Et si le ciel tombait sur le vignoble français? (1)

 

Les vignes, les vins, se voient secoués par une vague de bouleversements climatiques : retour sur l’impact de ce phénomène sur l’un des fleurons de la culture française.  

Fin novembre, la taille a débuté sur les parcelles de vignes en terrasses de Banyuls-sur-Mer. Sécateur à la main, Philippe, soigne la récolte à venir. Le vignoble Roussillonnais est l’un des premiers de France à lancer le ballet de la saison de vendanges, mais chaque année, on observe que la maturité des baies est de plus en plus précoce. Les vignes sont particulièrement sensibles à des modifications climatiques.

 Le thermostat déréglé, le cycle jour est modifié, c’est donc le cycle vers la maturité qui est bousculé. Traditionnellement, pour l’appellation Collioure/Banyuls, la récolte des raisins débute mi-aout, mais c’est sans compter sur les excentricités de la météo. L’année 2006, suite à une forte sècheresse, les équipes de vendangeurs ont dû être opérationnels sur une parcelle de Roussanne le…1er aout, du jamais vu de mémoire de vignerons sur le cru. Face aux températures parfois extrêmes durant la période estivale, période donc de vendanges, il faut s’organiser, s’adapter. Le recours au camion frigorifique a été l’une des parades. Philippe l’a introduit il y a 10 ans, à l’époque, les gens du cru l’avaient surnommé « Jean de Florette » mais au fils des ans, au moment des vendanges, le paysage change et il n’est pas rare de croiser à des altitudes qui méritent le respect ou sur des parcelles de vignes quasi inaccessibles ces véhiculent qui ont changé la donne.  En effet, le camion frigorifique est devenu nécessaire pour assurer le voyage, le stockage des baies, pour préserver les baies de l’oxydation (favorisée par la chaleur) et préserver ainsi les arômes finaux.   

 Plus les baies de raisin sont gorgées de sucres, plus élevé sera le degré alcoolique final, d’où l’importance de vendanger tôt. D’une part, les consommateurs ne sont pas friands de vins au taux d’alcool élevé, mais aussi et surtout le côté « alcooleux » marquant lors de la dégustation, n’est guère apprécié. En contrepartie, cette vendange précoce pose problème quant à la typicité aromatique et l’effet terroir quelque peu « gommés » par ces bouleversements.  En passant moins de temps sur le cep, les baies de raisin voient leurs arômes changer. Ces paramètres sont difficiles à compenser, même si on tente de s’adapter chaque année et on tente de retrouver les mêmes équilibres (fraîcheur, puissance, concentration…) caractéristiques du terroir, d’une cuvée. Les grands vins sont produits sur des sols pauvres et des terroirs précoces, peut-être faudra-t-il faire évoluer ce paramètre, car cette prématurité des récoltes semble ne plus être si favorable.

La suite au prochain numéro.

  

Sur la base d’échanges avec Philippe Gard, vigneron à Banyuls-sur-Mer

Source secondaire:

http://www.larvf.com/,vin-vignoble-francais-changement-climatique-rechauffement-yves-leers-entretien-interview,4476986.asp

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