Le développement de l’hydroélectricité constitue-t-il le meilleur moyen de fournir une énergie durable à l’Afrique?

Le continent africain bénéficie d’un potentiel hydroélectrique très important. Pourtant celui-ci reste encore massivement sous exploité, malgré la mise en chantier récente de nombreux projets. On peut toutefois se demander si cette forme d’énergie constitue le meilleur moyen de fournir une énergie électrique durable aux Africains ?  

1024px-Inga04Barrage Inga 1 (image libre de droits).

http://en.wikipedia.org/wiki/Inga_dams#mediaviewer/File:Inga04.jpg

  • L’hydroélectricité : la solution pour permettre aux Africains d’accéder massivement à l’énergie ?

Le continent Africain est encore très faiblement électrifié. Actuellement seulement  31% des habitants du continent noir ont accès à l’électricité[i]. Pourtant l’Afrique dispose d’un immense potentiel dans le domaine des énergies primaires et plusieurs d’entre-elles pourraient être employées pour produire massivement du courant électrique.

 Ainsi, diverses énergies renouvelables (le solaire thermique et photovoltaïque, l’éolien, l’hydroélectricité) pourraient être facilement exploitées dans les différentes régions de cet immense espace et permettre son développement économique. Parmi elles, l’hydroélectricité semble être la source d’énergie la plus prometteuse en raison des nombreux fleuves s’écoulant à travers le territoire africain[ii]. En effet, les sept plus grands cours d’eau d’Afrique (le Nil, le Niger, le Congo, le Sénégal, l’Orange, le Limpopo et le Zambèze) représentent 10% de la capacité hydroélectrique mondiale.

Toutefois ce potentiel hydroélectrique n’est pas uniformément réparti entre les différentes zones du continent et si l’Afrique Centrale[iii] représente 60% de la puissance hydroélectrique restant à développer dans l’espace africain, la plupart de ces mégawatts seront produits en République Démocratique du Congo[iv]. Il en va de même en Afrique de l’Est où l’essentiel du potentiel hydroélectrique restant à mettre en œuvre se situe sur la partie du Nil Bleu traversant l’Ethiopie[v]. Par contre, en Afrique de l’Ouest, la capacité hydroélectrique pouvant être exploitée semble être plus équitablement répartie entre les différents États de la région[vi].

Le fleurissement d’une myriade de projets de barrages.

Actuellement 1272 barrages de différentes tailles, dont la plupart ont uniquement pour objet l’approvisionnement en eau des populations et l’irrigation des cultures limitrophes, sont en activité en Afrique[vii]. Les nouvelles structures, en cours de réalisation ou dont la construction devrait commencer dans les années à venir, ont plutôt pour vocation la production d’électricité.

Ainsi le « barrage de la Renaissance », en construction sur le Nil Bleu, devrait produire 5 250 mégawatts (MW) en 2017 et permettre à 90 millions de personnes de s’éclairer. L’Éthiopie compte énormément sur cet ouvrage d’art pour développer son économie et gagner des devises en vendant le surplus d’électricité aux pays voisins (au Kenya, au Soudan et à Djibouti)[viii].

Il n’en va pas différemment en République Démocratique du Congo (RDC) où le projet connu sous le nom de « Grand Inga » doit permettre un approvisionnement régulier en électricité de la plupart des pays d’Afrique Australe. Ce projet consiste en la construction d’ici à 2050 de cinq nouveaux barrages sur le fleuve Congo, en plus des deux déjà existants, afin de générer une puissance de 39 000 MW[ix]. La prochaine réalisation (Inga 3), dont les travaux doivent débuter au mois d’octobre 2015, devrait voir la presque totalité de sa production exportée vers le Sud du continent[x].

De nombreux autres projets de centrales hydroélectriques de taille plus modeste fleurissent en Afrique de l’Ouest. Ainsi, en Côte d’Ivoire, la construction du barrage de Soubré (270 MW) a débuté en 2013, tandis que celle du barrage de Bui (400 MW), sur le fleuve Volta, au Ghana s’est achevée en 2014. D’autres projets sont également à l’étude en Guinée-Bissau (les barrages de Kaléta et de Koukoutamba)[xi].

  • Des impacts sociaux et environnementaux non négligeables.

Cette électricité risque surtout d’être trop chère pour les populations africaines et de ne profiter qu’à un nombre réduit de grandes industries (essentiellement les exploitations minières). Par conséquent, les dites populations vont devoir supporter en grande partie le coût du financement de ces structures sans pouvoir jouir de leurs bienfaits[xii].

Il ne faut pas non plus perdre de vue que la réalisation de toutes ces centrales hydroélectriques va nécessiter la construction d’autoroutes de l’électricité sur de grandes distances, pour acheminer le courant du lieu de production vers le lieu de consommation[xiii]. Ces dernières vont devoir traverser des territoires encore vierges de toute activité humaine.

La construction de tels ouvrages aura sans nul doute des impacts importants sur la biodiversité et les écosystèmes locaux. Ainsi, selon les cas, ils risquent d’immerger des milliers d’hectares de forêts ou de réduire la superficie des zones humides[xiv].

Pour conclure, il nous faut rappeler que des sécheresses importantes ont déjà par le passé conduit à des pertes importantes de capacité de production hydroélectrique en Afrique Centrale et en Afrique de l’Est[xv]. Ainsi, si l’hydroélectricité semble un bon moyen de développer les économies d’un certain nombre d’États africains, d’autres formes d’énergies renouvelables (le solaire et l’éolien) apparaissent comme plus adaptées pour fournir une électricité verte aux populations locales.

