US : Veolia aurait plombé l’eau de la Steel City (I)

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Le groupe Veolia est l’un des acteurs les plus affairés des secteurs de l’énergie, du bâtiment et des travaux publics.  Sa branche eau est la plus ancienne, héritière de la Compagnie Générale des Eaux, concessionnaire de service public d’abord en France, puis en Europe. Aujourd’hui, la multinationale alimente plus de 100 millions de personnes en eau dans 77 pays, mais pas sans accrocs. En effet, les agissements de sa branche North America Water ont connu la notoriété à Flint. Cette fois, c’est la ville de Pittsburgh qui s’indigne.

Affaire PWSA Pittsburgh

Et comme à Flint, on a retrouvé des traces importantes de contamination au plomb de l’eau courante de la ville. A Pittsburgh, surnommée la “Steel City” en Pennsylvanie, l’opérateur allègue que les faits qu’on lui reproche ont été accomplis avec l’accord des comités de la ville et qu’il ne peut, de toutes façons, pas être tenu responsable en tant que simple consultant. Ça n’est pas un aveu, mais même Veolia ne dément pas cette fois qu’il y a eu des erreurs flagrantes.

Son cocontractant, la Pittsburgh Water and Sewer Authority (PWSA), entend lui faire payer lesdites erreurs, qu’elle qualifie de flagrante mauvaise gestion. Ce gestionnaire public demande des dommages et intérêts, ainsi que le remboursement des frais de consultance versés à Veolia; celle-ci accuse à son tour la PWSA de diffamation et espère obtenir le recouvrement des somme impayées dans le cadre du contrat passé entre les parties. Le mois dernier, les intéressés ont rompu leurs négociations à l’amiable et optent pour l’arbitrage: un litige qui fait suite à plusieurs class-actions dirigées par des Pittsbourgeois contre l’entreprise parisienne.

L’acteur privé n’a-t-il réellement pas écouté les besoins particuliers de la collectivité qu’il servait dans l’exécution d’une mission de service public ?

Pittsburgh circa 1900

Pittsburgh, 1900. Source:Pittsburgh Community

En 2012, la ville a transféré une partie de ses responsabilités pour la gestion de son eau courante à Veolia alors que son gestionnaire public historique, PWSA, croule sous les dettes. En effet, ce dernier est depuis longtemps contraint de faire avec certaines canalisations vétustes, propices à l’accumulation de toxines comme le plomb. Le réseau en devient coûteux et complexe à entretenir. Par conséquent, les services de la division consulting Veolia sont demandés pour alléger ce fardeau et faire don à la ville de son expertise. En échange, ils se voient offrir une partie de chaque redevance collectées (50 cents sur chaque dollar de recettes). De plus, la firme obtient le droit de nommer plusieurs de ses administrateurs dans des postes clés.

Des différences de gestion

Avant tout, ce que les détracteurs de Véolia lui reprochent, c’est d’avoir donné la priorité à ses propres intérêts, et pas à l’intérêt public. Les solutions de longue durée, comme les investissements ou les rénovations du parc mobilier et immobilier de la ville pour résoudre des problèmes systémiques, semblent avoir été boudés au profit d’opérations garantissant  des marges de bénéfices plus élevées pour le consultant sur le court terme. Le parc de compteurs d’eau a été grandement étendu durant le mandat de Veolia, semble-t-il dans le cadre d’une stratégie plus large de résorption du manque à gagner auprès des usagers. Parmi eux, ils sont nombreux à déplorer les méthodes utilisées. Les reporters du site Mother Jones ont recueilli des témoignages de double facturation et même de facturation de la prétendue consommation d’un logement qui n’était même pas raccordé au moment des faits.

