Quel avenir pour les agrégateurs de flexibilités ?

Alors que la France connait un phénomène de pointe de consommation et dans un contexte d’augmentation de la production décentralisée d’énergie, les agrégateurs d’énergie sont censés intervenir sur deux mécanismes : l’effacement de consommation et la mobilisation de la production électrique décentralisée. Faisons le point sur les origines de cette profession, le rôle qu’elle est amenée à jouer dans le cadre de l’émergence d’un mécanisme de capacité et envisageons son avenir en France.  

cassss

https://vimeo.com/95441258

Aux origines de la profession d’agrégateur

Assurer l’équilibre offre/demande sur les réseaux est essentiel, or, l’intermittence et la décentralisation des moyens de production complexifient la gestion de cet équilibre. Les agrégateurs ont pour mission d’optimiser ce dernier via un premier mécanisme d’ajustement permettant de « lisser la pointe électrique » : l’effacement diffus. Ce mécanisme consiste à demander au client final d’annuler ou de reporter tout ou partie de sa consommation électrique pendant une période donnée, plus particulièrement lors des pointes de consommation, afin d’éviter l’activation de certaines centrales thermiques ou les importations.

Les agrégateurs interviennent également en tant qu’administrateur des injections d’électricité décentralisée sur le réseau. A ce titre, ils se positionnent en tant qu’intermédiaires entre de nombreux producteurs d’énergie verte et les fournisseurs. L’enjeu pour eux est d’établir des estimations fiables, or, les agrégateurs, qui achètent de l’électricité à plusieurs producteurs, voient leurs risques d’erreurs minimisés grâce à la diversification de leur portefeuille.
Ainsi, leur fonction est de centraliser les flexibilités diffuses pour créer un groupe cohérent, et ajuster en temps réel la demande et la production d’électricité aux besoins du réseau sur le périmètre de leur portefeuille.

En réalisant des effacements ou en activant les productions d’énergies renouvelables et locales, l’agrégateur va mobiliser des capacités d’énergie en très grande quantité et à grande échelle qu’il va pouvoir ensuite revendre avec une valeur ajoutée sur le marché de l’électricité ou auprès des acteurs ayant besoin de flexibilité (gestionnaires de réseaux, producteurs, fournisseurs, etc.).

 

Une profession participant à l’émergence du mécanisme de capacité français

 

Le mécanisme de capacité, mis en place par la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) du 7 décembre 2010, vise à assurer une adéquation entre la capacité de production ou d’effacement disponible et la pointe de consommation en France.

Il crée un marché permettant la monétisation de l’effacement tout en faisant naitre de nouvelles obligations pour les fournisseurs et les producteurs. Ainsi, le mécanisme fait peser sur les fournisseurs l’obligation d’acquérir des garanties de capacités à proportion de la consommation de leur portefeuille de clients lors des pointes.
Quant aux producteurs ou opérateurs d’effacement, comme les agrégateurs, ils doivent s’engager à l’avance sur la disponibilité future de leurs moyens de production ou de leurs capacités d’effacement.

 

Or, la fonction d’agrégateur est une chance importante pour accélérer l’émergence du marché de capacité, encore à l’état de balbutiement. Notamment parce que le modèle économique de l’agrégateur se construit autour de deux services : le paiement de la capacité pour mise à disposition de la puissance et le paiement de l’énergie pour livraison de l’énergie – ce dernier mode de rémunération ayant été confirmé par le Conseil d’Etat, saisi d’un contentieux entre EDF et Votalis (agrégateur). L’économie réalisée sur la consommation d’électricité par les agrégateurs peut ainsi être revendue par ces derniers à RTE comme de l’électricité produite.

Un avenir nuageux pour les opérateurs français

Cependant, si à l’avenir cette profession participera au développement du mécanisme de capacité français, on peut déplorer une mouvance qui va à l’encontre du développement d’acteurs variés et français sur ce marché.

 

En effet, l’évolution du cadre réglementaire, et notamment la mise en place récente du complément de rémunération par le décret du 26 mai 2016, n’apparait pas comme une opportunité pour développer et enrichir l’offre d’agrégation auprès des producteurs d’énergies renouvelable. Est ainsi fortement décriée l’obligation maintenue pour les producteurs d’énergie renouvelable de vendre leur production à EDF pour bénéficier du complément de rémunération. Or, la concurrence aurait été plus dense si les producteurs avaient eu l’occasion de vendre leur énergie directement sur le marché, notamment via les agrégateurs !

En outre, si les grands groupes comme EDF ou Engie jouent déjà ce rôle, en France ou à l’étranger, de même que des entreprises locales de distribution ou Enercoop, la concurrence étrangère, notamment allemande est également à l’affût. Cette concurrence étrangère n’est pas à prendre à la légère, car elle aura l’occasion de tirer avantage d’un marché hexagonal encore embryonnaire. Les acteurs allemands ont de l’avance sur ce métier, la vente directe des énergies renouvelables assortie d’une prime de marché est en effet possible  depuis 2012 en Allemagne et obligatoire depuis 2014 pour les nouvelles installations de plus de 500 kilowatts.

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.