Repair Café Strasbourg :

Lutter contre l’obsolescence programmée :

Nous avons tous déjà rencontré des objets dont la fin de vie est survenue prématurément : des collants filés avant l’heure, une imprimante dont la réparation revient plus cher que le prix d’achat qu’une neuve, un téléphone dont la batterie faiblit au moment inopportun.

Toutes ces fins de vie résulteraient de plusieurs techniques visant au raccourcissement volontaire de la durée de vie des produits. Le but de cette pratique serait de générer le rachat fréquent des produits afin de créer de la croissance économique. Ce phénomène s’appelle l’obsolescence programmée.

La théorie de l’obsolescence programmée reste sujette à de nombreuses polémiques quant à son existence. Mais rappelons tout de même que l’obsolescence programmée est considérée comme un délit par le législateur depuis la loi du 17 août 2017. Mais il reste très compliqué de prouver la présence d’une intention réelle de recourir à l’obsolescence programmée. Malgré les divers polémiques qui entourent l’obsolescence programmée, une constante demeure : l’impact négatif sur le pan environnemental de cette pratique. L’extraction constante des matières premières et la création intempestive d’un amoncèlement de déchets notamment électronique ne cesse de croitre. C’est par la mobilisation des acteurs impliqués que des avancées peuvent se réaliser.

Quand la résistance s’organise :

Le Repair Café, une des options envisageables pour lutte contre l’obsolescence programmée. Partons à la rencontre d’Yvan Bajcsa, le gérant de la structure Repair Café strasbourgeoise afin d’en savoir plus :

Pouvez-vous me décrire brièvement le but du repair café et votre activité au sein de celui-ci ?

Les Repair Café sont une structure internationale, née aux Pays-Bas, ayant pour but de sensibiliser le public au gaspillage en lui évitant de jeter inutilement des objets qui peuvent être remis en état de marche. “Jeter, non merci ! Réparer !”, c’est notre devise.

Je suis un bricoleur averti, formation électronique, et je suis à la base dépanneur de petit électroménager et d’électronique vintage. Mais aussi membre fondateur et “co-président” de la structure locale, couvrant l’Eurométropole de Strasbourg.

Vous travaillez bénévolement n’est-ce pas ? Quelle satisfaction tirez-vous de cette activité ? 

Je suis effectivement bénévole. J’aime bricoler de mes mains, c’est une détente, et en même temps des expériences sur des objets insolites, mais aussi le contact avec les bénéficiaires de ces interventions.

Pour vous, qu’est ce que l’obsolescence programmée ? Un mythe ou une réalité ? 

Malheureusement, c’est une réalité. Les objets courants dont on a besoin quotidiennement sont étudiés et fabriqués pour que l’un ou l’autre composant lâche au bout d’un à deux ans d’utilisation. Le point de départ : les ampoules électriques à filament. Pour assurer la rentabilité de la production, il fallait trouver un stratagème pour que les clients en achètent régulièrement … Une anecdote à ce sujet, savez-vous que depuis 1901 une ampoule électrique brille sans interruption. C’est peut-être la preuve qu’il est techniquement possible de concevoir des objets durable.

Avez-vous le sentiment que certains objets on été conçus dans l’idée de rendre toute réparation impossible ? 

J’en suis convaincu. Cela concerne essentiellement la high-tech d’aujourd’hui. Les objets sont miniaturisés au maximum, et même en fabrication, des pièces défectueuses sont plutôt jetées que réparées.

Avez-vous des preuves concrètes de manifestation d’obsolescence programmée ? Si oui, lesquelles ? 

C’est flagrant, particulièrement chez Apple. Sous couvert de sécurité pour les batteries au lithium, ils programment artificiellement un ralentissement des processeurs pour faire acheter leurs produits plus récents.

Sentez-vous vos clients plus sensibilisés à la problématique de l’obsolescence programmée ? 

Malheureusement, pas toujours. Certains ne voient en nos ateliers qu’un dépannage à bon compte … Mais ils sont bien contents de ne pas avoir à jeter des objets auxquels ils tiennent et que nous avons réussi à rendre à nouveau fonctionnels.

Pensez-vous que le repair café est un bon moyen de lutter concrètement contre l’obsolescence programmée ?

Nous espérons n’être qu’un petit maillon de la chaîne qui prend de l’ampleur tous azimuts. Mais j’en suis convaincu.

Que pourrait-on faire ou imaginer pour faciliter vos réparations ?

Nous cherchons à renforcer notre équipe de bénévoles pour que nous puissions multiplier et mailler nos ateliers éphémères sur le périmètre que nous nous sommes fixé. Nous ne cherchons pas seulement des dépanneurs, mais des administrateurs : contacts avec des lieux (nous n’avons pas de locaux propres), accueil des clients, etc…

Réparez-vous des Smartphones ? Est-ce compliqué ? 

Il s’agit essentiellement de bris de vitre ou d’écran. Ce n’est pas compliqué, mais délicat. Les ateliers éphémères ne s’y prêtent pas vraiment. C’est un travail d’atelier spécialisé. Mais certains de nos dépanneurs s’y risquent. Les pannes électroniques sont plus rares …

Je me penche particulièrement sur un téléphone nommé fairphone, le connaissez-vous ? Qu’en pensez-vous ? Est-ce un bon moyen selon vous de lutter contre l’obsolescence programmée ? 

Les Fairphone sont une très belle réponse à l’obsolescence programmée, à mon avis. En voyant que les Iphone X sont fabriqués à 50 millions d’exemplaires, le jour où le Fairphone arrivera à un tel chiffre, Apple aura du mauvais sang à se faire. Les clients n’achèteront plus des produits finis, mais des sous-ensembles réparables et remplaçables. C’est une bonne option pour le recyclage et la préservation de l’environnement. D’ailleurs, des fabricants divers et variés commencent à créer des magasins de pièces détachées, tel que semboutique.com.

 

Lundi 23 avril dernier, le gouvernement a d’ailleurs présenté sa feuille de route sur l’économie circulaire. Constituée de 50 mesures regroupées en 4 axes mieux produire, mieux consommer, mieux gérer nos déchets et mobiliser tous les acteurs. Il est notamment proposé de créer de nouvelles filières REP, mais aussi une fiscalité permettant la valorisation des déchets afin de permettre uniquement en dernier ressort la destruction. Mais aussi d’apposer des indices de réparabilité sur les étiquettes énergies des produits. Espérons que ces mesures vont permettre de favoriser ce type d’initiatives qui permettent de recréer du lien social et de réattribuer des compétences à nos citoyens.

A lire :

https://www.nouvelobs.com/sciences/20160607.OBS2022/la-belle-histoire-de-l-ampoule-qui-brille-depuis-115-ans.html

https://dromabuzz.com/2017/12/iphone-des-utilisateurs-mecontents-denoncent-le-bridage-des-smartphones

 

https://www.semboutique.com/reparer-vous-meme

 

https://www.halteobsolescence.org/une-eco-contribution-sur-les-produits-jetables-pour-financer-un-fonds-de-developpement-des-metiers-de-la-reparation/

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0301597542869-economie-circulaire-une-feuille-de-route-en-cinq-etapes-cle-2171227.php

 

 

A propos de Laura SAGER

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