Le visage caché de la “fast fashion” (2/2)

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 La « fast fashion », c’est cette nouvelle mode qui consiste à produire toujours plus et dans des temps records des collections de vêtements, qui se renouvellent sans cesse.

photo vêtements

Quelles sont les conséquences engendrées par la fabrication de nos vêtements et par le gaspillage qui en est fait ?

Après un premier article consacré aux conséquences environnementales, il sera uniquement question, dans ce second article, des conséquences sociales.

 

Des conditions de travail déplorables

La tendance actuelle de la mode qui consiste à produire toujours plus, plus vite et à moindre coût, ont poussé les industriels à exploiter des zones de production toujours moins chères, où les normes de protection sociales sont très basses. La Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial de textile. On retrouve ensuite l’Inde, le Bangladesh, le Vietnam et la Turquie. Loin de nos yeux, les travailleurs se mettent à l’œuvre dans des conditions de travail déplorables.

Bien souvent, les travailleurs ne reçoivent pas d’informations relatives aux produits chimiques qu’ils manipulent, à leur bon usage et aux risques sanitaires auxquels ils s’exposent. Leurs équipements sont limités et inadéquats face à l’utilisation de ces produits toxiques. Beaucoup souffrent de maladies respiratoires, mais, n’étant pas diagnostiqués, ils ne quittent leur travail que lorsqu’ils constatent de graves pathologies.

A cela s’ajoutent les dépassements des heures légales de travail, des salaires dérisoires, le travail des enfants qui perdure bien qu’il soit illégal, et les accidents de travail qui sont courants du fait du manque de sécurisation des sites et du non-respect des normes de construction. La médiatisation de l’effondrement de l’usine du Rana Plaza au Bangladesh, qui avait causé la mort de plus de 1 100 personnes, avait fini par réveiller l’opinion publique, mais pour combien de temps ?

 

Un accord pour redorer l’image des marques

Suite au scandale du Rana Plaza, près de 200 enseignes qui s’approvisionnent au Bangladesh, dont Auchan, Carrefour, Zara et H&M, ont signé l’Accord sur la sécurité des bâtiments au Bangladesh. Cet accord contraignant met en place pour cinq ans un contrôle indépendant des usines qu’elles engagent au Bangladesh. Il impose également aux enseignes de participer au financement des rénovations. Plus de 1 700 usines de confection ont été inspectées à ce jour et il s’avère que la construction des bâtiments ne suit que très rarement le plan d’architecture initialement prévu. Des rénovations ont pu démarrer mais, contrairement à ce qu’affirment certains groupes, les travaux ne sont pas toujours réalisés jusqu’au bout et les risques subsistent. C’est ainsi qu’en février 2016, des incendies se sont déclarés dans deux usines, dont l’une qui fournit de grands groupes comme H&M et C&A. Il s’avèrera que seulement 30% des rénovations recommandées avaient été réalisées.

Enfin, la portée de l’Accord est à relativiser puisque la moitié seulement des 4 000 usines de confection au Bangladesh sont concernées.

 

L’exportation de vieux vêtements vers l’Afrique, un marché lucratif

Si l’on parle souvent de la fabrication de nos vêtements, on parle peu en revanche de ce qu’il advient d’eux après usage. Plutôt que de les jeter, il est courant de les déposer dans l’un des nombreux conteneurs de rue prévus à cet effet. On s’imagine alors qu’ils seront à destination d’une association – association dont le logo figure sur le conteneur. Mais il n’en est rien. Derrière les conteneurs, c’est toute une industrie qui s’est montée : les sociétés privées se font concurrence dans le nouveau marché lucratif de la récupération de vêtements. Chacune collecte et revend ses articles. Les meilleurs articles vintage sont revendus en friperie et le reste est exporté vers l’Afrique ou finit broyé pour panneaux isolants.

conteneur

Le système du relais est un vrai succès et la revente de nos vieux vêtements en Afrique devient lucrative. Un T-shirt donné en France est ainsi revendu 1 à 6 euros sur le marché de Nairobi au Kenya, le plus important marché de fripes de l’Afrique de l’Est.

Selon un rapport de l’Oxfam, les vêtements de seconde main représentaient en 2005 la moitié des importations textiles en Afrique subsaharienne en 2005. Si certains mettent en avant la création d’emplois grâce à ce secteur, d’autres dénoncent un désastre économique postcolonial. En effet, l’arrivée de nos vêtements, peu onéreux et estimés à tort de bonne qualité, a entraîné l’effondrement des industries textiles en Afrique à partir des années 1990. S’est installé un rapport de dépendance des pays du continent vis-à-vis des pays exportateurs. Comment ne pas dénoncer cette dépendance, surtout quand on sait qu’elle repose sur la volonté de se débarrasser de ses vieux déchets, et qui plus est d’en tirer profit !

Andrew Brooks, conférencier au King’s College à Londres, déclarait ainsi : Vous pouvez me taxer d’idéaliste, mais je ne veux pas vivre dans un monde où la population du Sud ne peut s’offrir que des articles dont vous et moi ne voulons plus ! »

 

Dima Doukhi Afficher l'image d'origine – Étudiante en Master 2 GEDD à Strasbourg

 

Sources :

https://www.ethique-sur-etiquette.org/IMG/pdf/use_s-rapport_sablage_en_chine.pdf

http://next.liberation.fr/mode/2013/05/14/zara-et-hm-signent-un-accord-pour-la-securite-des-usines-au-bangladesh_902736

https://www.mediapart.fr/journal/economie/171016/hm-zara-topshop-la-fast-fashion-un-fleau-ecologique?onglet=full

Images libres de droit:

https://pixabay.com/fr/flou-gros-plan-focus-cintre-veste-1850082/

https://pixabay.com/fr/conteneur-porte-conteneurs-port-1611490/

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