La lutte contre la pollution lumineuse : la trame noire

La pollution lumineuse provenant des éclairages artificiels a des conséquences désastreuses, aussi bien sur notre santé que sur celle de l’écosystème. Existe-t-il des solutions afin de limiter ces effets ?

source : https://flic.kr/p/rAKBTp

La lumière artificielle, source de dérégulation de notre écosystème :

La rotation de la terre engendre une alternance jour/nuit qui régit et structure l’évolution du vivant.

Pour les espèces nocturnes et certains végétaux, la lumière artificielle peut perturber leur cycle hormonal notamment au niveau de leur reproduction, leur croissance ou leur sommeil. Cette perturbation est aussi notable dans l’augmentation du nombre de prédateurs. Certaines espèces ont développé des techniques pour vivre dans le noir. Par exemple, certains animaux utilisent la lumière naturelle des étoiles pour s’orienter. Ainsi, la lumière artificielle complique les déplacements et agit comme une barrière pour la biodiversité, source de fragmentation des habitats. Le rapport proie-prédateur s’en trouve alors perturbé…

L’être humain, animal diurne, subit également les conséquences de la pollution lumineuse Sa production hormonale se trouve perturbée, à commencer par le cycle du sommeil. De plus, nous avons beaucoup moins de possibilités d’observer les étoiles. A l’échelle mondiale, un tiers de la population ne peut plus voir la voie lactée.

Par ailleurs, l’observatoire astronomique de Strasbourg n’est plus un poste d’observation professionnel depuis un demi-siècle. Il faut parcourir plusieurs kilomètres pour atteindre le champ du feu, poste d’observation des étoiles le plus proche.

Gaspillage d’énergie et d’argent public :

L’éclairage excessif a également pour corolaire une consommation accrue d’énergie et une facture d’électricité conséquente.

 

Comment limiter les effets de ce phénomène ?

Notons tout d’abord que le Grenelle de l’environnement de 2007 a posé la trame d’une règlementation concernant l’encadrement de ces pratiques.

Certaines villes ont décidé d’éteindre l’éclairage public au cœur de la nuit. Premier résultat observé : une importante économie d’énergie. Loin et de rechercher des solutions pour éviter cette défragmentation des habitats.

La trame noire, la continuité de la TVB :

La trame noire est le prolongement de la trame verte et bleu (TVB)

Initiée par le Grenelle de l’environnement en 2007, la TVB est une politique publique destinée à lutter contre ce phénomène de fragmentation des habitats. La TVB a pour objectif de préserver et de restaurer un réseau écologique en France. L’idée est d’identifier les îlots de nature et mettre en œuvre des connexions entre ces habitats. De cette manière, les espèces auront un véritable réseau leur permettant de se nourrir, se reproduire, se loger…

Certaines villes, telles que Strasbourg, ont pris l’initiative d’intégrer la TVB au sein du Plan Local d’Urbanisme. Ainsi, les projets d’aménagement auront l’obligation de prendre en compte la TVB. C’est un pas supplémentaire effectué pour la prise en compte de la biodiversité de manière transversale au sein des politiques de la ville.

Loin d’être suffisant, certaines collectivités prennent des initiatives et décident de mettre en œuvre la « trame noire » ou « trame nocturne ». Cette trame prend en compte l’alternance jour/nuit de la TVB pour faire en sorte que ces réseaux écologiques ne soient pas défragmentés par la lumière artificielle la nuit.

Une des méthodologies identifiées pour mettre en place la trame noire est constituée de 3 étapes principales. Tout d’abord, il est nécessaire d’identifier les espaces plongés dans l’obscurité et les espaces jalonnés par des luminaires. Ensuite, un plan de sauvegarde peut-être établi afin d’institutionnaliser et donc de préserver les zones actuellement démunies d’éclairage. L’objectif final sera donc d’apporter des propositions alternatives pour les espaces naturels éclairés (extinction totale et partielle, détection de présence, gradation…).

Ce type de projet comporte un double enjeu et il ne faut pas omettre le volet social. L’éclairage nocturne est une composante de la sécurité publique. L’acceptabilité sociale est un paramètre majeur à prendre en compte dans les propositions.

Rennes et Lorient, le Sdal : schéma directeur d’aménagement lumière :

Ancien plan lumière de 2001, prenait en compte uniquement le centre-ville. Ce nouveau Sdal prend en compte l’ensemble de la ville de Rennes. La trame noire est composante de ce Sdal, et plonge certaines parties de la ville dans l’obscurité. Le Sdal a remplacé tous les équipements devenus obsolètes, tels que les éclairages boules, ou les leds bleus.

A Lille, le projet LUCIOLE :

Plus récemment, la ville a initié le projet LUCIOLE. En collaboration avec l’agence Concepto, l’idée de ce projet a été d’utiliser la ceinture verte pour faire le lien entre le bâtis et campagne. La solution trouvée a été de s’appuyer sur les cours d’eau pour la trame noire accompagnée d’une strate arborée. A proximité de ces lieux, le projet LUCIOLE propose un éclairage qui s’adapte aux usages, avec par exemple détecteurs de mouvements.

La pollution lumineuse ne cesse de croitre. Ce type de projet peuvent apporter une réponse, tout en restant vigilant à l’effet rebond.

Pour en savoir plus :

https://journals.openedition.org/tem/4381

https://www.lille.fr/Votre-Mairie/Notre-action-pour/Une-ville-durable/LE-PROJET-LUCIOLE

http://darksky.org/light-pollution/wildlife/

http://advances.sciencemag.org/content/3/11/e1701528

https://www.monprojetpourlaplanete.gouv.fr/projects/plan-climat/collect/depot-des-projets/proposals/trame-noire-sous-les-projecteurs-la-biodiversite

http://www.nuitfrance.fr/ilot-ellf/

Carte pollution lumineuse :

https://avex-asso.org/dossiers/pl/europe-2016/google-map-fausse-couleur/index.html

Video :

https://www.youtube.com/watch?v=P7NIQGDxDTE

 

A propos de Laura SAGER

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. FAES André dit :

    Bonjour,
    J’habite l’agglomération lilloise. La Ville de Lille fait de louables efforts pour lutter contre la pollution lumineuse.
    Il est d’autant plus désespérant de voir, dominant l’agglomération, des grues de chantier outrageusement illuminées une grande partie de la nuit. Ce qui ne se voyait pas il y a encore quelques années a commencé pendant les fêtes de fin d’année pour devenir permanent comme je peux le constater de chez moi.
    Cet abus d’éclairage, sans utilité publique il me semble, ne devrait-il pas être empêché ?

    Cordialement
    André Faes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.