Jim Good, anciennement de Veolia, devient directeur de PWSA durant cette période. Sa nomination a été accompagné d’une augmentation, faisant de Mr. Good le 3ème fonctionnaire le mieux payé de toute la région Midwest. Par la suite, la plupart des employés de Veolia transférés chez le gestionnaire public profiteront de cette politique de hausse salariale. Lors d’une réunion officielle, tenue (comme le voulait la tradition, typiquement étasunienne, instaurée par le consultant) à l’occasion d’un barbecue dominical, Mr. Good est réputé avoir résumé son cahier des charges dans les termes suivants : éviter les licenciements et assurer les minimas de sécurité.

Tout d’abord, et à la décharge de l’entreprise, la gestion de ce service public est devenue plus efficace et plus rentable suite à ses conseils. Ainsi, le temps de réponse aux demandes des usagers s’est sensiblement amélioré. Parallèlement, l’entreprise procède aussi à un rééquilibrage des tarifs sur toute la ville qui débouchera sur des économies de 2 millions de dollars US (1.780.000€) dès la première année. Cette stratégie globale permettait à la PWSA de sortir la tête de l’eau après avoir dépassé, en 2012, un total de 100 millions de dollars US (89 millions€) de dettes.

Un service public “pillé”

Mais ces résultats sont la conséquence bénéfique d’une baisse générale des coûts, bravant même les garanties promises par Mr. Good. Dans le cadre du sabrage, de nombreux postes de responsables du contrôle de la qualité de l’eau ont été supprimés. Or, l’absence de ce personnel de terrain s’est sentie quand Veolia a entrepris de changer les méthodes de traitement des lignes dans les canalisations les plus vétustes. L’usage d’un produit moins coûteux a entrainé la corrosion des tuyaux. Ainsi, pour beaucoup d’usagers, il en a résulté une eau rousse, contenant un niveau de plomb 1,5 fois supérieur au maximum autorisé pour une eau courante.

Ça n’est pas tout. En plus d’avoir une eau non-comestible, les Pittsbourgeois payent leur eau en moyenne 3 fois plus cher que leurs voisins du Midwest , selon l’American Water Works Association. Or, ceux-ci consomment dans un contexte comparable.

 

Les conséquences de l’exercice de Veolia seront à l’examen en cour d’arbitrage courant 2017. Quiconque en sortira gagnant, on peut en tirer quelques observations. D’abord, les difficultés que peuvent éprouver un gestionnaire public et une entreprise à trouver un terrain d’entente sont réelles. Et c’est doublement vrai lorsqu’une particularité de l’infrastructure publique empêche un retour de bénéfices rapide. A Pittsburgh, il semblerait que la logique d’entreprise ait primé dans cette lutte intestine. Toutefois, Veolia risque maintenant d’être associée par beaucoup aux contaminations au plomb.  Difficile d’imaginer que la firme en sorte totalement blanchie…

Cet article est le premier d’un aperçu plus large du rôle de Veolia dans les scandales de l’eau aux États-Unis. Retrouvez la seconde partie ici.

Grégoire SMELT est étudiant-juriste d’origine franco-britannique et fait partie du Master 2 GEDD de l’Université de Strasbourg.

Sources:

http://www.motherjones.com/environment/2016/10/private-water-pittsburgh-veolia

https://www.theguardian.com/environment/2016/sep/12/pittsburgh-water-expensive-rust-colored-corrosive

http://multinationales.org/Privatisation-de-l-eau-apres-Flint-Pittsburgh-se-retourne-contre-Veolia

https://www.wsj.com/articles/pittsburgh-water-authority-consulting-firm-square-off-1493550001

http://www.veolianorthamerica.com/en/about-us/about-us/safety

http://www.veolianorthamerica.com/sites/g/files/dvc596/f/assets/documents/2014/10/Veolia_cover_story_Nov14rev_1_1.pdf

https://www.veolia.com/fr/groupe/profil

http://www.thedailybeast.com/articles/2017/05/03/flint-charges-residents-for-toxic-water

http://pghcommunityprofile.weebly.com/industry-history.html

Les logos reproduits dans l’image 1 sont la propriété intellectuelle protégée de Veolia Environnement SA et à la Pittsburgh Water and Sewer Authority.

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