Le roseau, branchie de la planète ?

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Le succès de la pénétration du filtre planté de roseaux (dit FPR) sur le territoire français est incontesté. On recense près de 3000 de ces nouvelles stations d’épuration de l’eau, trois fois plus qu’il y a dix ans. Cette technologie, qui n’a fait l’adhésion qu’à partir des années 90, est au croisement de deux tendances. D’un côté l‘assainissement collectif, défendant un traitement des eaux à petite et moyenne échelle et de l’autre l’ingénierie écologique, prônant l’exploitation des phénomènes naturels récurrents au service des besoins de l’Homme. Toutefois, l’exploitation de cette technique affiche une complexité technique suffisante pour limiter son essor.

L’ancêtre commun des systèmes de traitement naturel des eaux est américain. C’est la station de traitement des eaux usées d’Arcata, en Californie, qui depuis sa mise en fonctionnement en 1949 représente une vitrine de l’innovation dans le domaine. La station, dédiée à l’épuration des effluents de la ville d’Arcata, va au fil des décennies s’étendre sur plusieurs bassins. Et ainsi, l’assainissement de l’eau sera découpé en étapes successives.

Jusqu’au milieu des années 80, la problématique la plus importante rencontrée par ce type de station était le filtrage. En l’état de la technologie, il était difficile de s’assurer de l’absence de micro-organismes en suspension dans l’eau (en l’occurrence des particules non-affectées ou non-neutralisées par ses traitements). Le dernier bassin, qui vient s’ajouter à la station en 1986, sera une roselière artificielle. En effet, le FPR est idéalement prédisposé au traitement tertiaire des eaux pour éliminer tout élément organique.

Révolution du cycle de traitement des eaux

Source: CEMAGREF/IRSTEA

Source: CEMAGREF/IRSTEA

En premier lieu, l’eau usée provenant du secteur en question doit être séparée en eau noire (inutilisable, car polluée par des produits chimiques ou des excréments) et en eau grise (les eaux de lavage). L’essentiel des impuretés de l’eau grise seront dégradées à l’aide de bactéries ou d’épurations, mais le restant ne sera épuré que lors du passage de l’eau au travers des FPR.

En effet, le lit des roselières (composé de gravier, d’argile ou de sable) constitue un très bon filtre mais aussi le berceau d’une activité organique féconde. Ici, les rhizomes des roseaux viennent alimenter en air le substrat du lit et les micro-organismes natifs. Leur effet épurateur permet de traiter de l’eau grise en grande quantité et à un rythme régulier. Et le processus observé est entièrement naturel: l’exploitant ne fait que capter ce que fait naturellement une roselière sauvage. La productivité des FPR se calcule en équivalent-habitant (EH), représentant le nombre d’habitants au foyer duquel l’installation peut supporter d’être raccordée sans déperdition. La plupart des stations communales avoisinent entre 1000 et 10.000 EH.

Loin de son caractère pratique, la roselière a la qualité rare d’améliorer l’éco-système dans lequel on l’implante. Il n’est donc pas rare de voir les FPR utilisés dans les réserves naturelles où elles servent également de lieu de vie à certaines espèces animales. On retrouve aussi des FPR dans des infrastructures de gestion des eaux de ruissellement (pour éviter la pollution des eaux ou de la nappe phréatique en zone urbaine), à l’image de la grande station de FPR de la ville de Reims (avec sa surface de 3480m²).

Le concept gagne rapidement du terrain, et c’est ainsi qu’en 1990 la première infrastructure d’ampleur de ce genre en France est inaugurée à Roussillon dans le Vaucluse. Aujourd’hui, les FPR représentent près de 15% du parc national de stations d’épurations.

Un secteur vivace
Quelle conclusion tirer de cet engouement ? Tout d’abord, que la versatilité est une caractéristique importante pour qu’une technique de ce genre se développe. La FPR est, comme on l’a dit plus haut, une étape parmi d’autres, mais elle peut être implémentée à différentes échelles à condition de pouvoir procéder à un traitement primaire et secondaire des eaux. Cela en fait une solution attrayante pour le particulier responsable souhaitant rejeter ou réutiliser son eau en bonne conscience. Plusieurs sociétés ont d’ailleurs fait des particuliers souhaitant des micro-FPR leur cœur de cible.

