Révélations dans l’affaire de la cuve EPR de Flamanville

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Depuis plusieurs mois, l’usine de Flamanville dans laquelle est construite l’EPR est sous le feu des projecteurs. Un problème majeur est survenu dans le cadre de la construction du nouveau réacteur de la centrale de Flamanville. Des résultats d’essais ont montré que l’acier de la cuve et du couvercle est plus fragile que ce que prévoient les normes de sûreté. La raison : la présence trop importante de carbone qui rend l’acier cassant.

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Image EPR de Flamanville, Journal La Manche Libre

Le réacteur EPR (Réacteur Pressurisé Européen) est un nouveau modèle de centrale nucléaire développé par Areva. Cette dernière affirme sur son site internet que ce type de réacteur « offre une résistance exceptionnelle aux risques d’accidents internes et d’agressions externes, notamment les séismes, les inondations et les chutes d’avion ». EDF décide en 2004 d’augmenter la capacité de la centrale nucléaire de Flamanville. Elle propose donc l’implantation d’un réacteur EPR. La construction a débuté en 2007 et continu encore aujourd’hui.

 

      L’historique d’une histoire incompréhensible

Le couvercle et le fond de la cuve du réacteur ont été fabriqués par Creusot Forge, en Bourgogne entre septembre 2006 et décembre 2007. Cependant, dès 2006, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) demande par courrier à Areva d’effectuer des vérifications concernant l’état de ces deux pièces. Pendant près de sept ans, le fabricant de la cuve et l’ASN échangent leurs considérations techniques mais aucun test n’est cependant effectué.

Ce n’est qu’en 2014, lors de l’arrivée de la cuve sur le chantier de Flamanville que des tests seront pratiqués. La cuve est donc bel et bien installée par EDF et Areva malgré la mise en garde de l’ASN. Sans surprise le verdict tombe et les résultats sont négatifs : les deux pièces pointées du doigt 7 ans plus tôt présentent effectivement des anomalies. La réglementation impose que l’acier de la cuve contienne 0,2% de carbone. Dans le cas présent, c’est 0,3%. Cela peut paraître peu mais cela suffit pour modifier les propriétés de l’acier.

Le problème c’est que la cuve forme une pièce d’un seul tenant qu’il est impossible de rafistoler si une anomalie survient dans la composition de l’acier. La seule solution est de changer entièrement la pièce.

 

      Une usine pas aux normes

La forge du Creusot est un “morceau de l’histoire de la sidérurgie française”. Elle est installée en Bourgogne depuis le 18ème siècle et a fabriqué de nombreuses pièces pour les centrales nucléaires du monde entier. Après plusieurs risques de faillites, elle est rachetée en 2003 par l’homme d’affaire Michel-Yves Bolloré, frère aîné de Vincent Bolloré. Absolument pas spécialiste dans le domaine, son intérêt est purement financier.

On voit alors arriver de nouveaux sous-traitants et l’usine connaît de plus en plus de problèmes de fabrication. Les bâtiments sont mal entretenus et la forge s’éloigne des standards requis par l’industrie du nucléaire. L’Autorité de sûreté nucléaire est informée de cette situation. Elle alerte les deux groupes avant le début de la construction de la cuve. Malgré tout, c’est cette usine qui est choisie et rachetée à l’homme d’affaire pour la somme de 170 millions d’euros !

Au début de la construction des deux pièces par l’usine Creusot Forge, en 2006, l’ancien directeur général de l’ASN, André-Claude Lacoste, s’était même rendu sur place. Il était revenu en affirmant que la forge n’était pas aux normes attendues dans le nucléaire. EDF et Areva avaient donc été mis au courant de ces irrégularités.

 

      Un examen plus approfondi de l’usine

L’ASN demande un audit complet de l’usine du Creusot. Le premier document fournit par Areva est totalement creux. L’ASN en exige un second et ce n’est qu’en 2016 que les conclusions tombent. Des pièces non conformes ont été livrées à l’industrie du nucléaire. Dans certains cas, les dossiers de fabrication ont été falsifiés afin que le client ne s’en rende pas compte.

Le plus gros problème concerne une pièce fabriquée par l’usine en 2008 pour l’un des réacteurs de la centrale de Fessenheim. Elle n’était pas du tout adaptée mais a quand même été livrée à EDF sans que ce dernier ne soit mis au courant.

 

L’ASN doit se prononcer en septembre sur la cuve de l’EPR et dire si la pièce est bonne pour le service. Cependant, le problème ne serait plus technique mais financier. En effet, le retard sur le chantier de Flamanville couterait des milliards d’euros supplémentaires. De plus, Areva a également des chantiers en Angleterre et en Chine pour l’EPR. Que deviendraient-ils ?

 

Manon GUERMAN

 

Webographie:

https://www.actu-environnement.com/ae/news/hctisn-historique-cuve-epr-asn-areva-edf-27168.php4 

https://www.actu-environnement.com/ae/news/cuve-epr-flamanville-echanges-areva-asn-24933.php4

http://www.new.areva.com/FR/activites-1710/lesnbsp-racteurs-epr-les-principales-caractristiques.html

http://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/info-franceinfo-defauts-sur-la-cuve-de-lepr-de-flamanville-l-autorite-de-surete-nucleaire-avait-alerte-edf-des-2005-de-dysfonctionnements-chez-le-fabricant_2121929.html

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/nucleaire-edf-et-areva-savaient-depuis-2005-que-la-forge-du-creusot-posait-probleme_111875

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