Nanoparticules, mais gros enjeux

Le glyphosate, star de l’actualité européenne de ces dernières semaines a occulté une autre actualité sanitaire brûlante: la découverte le 10 novembre dernier d’une fraude aux nanoparticules.

La fraude de l’industrie agroalimentaire

Les nanoparticules, vous en avez déjà entendu parler ? Ces additifs ne dépassant pas le millionième de millimètre – soit 50 fois plus petit qu’un cheveux – sont utilisés massivement par l’industrie agro-alimentaire.  Bien qu’il n’ai pas encore été prouvé scientifiquement que la santé de l’homme était affectée, il est reconnu que ces nanomatériaux ont la capacité de franchir les barrières physiologiques (reins, intestin, cerveau) et de se loger dans le corps humains pour un bon moment. Principe de précaution oblige, depuis un règlement européen de 2014, les industriels ont obligation d’indiquer sur l’étiquette des produits vendus dans le commerce l’existence de nanoparticules dans les additifs utilisés.

Surprise : en septembre dernier, une étude de 60 millions de consommateurs révélait la présence de ces nanomatériaux dans 100% des bonbons et gâteaux examinés, alors qu’aucune mention n’était faite sur les emballages. La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, saisie de la question, a réitéré les accusations après examen le 10 novembre dernier. Les industriels, sommés de s’expliquer sur leur manquement envers la législation, se défendent en arguant que seuls les additifs contenant plus de 50% de nanoparticules devraient être mentionnés sur les étiquettes, selon une définition de la Commission Européenne de 2011, mais dont la valeur juridique ne prévaut pas sur le règlement de 2014.

La nanoparticules, additifs stars des sucreries 

Tous les nanomatériaux utilisés comme additifs alimentaires ne présentent pas la même proportion de dangerosité, mais l’additif E171, de son nom savant dioxyde de titane, présente des présomptions de risques sanitaires.
En effet, en janvier 2017, les scientifiques de l’INRA, saisis de la question, avaient fait ingérer à des rats cobayes du dioxyde de titane contenant 40 à 45% de nanoparticules; des proportions semblables à celles présentes dans les produits en vente dans le commerce, et dont les industriels se défendent de l’obligation d’étiquetage. Au terme de l’étude, les scientifiques avaient pu conclure chez 40% de la population étudiée à un affaiblissement très rapide du système immunitaire, au bout d’une semaine seulement, à raison d’une consommation quotidienne; ainsi que le développement de cellules précancéreuses du colon au terme des 100 jours d’expérience.

Si les scientifiques de l’INRA se refusent à extrapoler ces résultats envers les humains, il n’en demeure pas moins que l’utilisation de l’additif E171 par l’industrie agroalimentaire devrait occasionner une réglementation plus claire. Car il faut savoir que le dioxyde de titane est le chouchou des industriels pour faire briller les bonbons et autres crèmes glacés : ce sont donc les enfants, premiers consommateurs de ces produits qui sont les plus massivement exposés, alors que leur système immunitaire n’est qu’en cours de développement.

La bataille aux nanoparticules ne fait donc que commencer, les flous juridiques étant responsables des abus, les autorités alimentaires devraient dans les mois à venir se prononcer sur la nécessité ou non d’indiquer la présence de nanomatériaux dans les additifs lorsque leur utilisation est inférieure à 50%… Il est tout de même à se demander pourquoi le dioxyde de titane, sous sa forme gazeuse, est classé comme cancérogène probable par l’OMS et strictement réglementé, tandis qu’il ne devrait pas l’être lorsqu’il est ingéré…?

 

La liste des 313 produits alimentaires pouvant contenir des nanoparticules : https://infonano.agirpourlenvironnement.org/

https://www.lci.fr/conso-argent/nanoparticules-alerte-sur-l-additif-alimentaire-e171-2028374.html

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