Déclin des abeilles : et si Einstein avait raison ?

Email this to someoneTweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on LinkedIn2

« Si les abeilles disparaissaient, l’Homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». Que l’on attribue ou non cette prédiction à Albert Einstein, le constat n’en reste pas moins accablant : les colonies d’abeilles meurent par milliers, un déclin sans précédent pour ces insectes apparus il y a 200 millions d’années.

Taux de mortalité supérieur au « taux normal » de 10%

Chaque année, les apiculteurs déplorent près de 300.000 colonies décimées, soit 15 milliards d’abeilles. Le taux de mortalité global oscille entre 3,1 % et 35,9 % selon les pays européens. Ces chiffres résultent d’une enquête menée sur la période 2012-2013 dans 17 états européens par EPILOBEE, le programme de surveillance active de la mortalité des colonies d’abeilles, co-financé par la Commission européenne et les Etats membres. Cette hécatombe impacte directement la filière apicole. France AgriMer estime que le nombre d’apiculteurs a diminué de 40 %, le nombre de ruches de 20 % et la production de miel de 28 % entre 2004 et 2010.

Bien plus que la production de miel

La pollinisation est un maillon indispensable à l’équilibre de notre écosystème, notre agriculture, notre économie et notre alimentation. Les plantes, clouées au sol par leurs racines, ont besoin des insectes pollinisateurs pour transférer le pollen contenant les cellules mâles vers les cellules femelles, permettant ainsi la création de plantes et la maturation des fruits et légumes. A cette fin, les plantes sécrètent astucieusement du nectar afin d’attirer les insectes pollinisateurs comme les abeilles, les bourdons et les papillons. 84% des espèces cultivées en Europe reposent sur cette pollinisation selon l’Institut national de la recherche agronomique (« Inra »), dont la majeure partie – 90% – est effectuée par les abeilles. Au regard de l’importance majeure des insectes pollinisateurs dans notre biodiversité, il semble prioritaire de s’assurer de leur survie, et par extension, de la notre.

Un ou plusieurs ennemis ?

Le phénomène d’affaiblissement et de surmortalité des colonies d’abeilles fait couler beaucoup d’encre et nombreux experts s’accordent sur une multiplicité de causes. Les travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (« Anses ») ont permis de dégager quatre principaux facteurs agissant sur la santé des abeilles :

– des causes biologiques par la présence de parasite comme l’acarien varroa destructor, le champignon nosema, les virus et le redoutable frelon asiatique,

– des causes chimiques à travers l’utilisation massive de produits phytosanitaires qui brouillent le système nerveux des abeilles et affaiblissent leur système immunitaire,

– des causes environnementales liées à la monoculture et au changement climatique, ainsi que

– des pratiques apicoles ne permettant pas le développement durable des colonies, par la vente et achat de reines (en lieu et place d’une sélection naturelle), le transport de ruches, le morcellement des colonies et l’utilisation de médicaments.

Au moins trois facteurs sur quatre listés ci-dessous correspondent à une intervention humaine. L’arrivée des pesticides dans les années 1990 coïncident étrangement avec le début du déclin des abeilles.

En Chine, où dans certaines régions comme le Sichuan les abeilles ont complètement disparu, la politique lancée en 1958 par Mao Zedong a été fatale aux meilleures pollinisatrices : estimant que les moineaux étaient nuisibles, ils furent exterminés. S’en suivit une prolifération des insectes réglée par une utilisation draconienne d’insecticides et donc une mortalité totale des abeilles. La pollinisation se fait désormais à la main avec des plumeaux trempés dans du pollen. Qui est le meilleur pollinisateur ? L’Homme ou l’abeille ? La science est sans équivoque sur la question.

La domestication des abeilles pose la question du rapport de l’Homme à la nature, transposable dans bien des domaines. La première cause du déclin des abeilles ne serait-elle pas l’instrumentalisation de la nature par l’Homme ? Qui, ce faisant, court à sa perte ? L’effondrement des colonies est un signal d’alarme montrant qu’il est encore temps d’opter pour une agriculture raisonnée et diversifiée, ainsi que le respect de bonnes pratiques apicoles. La santé des sols, des plantes, des animaux et des hommes est liée dans un système interactif et indispensable pour un système durable.

Sources :

Documentaire “More than honey” réalisé par Markus Imhoof, 20 février 2013.

France AgriMer, établissement national des produits de l’agriculture et de la mer : www.franceagrimer.fr

Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : www.anses.fr

Programme EPLIOBEE : ec.europa.eu/food/animals/live_animals/bees/study_on_mortality_en

Institut national de la recherche agronomique (Inra) : www.inra.fr

Ministère de la transition écologique et solidaire : www.ecologique-solidaire.gouv.fr

A propos de Carole COMBE

Email this to someoneTweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on LinkedIn2

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *