, les associations craignent la rupture ou le débordement des bassins. Et on les comprend : ces bassins seront construits sur une zone peu recommandée, avec des risques de forte pluie et tempête et un événement déjà assez traumatisant, la rupture du barrage minier au Brésil en 2015 ayant provoquée 17 morts.

Le consortium peut-il respecter ses engagements ?

Pas si sur, comme en témoigne l’exploitation de la mine de Lefa par l’entreprise Nordgold. Située au nord de la Guinée, un reportage de France Inter révèle que 900 postes pourvus par des locaux ont été supprimés en 9 ans de gestion.

Et l’argument de l’orpaillage illégal ? La mine Lefa n’est, là encore, pas un exemple où 150 000 orpailleurs pratiqueraient illégalement autour de la mine. Mauvais présage également du côté du cyanure, où le lac accueillant l’eau cyanurée est en train de déborder. L’entreprise affirme pourtant respecter la réglementation française en Guyane.

La compagnie minière a aujourd’hui jusqu’au 7 décembre 2018 pour publier les suites décidées après le débat public tenu cette année.

La société n’attend plus que le feu vert du gouvernement pour démarrer ce projet en Guyane. L’engagement politique et juridique a donc plutôt intérêt à être sérieux.

 

 

A propos de Louisiane DEREAT

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