Fini le plastique, voici la nouvelle vaisselle jetable

Un an après l’entrée en vigueur de l’interdiction des sacs en plastique jetables, mesure phare de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015, le prochain jalon de ce qui pourrait être un changement fondamental de notre mode de consommation poind. Il s’agit de l’interdiction de la mise à disposition à titre onéreux ou gratuit de vaisselle jetable en plastique, proclamée par ce même texte et précisée par un décret du 30 août 2016. La France remet-elle en question l’existence pure et simple de cet objet du quotidien, au détriment de la simplicité d’usage ? Les apparences peuvent être trompeuses.

Les coupables encourent maintenant jusqu’à 100.000€ d’amende et deux ans d’emprisonnement. De quels sérieux agissements parle-t-on ? La distribution de sacs plastiques à usage unique par un commerce ! Ce point d’arrêt retentissant à 70 ans de coutume dans la grande distribution en France aura le mérite de marquer la fermeté du législateur à ce sujet. Or, certains en appellent à une augmentation des contrôles, car il est encore commun pour les consommateurs de se voire remettre un sac en plastique à la fin de leurs courses. Le tout sans le moindre relent de speakeasy sous la Prohibition, les enseignes étant bien conscientes que l’acheteur est plus amène à débourser s’il sait qu’une solution de transport peu coûteuse l’attend en caisse. La maxime selon laquelle “la coutume tient lieu de loi là où la loi fait défaut” reste d’actualité.

L’interdiction de la vaisselle plastique présente quelques différences. Ainsi, ce qui sera interdit d’ici 2020, ce n’est pas juste la distribution gratuite mais aussi la vente, et vendre activement un produit interdit reste moralement plus stigmatisée.

Burger

Photo appartenant à Viktor Hanacek, utilisée avec l’accord de picjumbo.com

Toutefois, il faut admettre que ces deux interdictions sont quasi-identiques sur le fond. En effet, les enjeux restent les mêmes: ceux de la lutte contre l’explosion disproportionnée déchets plastiques. Ségolène Royal, ministre de l’Écologie du quinquennat Hollande, n’avait cessé de souligner les effets de cette augmentation de notre empreinte plastique: consommation par les oiseaux et les petites mammifères, pollution des sols, mais surtout pollution des eaux. Près de 20 milliards de tonnes de déchets par an finissent dans l’océan, l’emplissant de CO2.

En arrière-plan des rapports occasionnels de côtes françaises envahies de plastique, il s’avère que les quantités de déchets non-biodégradables amassées à notre rythme actuel dépasse nos capacités de traitement et donc, pullulent à l’état brut dans nos territoires. Au vu de ce risque, tentons d’anticiper comment ce changement de vaisselle peut s’ancrer dans la société française.

 Une mise en œuvre “impossible” ?

Le décret d’interdiction identifie le plastique comme un élément à évincer de la vaisselle jetable. En effet, cette dernière est rarement utilisée plus d’une fois, mais ses caractéristiques en ont toujours fait un bien à part, comparé à la vaisselle en céramique ou en verre. Portabilité, durabilité et flexibilité en ont fait un produit immanquable des repas en extérieur, mais pas que. Ainsi, les hôpitaux, les prisons ou les associations d’aide y ont aussi recours pour garantir l’hygiène et la sécurité du plus grand nombre à moindre coût.

Le jugement de valeur opéré par la loi de transition énergétique invite les consommateurs à se tourner vers d’autres chaines de production de vaisselle. La vaisselle jetable compostable sera autorisée au-delà de 2020. De plus, une période de transition permettra aux producteurs de continuer à mettre sur le marché de la vaisselle intégrant des parts biologiques à hauteur d’au moins 50%. A horizon 2025, le taux d’incorporation passera à 60%. Toute la vaisselle est concernée: gobelets, assiettes et couverts.

C’est cette action sans compromis qui a désarçonné certains producteurs. Emmanuel Guichard, directeur d’un consortium de producteurs français apprécie l’objectif, mais rappelle dans un entretien donné au journal les Echos que “[un] sac est fin, il ne contient que des solides, en revanche le gobelet doit être plus épais, il contient du liquide et donc les propriétés physiques des matières ne le rendront pas compostable à domicile ». Une transition difficile est déjà pressentie pour les PMEs. Pourtant, cette mesure a l’avantage de donner une chance au plus innovant de se démarquer de la production moins coûteuse et moins scrupuleuse en Asie.

Repas sur feuille de banane

La vaisselle végétale

Ce changement d’habitudes devra reposer sur l’exploitation de réserves biologiques. La fibre de maïs est une solution locale, mais l’inspiration pourrait provenir de traditions culturelles qui nous sont étrangères. Trop coûteux pour servir de vrai substitut, le bambou s’est pourtant imposé dans la vaisselle ces dernières années, grâce aux influences japonaises et chinoises. On trouve dans la tradition d’un autre pays d’Asie, l’Inde, l’utilisation de feuilles de bananier en guise de vaisselle. Ce procédé fait quelques émules réadaptés pour les occidentaux, avec des panoplies entières de vaisselle en feuille de palme ou de bananier.

En effet, de nouveaux matériaux biologiques permettent d’obtenir un résultat flexible et solide, mais léger. Mais étant donné le supplément de prix, le succès de cette transition pourrait reposer sur la création de nouvelles habitudes chez les français: réutiliser sa vaisselle “jetable”. Ce genre de système a été mis à l’épreuve en Suisse, où 70 restaurateurs urbains se sont associés au réseau d’économie circulaire ReCircle. Leurs plats à emporter sont chacun proposés dans les mêmes bols faits à base d’aubergine contre une caution de 10 francs CHF (0,89€). En échange, ces bols sont acceptés pour réutilisation dans n’importe quel restaurant du réseau. Avec l’ambition de ramener 1000 établissements au groupe d’ici 5 ans, cette  démarche a permis d’éliminer jusqu’à 50% de l’ensemble des déchets plastiques des commerces participants. Et même en privilégiant des ressources européennes, ces bols sont réutilisables plus de cent fois.

Grégoire SMELT est étudiant-juriste d’origine franco-britannique et fait parti du Master 2 GEDD de l’Université de Strasbourg.

Sources:

http://www.lefigaro.fr/conso/2015/12/27/05007-20151227ARTFIG00174-l-interdiction-des-sacs-plastiques-reportee-a-avril.php

https://www.actu-environnement.com/ae/news/vaisselle-jetable-plastique-interdiction-2020-biosources-27411.php4

https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/030343227920-vaisselle-jetable-linterdiction-du-plastique-vire-au-casse-tete-pour-les-industriels-2092287.php

https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/030343227920-vaisselle-jetable-linterdiction-du-plastique-vire-au-casse-tete-pour-les-industriels-2092287.php

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *