Le scandale des boues rouges au cœur du Parc national des Calanques

Entre la blancheur éclatante des falaises calcaire et les pins d’Alep se nichent de somptueuses calanques aux couleurs presque irréelles, un mélange entre l’émeraude et le turquoise. Le Parc national des calanques, massif littoral préservé, s’étend de Marseille à Cassis. Il constitue un écosystème pour de nombreuses espèces vivantes, protégées, menacées ou rares. C’est non loin de ce paysage idyllique, à Gardanne, que l’entreprise Alteo, premier producteur mondial d’alumines a décidé de s’installer. Cependant, l’usine produit également de nombreux déchets industriels, plus connus sous le nom de « boues rouges ». Elle les rejette en Méditerranée à l’aide de grosses canalisations.

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Depuis plus de 50 ans, les boues rouges tapissent les fonds marins au large de Cassis. En effet, ce n’est pas moins de 20 millions de tonnes qui ont été déversées. On les trouve à 320 mètres de profondeur et à 7 kilomètres du rivage sur 2 400 km2. C’est la bauxite, une roche rouge riche en alumine et en oxyde de fer, qui, chauffée avec de la soude, produit pour moitié de l’alumine et pour moitié des déchets sous forme de boues rouges.

 

 Des substances inquiétantes pour l’environnement 

De nombreux rapports ont d’ores et déjà démontré les effets néfastes de cette substance sur l’environnement. Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) de décembre 2015, réalisée à la demande du ministère de l’environnement l’a confirmé. Le plus étonnant, c’est que la baignade et la pêche restent autorisées dans cette zone. En effet, les déchets rejetés contiennent de nombreux métaux lourds à des taux élevés. On trouve, entre autres, du mercure, de l’arsenic (20 tonnes), du titane (2 millions de tonnes), du chrome (60 000 tonnes) ou du plomb (1 700 tonnes). Ces éléments sont reconnus comme agents toxiques par les Nations Unies.

 

 L’autorisation de rejeter reconduite pour six ans

Jusqu’au 1er janvier 2016, l’entreprise avait l’autorisation de rejeter ces résidus en mer. A l’approche de cette date, elle a dû trouver une autre solution pour s’en débarrasser. Elle a investi des millions d’euros dans un système de filtrage. Celui-ci permet de séparer les matières solides (de la terre et de la boue) des matières liquides. Les premières sont en partie stockées dans une décharge à ciel ouvert à Bouc-Bel-Air ou commercialisées sous le nom de Bauxaline. Les secondes sont toujours rejetées avec l’accord de l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015.

Face aux considérations environnementales se heurtent des arguments économiques. Premièrement, la France a besoin d’alumine, composant notamment utilisé dans les écrans de smartphones. Deuxièmement, Alteo est un gros groupe industriel qui fait vivre de nombreuses personnes dans un département durement touché par le chômage. C’est l’argument que Manuel Valls, premier ministre à l’époque, a fait valoir pour justifier cette décision. Celle-ci avait marqué le début d’un conflit politique avec Ségolène Royal.

L’entreprise Alteo affirme avoir fait des efforts afin d’assainir ces rejets. Le préfet des Bouches du Rhône a indiqué que les derniers contrôles inopinés menés par la Dreal fin 2016 montreraient que les valeurs limites de l’arrêté préfectoral sont respectées. Toutefois une quantité incroyable de boues rouges recouvrent toujours une partie des fonds marins des calanques. Elles continuent de polluer la faune et la flore alentours. Que vont-elles devenir ?

 

 La colère des associations: début d’un volet judiciaire entre les autorités français et Bruxelles

Les écologistes, dont l’association fédérative Union Calanques Littoral, continuent de crier au scandale. Ils estiment qu’il existe toujours un problème de pollution. Celle-ci a adressé deux lettres au nouveau premier ministre, Bernard Cazeneuve, afin de lui demander de revenir sur l’arrêté qui autorise, pour encore six ans, le rejet des déchets industriels liquides. N’ayant obtenu aucune réponse, elle a déposé plainte contre l’Etat français le 12 janvier dernier au Tribunal administratif de Marseille auprès de la Commission européenne pour non-respect de la législation communautaire concernant la protection de la Méditerranée.

La requête a déjà été acceptée par la Commission qui a adressé une lettre à l’Etat français dans lequel elle lui demande des précisions. Le service du porte-parole de la Commission a confirmé que la Commission avait adressé cette lettre tout en précisant « nous ne pouvons pas donner les documents de cette correspondance. C’est une procédure confidentielle entre l’Etat membre et la Commission. Il n’y a pas de procédure d’infraction officielle à ce stade ». L’Etat français a dix semaines pour répondre. Ainsi, l’histoire n’est pas encore finie….

 

Manon GUERMAN

 

Webographie:

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/22/le-dossier-noir-des-boues-rouges-de-gardanne_4475340_3244.html

http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/07/06/l-usine-d-alumine-de-gardanne-continue-de-polluer-le-parc-marin-des-calanques_4964468_1652666.html

https://www.anses.fr/fr/system/files/ERCA2014SA0223.pdf

 

 

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