Quelle responsabilité sociale pour l’Etat actionnaire ?

Pour Franck Riboud, PDG du groupe Danone, « la crise actuelle impose de repenser le rôle de l’entreprise ». Mais qu’en est-il du rôle de l’actionnaire ? En effet, derrière chaque société cotée se trouvent des actionnaires qui financent une partie de leurs actifs et exercent un contrôle.
Cet article ne jugera pas en opportunité la stratégie adoptée par Air France dans le cadre de son plan de restructuration, mais s’interroge sur le rôle de l’Etat actionnaire dans la gestion de la crise du dialogue sociale qui a conduit aux violences du lundi 5 octobre.

Air France

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Etat des lieux

Le 8 MAI dernier, dans un communiqué de presse de l’agence des participations de l’Etat (APE), Michel SAPIN et Emmanuel MACRON annonçaient l’acquisition de titres Air France-KLM à hauteur de 1,7% du capital de l’entreprise. Il en résulte actuellement une participation de l’Etat à hauteur de 17,58%. Pourtant l’entreprise n’est pas en bonne santé, et ce de longue date.

En 2012, la compagnie a ainsi du lancé son plan «Transform 2015 » visant à réduire ses coûts d’exploitation. Pourtant la compagnie est restée déficitaire. Cela laisse perplexe quant à la stratégie actionnariale de l’Etat, d’autant plus que cela entre en contradiction avec l’annonce du gouvernement de se désendetter via la vente d’actifs.

Crise du dialogue social

A l’origine du conflit, le plan de restructuration « Transform 2015 » prévoyait un effort de compétitivité de 20% de l’ensemble du personnel. Selon la direction, seuls les personnels au sol, les hôtesses et les stewards avaient atteint les objectifs fixés. En effet, les pilotes seraient n’auraient accompli que 12 % d’efforts de compétitivité.

Faute d’accord, et les économies devant être faites ailleurs, la direction d’Air France a annoncé le 5 octobre la mise en place d’un plan de licenciement. Celui-ci prévoyait 2 900 suppressions de postes et une réduction de 10 % de l’activité long-courrier. C’est l’élément déclencheur des violences survenues en marge du comité central d’entreprise.

L’absence d’exemplarité d’un Etat schizophrène 

Face à l’ampleur des évènements, l’Etat est intervenu. Mais ces interventions ne sont pas naïves, Air France ne pouvant continuer à exploiter des lignes aériennes déficitaires. Ainsi, invité par Jean Jaques Bourdin sur BFMTV, le 1er ministre a rappelé que le gouvernement soutenait le plan de restructuration d’Air France et que le plan de suppression de 2900 postes serait maintenu, quand bien même il ait pour modalité de faire supporter sur les autres catégories d’employés un effort plus important. A François Hollande de conclure sur Europe 1, “la direction, avec les syndicats, doit faire les efforts nécessaires à la compétitivité d’Air France. Car s’il n’y a plus de compagnie, il n’y aura plus d’emplois…”

Il est clair que sur ce dossier l’Etat est pris entre deux eaux. En tant qu’actionnaire public il a proprement délégué à la compagnie le bon soin de gérer la crise sociale que vit Air France. Or, on en attendait plus de l’Etat médiateur, surtout sur fond d’adoption de la loi Rebsamen sur le dialogue social en juillet dernier. L’injustice, fut-elle ressentie, de la méthode par laquelle est mis en place ce plan de restructuration qui consiste en des vagues de licenciements depuis 2012, n’aurait pas dû être ignoré. En effet, si le but de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) n’est pas de juger en opportunité le fait qu’une entreprise doit se restructurer, elle doit rendre compte de la méthode employée. Et l’Etat en tant qu’actionnaire avait un devoir d’exemplarité dans la mesure où il a une influence directe sur la stratégie et la communication de l’entreprise.

Le modèle actionnarial : un modèle à bout de souffle

La RSE suppose le respect de l’environnement et l’équilibre des intérêts des différentes parties prenantes de l’entreprise, or cela est contradictoire avec le modèle actionnarial. Pour ce modèle les dirigeants doivent gouverner l’entreprise en faisant primer l’intérêt des actionnaires sur celui des parties prenantes. En d’autres termes, les intérêts des actionnaires sont opposés à ceux des parties prenantes.

Or, et la crise du dialogue social chez Air France le souligne, il faut réconcilier ces modèles de telle sorte que les dirigeants concilient l’intérêt des actionnaires, qui assure un risque financier à court terme, avec celui des parties prenantes, qui elles-mêmes assurent la prospérité et la pérennité de l’entreprise à long terme. Ceci est nécessaire, dans la mesure où une entreprise ne peut fonctionner durablement sans une stratégie transparente, perçue comme légitime par ses parties prenantes, sous peine de voir les crises de dialogue social se multiplier. Pour reprendre les termes de Jean-Florent Rérolle, « leur réconciliation passe par une intégration plus claire du développement durable dans la stratégie des entreprises et dans leur communication ».

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