Rétrospective sur le projet Superphénix

 © Yann Forget / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0

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Superphénix est un réacteur nucléaire censé produire plus de combustible qu’il n’en consomme après un retraitement. Rétrospective sur un projet prometteur très décrié par la population locale, aux multiples problèmes techniques.

Le projet est lancé en 1974 par un décret du 13 mai autorisant la création de la société Nersa, détenue par EDF, Enel (Italien), et SBK (allemand). Sur le papier le projet semble prometteur. A grande échelle cela permettrait d‘accéder à l’indépendance énergétique en matière d’électricité, un principe prépondérant de l’époque.

Superphénix: Entre manifestations contre ce projet…

Superphénix est rapidement décrié par des associations écologistes. En effet dès le décret de 1974 et l’annonce au public du projet, deux associations saisissent le tribunal des référés afin d’annuler, ou du moins retarder le projet. Cependant, ils seront déboutés. En juillet 1976, lors du démarrage des travaux, 15 000 manifestants protestent contre Superphénix, avant que la police ne les disperse.

La protestation dépasse rapidement le cadre national, avec des manifestations à Genève, notamment. Le 31 juillet 1977 entre 40 000 et 90 000 manifestants marchent vers le chantier afin de l’occuper. C’était sans compter sur les quelques 5000 CRS lourdement équipés pour leur faire barrage. De violents affrontements éclatent entre forces de l’ordre et manifestants qui se solderont par un mort coté manifestant et un certain nombre de blessés, dû notamment aux grenades offensives. Malgré cela, le chantier poursuit sa route et les tensions retombent. Du moins jusqu’en 1982 où le chantier est la cible d’un tir de lance-roquette.

La centrale est mise en service en 1985 avec le raccordement au réseau.

 

… et difficultés de fonctionnement récurrentes

Grâce à un double réacteur et un processus technique complexe, Superphénix est capable de sur-générer du combustible ainsi que d’incinérer des déchets nucléaires de longue durée en sous-produit nucléaires de moins longue durée.

La principale crainte du réacteur Superphénix vient de son système de refroidissement contenant 5000 tonnes de sodium. Or le sodium a pour propriété de s’enflammer au contact de l’air et de l’eau. Le premier incident se produit en 1987. Une fuite de sodium dû à une mauvaise qualité d’acier oblige le Ministre de l’Industrie de l’époque, sous pression, à arrêter le réacteur. Ce n’est que 2 ans plus tard en 1989 que le réacteur à l’autorisation de redémarrer malgré la protestation des populations locales.

Le réacteur est redémarré pour peu de temps car en 1990 se produit deux incident majeurs : une nouvelle fuite de sodium, cette fois plus importante : 400 tonnes. Le second est un effondrement partiel du bâtiment dû à une épaisse couche de neige sur le toit. Cela aboutit à une nouvelle fermeture.

Superphénix est à nouveau redémarré en 1994, avec son lot de manifestations. Et il est décidé à ce moment un changement de mission de Superphénix. De la production d’électricité, il passe à un laboratoire de recherche et de démonstration. Mais un nouvel incident se produit en fin 1994 entraînant une énième fermeture pour remise en état.

En 1995, le réacteur redémarre après une bataille juridico-politique, la ministre de l’environnement refusait de signer le décret d’autorisation pour cause d’irrégularité juridique. Paradoxalement au moment du changement de mission, l’année 1996 est celle où le réacteur a produit le plus d’électricité avant un arrêt pour une visite de contrôle obligatoire.

Un projet abandonné, mais une technologie toujours prometteuse

Le réacteur ne redémarrera jamais. Le Conseil d’Etat annule le décret d’autorisation de 1994 en février 1997. Mettant ainsi un terme à plus de vingt ans de contestations et plusieurs incidents technique. Avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir, Lionel Jospin annonce l’abandon définitif et le démantèlement de Superphénix.

Le projet Superphénix a couté des milliards d’euros pour une production décevante et une image de la France écornée. Mais ce type de réacteur n’est cependant pas abandonné car la France a pour projet de démarrer en 2020 un réacteur similaire à Superphénix de nouvelle génération. Nommé ASTRID, le projet verra le jour à Marcoule, dans la Drôme.

Sources:

http://www.lemonde.fr/planete/article/2007/07/30/le-lent-demantelement-de-superphenix-continue-en-isere_940307_3244.html

http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/superphenix

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu01114/violents-incidents-lors-d-une-manifestation-antinucleaire-a-creys-malville-en-1977.html

http://www.senat.fr/rap/l97-4392/l97-439229.html

https://www.asn.fr/L-ASN/ASN-en-region/Division-de-Lyon/Installations-en-demantelement/Reacteur-Superphenix

image: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Superph%C3%A9nix_3.jpg

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