L’impossible gestion des déchets radioactifs : lumière sur le projet Cigéo à Bure

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A l’heure où la Communauté Internationale se positionne en faveur d’un développement énergétique durable, la question oubliée de la gestion des déchets radioactifs refait surface. Dans le viseur, le très controversé « Projet Cigéo » d’enfouissement géologique des résidus nucléaires Français. Réalisé par l’Andra – Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs – ce projet titanesque aux allures de « solution finale » est pourtant obstinément soutenu par le Gouvernement. Qualifié par ses opposants de « poubelle nucléaire », Cigéo soulève de nombreuses questions à la fois techniques, politiques, éthiques et environnementales, qui ne doivent pas rester sans réponses.

Pourquoi Bure?

La destinée de la commune de Bure (Département de la Meuse) et de ses habitants n’était certainement pas de se voir imposer l’enfouissement, 500 mètres sous leurs pieds, des déchets les plus hautement radioactifs rejetés par l’industrie nucléaire Française. Et pourtant…

En 1991, la « Loi Bataille » fixe trois axes de recherches concernant la gestion des déchets radioactifs, à savoir : la séparation / transmutation et l’entreposage de longue durée – étudiés par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) – ainsi que le stockage profond, dont l’étude s’est vue confiée à l’Andra. Le stockage réversible en couche géologique profonde sera finalement retenu par la Loi du 28 juin 2006, pour la gestion à long terme des déchets de Haute Activité (HA) et de Moyenne Activité à Vie Longue (MA-VL).

Bien que Bure ne fut pas à l’origine le seul site où l’implantation d’un laboratoire souterrain aurait pu avoir lieu, sous l’influence de l’Union Européenne, l’Etat Français qui, étant en dernier ressort responsable des déchets radioactifs produits sur le territoire national, se devait de trouver une solution. Ont ainsi été mises en avant les conclusions scientifiques de l’Andra, favorisant le site de Bure comme le plus adéquat en raison des propriétés de sa roche souterraine, écartant les autres sites à l’étude, en proie à une forte constatation.

Actuellement à Bure, le développement industriel du Projet Cigéo continu, malgré la mobilisation et les actions judiciaires menées par les associations d’opposants. Il est pourtant prévu par la Loi du 25 juillet 2016, précisant les modalités de création d’une telle installation de stockage géologique, un début des travaux de construction en 2021, pour un démarrage de l’installation par une phase industrielle pilote en 2025. Mais, ce projet peine toutefois à avancer. En effet, l’Andra a du une nouvelle fois repoussé le dépôt de la demande d’autorisation de création de Cigéo devant l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), pour des raisons essentiellement financières et techniques.

Quels déchets y seront stockés et comment?

Le projet Cigéo prévoit la prise en charge des déchets HA et MA-VL, soit, moins de 20% des déchets du parc nucléaire Français, qui représentent pourtant 98 % de la radioactivité totale. Leurs origines sont diverses : parcs nucléaires, laboratoires de recherches et activités de défenses… Mais une caractéristique commune les regroupent : leur forte radioactivité persiste sur plusieurs millions d’années, rendant impossible un stockage pérenne en surface.

Le stockage en formation géologique profonde est donc envisagé, par un enfouissement des déchets sous une couche imperméable d’argile, à une profondeur conséquente de 500 m. L’objectif étant d’isoler complètements les déchets et d’éviter toute contamination avec le milieu environnant. A ce jour, cette technique reste la solution de référence internationale pour le stockage des déchets à longue vie, bien qu’elle n’ait jamais été testée ni mise en pratique. Les 85 000 m3 de déchets seront ainsi stockés dans des réseaux souterrains comptant plus de 300 kms de galeries. L’enfouissement se fera progressivement à l’aide de robots automatisés pour limiter les risques et aboutir à une fermeture définitive du site au bout de 100 ans.

Certaines lacunes du Projet Cigéo ont toutefois été soulevées par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), concernant les risques d’incendies liés au confinement des résidus bitumineux, attisés par la possible libération d’hydrogène par les argiles.

La terre regorge de trésors cachés… pour les générations futures?

Depuis l’invention de la technologie nucléaire, personne n’a encore trouvé, plus de 70 ans après, une solution pour traiter les déchets nucléaires hautement radioactifs : ne serait-ce alors pas un pari très risqué, que de laisser à la charge des générations futures, la mission de trouver une solution à un problème qu’ils n’auront eux-mêmes pas causé? La connaissance de ce site ne tombera-t-elle pas un jour dans l’oubli?

La soutenabilité de cette solution de stockage reposerait sur son caractère réversible, pour assurer à tout moment la récupération des déchets. Alors, puisque « rien ne se perd, rien ne se créer, tout se transforme », la seule solution est de transmettre, intact, tout le savoir acquis sur le nucléaire et les risques qu’il emporte. Laissant ainsi 100 ans aux quatre générations qui nous suivrons, une chance d’adapter la structure, en fonction des évolutions technologiques à venir.

Vidéo du projet :

Sources :

• https://andra.fr
• http://www.cigeo.com
• http://burestop.free.fr/spip/

A propos de Marion LEMOIGNE

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