La société britannique Cress Water Solutions préconise une surface optimale de 2.5 m² par personne. Celà permet donc d’adapter le dispositif à un grand nombre de ménages, en tirant par exemple usage d’une partie négligée d’un grand jardin. La roselière est alors installée, et l’installation raccordée à la plomberie de la maison. Plusieurs compagnies proposent des services de paysagisme pour donner une valeur esthétique à la roselière, ses bassins et ses ruisseaux . Mais il faut savoir faire fi de l’odeur de ces marais artificiels.

Le processus de lagunage d’une roselière fonctionne aussi bien sur un terrain plat que pentu. Toutefois un bon ensoleillement est capital.

Les progrès en FPR ont aussi permis l’élaboration de la roselière verticale. Cette dernière élimine les pompes nécessaires pour véhiculer l’eau au travers du filtre. A sa place, l’eau à assainir est relachée au-dessus du bassin d’épuration, puis traverse le lit minéral du bassin et est collectée à l’aide d’un tuyau perforé. De là, le tuyau mène dans un bassin de filtration secondaire ou un système de collecte de l’eau traitée.

Cette solution de développement durable ne nécessite aucun raccordement électrique pour fonctionner. Par la suite, elle verra une amélioration en 2009 avec l’adoption de la technologie du “Forced-Bed Aeration” (aération forcée du lit des roseaux). Sur ce modèle, le dispositif devient complètement submergé et l’air est pompé dans le bassin depuis un tuyau souterrain. Saturée d’oxygène, la roselière agit plus efficacement.

Un coût difficilement supportable

En matière d’assainissement, le législateur n’a pas été libéral, imposant de nombreux contrôles et opérations obligatoires.

Source: SINT

Source: SINT

La commune est responsable de la pollution et de la dégradation de la salubrité publique. Elle se voit aussi chargée (au titre de la loi sur l’eau 92-3 du 3 janvier 1992) de contrôler en détail les installations d’épuration au moins une fois tous les 8 ans. En pratique, un entretien mensuel ou trimestriel (selon la taille de l’installation), renforcé d’un travail annuel de réparation, doit être mis en place par la commune responsable (et non pas l’exploitant).

De plus, l’arrêté du 22 juin 2007 dispose lui les conditions de l’auto-surveillance qui s’impose à l’exploitant. Ce dernier doit prévoir les moyens d’un suivi régulier de la station et rédiger un rapport annuel des mesures et contrôles ci-haut. Si elle est satisfaite, la Police de l’Eau répond par un avis de conformité. En son absence, le maire de la commune pourra mettre l’exploitant en demeure de modifier ou de cesser l’activité du FPR. “Le guide d’exploitation du filtre planté de roseaux” de la société Epur Nature préconise jusqu’à 200h de travail annuel réglementaire. C’est surtout le faucardage annuel obligatoire des roseaux qui s’avère chronophage (il faut compter en moyenne 80h).

Ces prescriptions ont fatalement un coût (pour une station bien construite et gérée, c’est annuellement entre 10 et 20€/EH, hors renouvellements et amortissements). Ainsi, ces contraintes ont été pointées du doigt comme étant le motif du manque d’intérêt accordé par la sphère privée à l’exploitation de stations communales de FPR. Le manque de personnel qualifié crispe également l’implantation durable de ces dispositifs. Les employés très expérimentés nécessaires lors de la conception rechignent à accomplir ces tâches simples et répétitives sur le long terme.

Grégoire SMELT est étudiant-juriste d’origine franco-britannique et fait partie du Master 2 GEDD de l’Université de Strasbourg.

Sources:

Guide d’exploitation: le Filtre Planté de Roseaux, Epur Natur, Editions JOHANET

http://www.reedbeds.co.uk/page/what-is-forced-bed-aeration.php

http://assainissement.developpement-durable.gouv.fr/documents/guideexploitFPRfinal.pdf

http://www.mon-assainissement.fr/definition_satese.html

http://www.sint.fr/traitement_des_eaux_usees.html

http://eau.seine-et-marne.fr/export/print/les-stations-d-epuration

http://www.cresswater.co.uk/pages/water-garden-landscapes.php

https://sites.google.com/site/reusegreywater/home/secondary-processing/goog_743675892

http://www.cityofarcata.org/340/Arcata-Marsh-Wildlife-Sanctuary

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