La centrale nucléaire d’Ostrovets en Biélorussie : Une bombe à retardement à la frontière de l’Europe ?

A l’orée de la frontière lituanienne près de Vilnius, la Biélorussie lance un projet de construction d’une centrale nucléaire dans la région de Grodno façonné par le champion russe Rosatom. Sous prétexte de moderniser son approvisionnement électrique car les centrales de gaz deviennent vieillissantes, le projet de centrale nucléaire semble opportun pour gagner en autonomie énergétique. Pantin de la Russie qui tire les ficelles du projet ou crainte d’une nouvelle catastrophe, tous les doutes sont permis.

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Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chooz_-_Centrale_nucl%C3%A9aire_-1.jpg

Crainte d’une nouvelle catastrophe présente dans tous les esprits

Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima, les catastrophes nucléaires ne cessent de se cumuler et laissent entrevoir un avenir du nucléaire compromis par ses dysfonctionnements. Dans l’esprit du peuple biélorusse plane l’ombre de Tchernobyl. En effet, les retombées radioactives véhiculées par le nuage ont atteint plus durement la Biélorusse à hauteur de 70%. Pour autant, la Biélorussie se lance dans un projet de construction de centrale nucléaire à 50 kilomètres de Vilnius. Ce projet piloté par le géant russe Rosatom laisse penser que la Russie tente d’exercer une hégémonie discrète plus de l’ordre de l’enjeu géopolitique d’énergétique.

Cette centrale semble de mauvais augure également du côté des lituaniens chez lesquels des voix s’élèvent contre la construction de ce monstre atomique. Selon Linas Valnius, un activiste vert lituanien « les réacteurs russes de type AES-2006 n’ont jamais été testé par des experts internationaux indépendants et leurs paramètres de sécurité ne sont pas connus ». En cas d’accident nucléaire, il faudrait évacuer plus d’un million de lituanien, ce qui nécessite un plan d’évacuation bien solide mais le ministre des affaires étrangères lituanien n’a eu aucune communication d’un plan d’urgence pour évacuer s’il y a lieu de le faire.

De plus, pour refroidir les turbines des réacteurs, les autorités biélorusses souhaitent puiser dans le fleuve Néris qui traverse également la capitale Vilnus, ce qui entraîne des angoisses quant à des rejets radioactifs dans le fleuve. Mais, les autorités biélorusses font preuve d’une certaine hypocrisie en disant que les problèmes s’arrêteraient à la frontière en cas de problème, ce qui nous évoque un épisode passé quand le nuage de Tchernobyl s’était stoppé à la frontière française.

Le prétexte de l’autonomie énergétique au nom de l’hégémonie russe

La Biélorussie n’est pas dotée d’experts en matière nucléaire. Ils sont donc dénués d’expérience dans la construction de réacteurs nucléaires. C’est pourquoi, les experts russes sont les bienvenues pour apporter une touche de modernité dans ce paysage vieillissant de centrales à gaz dont le pays dépend à 95%. Le but est donc également de réduire la dépendance au gaz russe. Quelle est la différence puisque Moscou fait pression pour la construction de la centrale ? Au final, la Biélorussie est toujours sous la tutelle du géant russe.

Même si les autorités avancent la promotion de la diversification d’approvisionnement pour pratiquer des prix plus compétitifs, ce n’est qu’un message fallacieux en espérant qu’ils pourront exporter leur électricité vers des voisins de la mer Baltique. De prime abord, la Lituanie n’achètera pas d’électricité provenant de la Biélorussie tant qu’ils n’auront pas apporté la preuve du respect des normes de sécurité et de sûreté de la centrale.

Pourquoi s’agit-il d’un prétexte ? On se pose la question de la justification économique de cette centrale nucléaire pour la modique somme de 10 milliards d’euros dont la rentabilité s’avère hypothétique. Cette centrale est entourée de forêts et de champs et aucune infrastructure routière et électrique ne bordent cette dernière.

Les timides réactions de l’Union Européenne

La Lituanie a déposé une plainte auprès du comité d’ESPOO qui est l’autorité de règlement des litiges, émanation de la Convention de l’évaluation de l’impact de l’environnement dans un contexte transfrontière. Après étude minutieuse du dossier, cinq ans après, le comité a statué sur le sort à donner sans force contraignante en préconisant un dialogue entre les deux parties notamment pour échanger sur les obligations des uns et des autres qui a été refusé par la Biélorussie.

Pour autant, la Commission Européenne semble faire preuve de timidité car les commissaires ne sont pas saisis du dossier malgré une alerte du parlement européen le 6 juin dernier. L’UE doit assurer une protection de ses citoyens en cas de propagation de rejets radioactifs et la coopération doit être de mise. En effet, ce dossier plus imminent politique est délicat à traiter car la Russie souhaite étendre sa sphère d’influence sans être contrariée par les politiques européennes ou par Bruxelles. Une guerre des politiques, avec un arrière-gout de guerre froide.

Sources :

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