[i] En 2014, sur 1,2 milliards de personnes n’ayant pas accès à l’électricité, un peu moins de la moitié vit en Afrique : soit 589 millions de personnes. En 2030, on estime que ce seront 1,3 milliards de personnes qui n’auront pas accès à l’électricité dont près de 700 millions en Afrique.http://www.agenceecofin.com/economie/2005-20142-589-millions-d-africains-n-ont-pas-acces-a-l-electricite-en-2014

[ii] Le potentiel hydroélectrique africain est estimé à 270 Gigawatts (GW) et seulement 7% de cette puissance serait actuellement exploitée. FURFARI (Samuele), « Politique et géopolitique de l’énergie. Une analyse des tensions internationales au 21ème siècle », éditions Technip, 2012, p. 373.

[iii] L’Afrique Centrale est un espace composé des pays suivants : l’Angola, le Cameroun, la Guinée équatoriale, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, Sao-Tomé et Principe et le Tchad. http://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique_centrale

[iv] Près 80% de ce potentiel régional est concentré sur la portion du fleuve Congo faisant partie du territoire de la République Démocratique du Congo. Kinshasa dispose en effet de 50% de la totalité du potentiel hydroélectrique continental soit 110 000 MW.http://terangaweb.com/lenergie-hydraulique-en-afrique-subsaharienne/

[v] L’Afrique de l’Est est composée de l’Erythrée, de l’Ethiopie, de Djibouti, de la Somalie, du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Rwanda, du Burundi, des Seychelles et des Comores. http://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique_de_l%27EstLe potentiel hydroélectrique de l’Ethiopie est estimé à 40 000 MW.http://terangaweb.com/lenergie-hydraulique-en-afrique-subsaharienne/

[vi] L’Afrique de l’Ouest est formée du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie, du Libéria, du Niger, du Nigeria, du Sénégal, de la Sierra Leone et du Togo. http://fr.wikipedia.org/wiki/Afrique_de_l%27OuestLe potentiel hydroélectrique cet espace est estimé à 25 000 MW (37% de ce potentiel au Nigéria, 26% en Guinée, 11% au Ghana, 11% en Côte d’Ivoire, 5% en Sierra Leone).http://terangaweb.com/lenergie-hydraulique-en-afrique-subsaharienne/

[vii] Près des deux tiers de ces ouvrages se trouvent en Afrique Australe. L’Afrique du Sud en compte 539 sur sont territoire, tandis que le Zimbabwe possède 213 retenues d’eau. En outre, il est à signaler que près de 80% des barrages existants dans les pays africains auraient une finalité autre que la production d’électricité.http://www.afriqueexpansion.com/dossier-eau-et-energie/88-hydro-electricite-passeport-pour-la-croissance-en-afrique.html

[viii]La première pierre du « Gran Ethiopian Renaissance Dam » a été posée le 2 avril 2011. Le barrage devrait être terminé et opérationnel en 2017. L’électricité générée par cet ouvrage devrait permettre à l’économie éthiopienne de se développer. Le gouvernement d’Addis Abeba escompte en effet attirer des entreprises chinoises et européennes grâce à une électricité et à une main d’œuvre peu chères. http://www.liberation.fr/monde/2014/10/24/ethiopie-un-barrage-contre-la-pauvrete_1128795

[ix] Le projet de « Grand Inga » a été lancé dans les années 60. Les deux premiers barrages ont été construits après l’indépendance de ce qui fut le Zaïre. Inga 1 est entré en service en 1973 et Inga 2 en 1981. Le 18 mai 2013 a été signé le contrat pour la construction de Inga 3 dont la première pierre devrait être posée au mois d’octobre 2015. A l’horizon 2020, ces trois barrages devraient avoir une capacité hydroélectrique de 6 725 MW. Quatre autres barrages devraient venir compléter le dispositif d’ici à 2050. http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_Grand_Inga

[x] La puissance totale de Inga 3 devrait être de 4800 MW. 2500 MW devraient être vendus à l’Afrique du Sud, 1 300 MW devraient servir aux entreprises minières du Katanga et 1 000 MW devraient être destinés à la population de la RDC.http://www.lesechos.fr/16/09/2014/LesEchos/21772-080-ECH_l-afrique-veut-se-doter-du-plus-grand-barrage-hydroelectrique-du-monde.htm

[xi] http://terangaweb.com/lenergie-hydraulique-en-afrique-subsaharienne/

[xii] Le coût estimé du projet de « Grand Inga », soit la construction des 5 derniers barrages, varie entre 80 et 100 millions de dollars. Ce coût est partiellement pris en charge par la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement et le gouvernement Sud-africain. http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_Grand_IngaPar contre, le barrage de la Renaissance a été totalement financé par le gouvernement éthiopien.

[xiii] Actuellement seulement 10% du courant électrique produit par les barrages INGA 1 et 2 est consommé par les Congolais. Les 90% restant sont exportés vers l’Afrique du Sud ou la province minière du Katanga.http://www.tv5monde.com/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Barrages/p-25347-Projet-Grand-Inga-en-RDC-le-revers-de-la-medaille.htm

[xiv] La multiplication des barrages est considérée comme la cause principale de la réduction de la superficie des zones humides en Afrique. En effet, depuis les années 60, le delta intérieur du Niger a régressé de 37 000 Km2 à 15 000 Km2, tandis que la superficie du lac Tchad est passée de 20 000 Km2 à 7 000 Km2.http://geocarrefour.revues.org/7205?lang=en

[xv] Par le passé des sécheresses successives (1997-2000 ; 2005-2006) ont provoqué une réduction de la production électrique de certains barrages (en particulier au Kenya, en Ouganda et au Rwanda).http://www.partagedeseaux.info/article525.html

 

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