E.ON : une révolution qui soulève plusieurs interrogations

L’énergéticien allemand E.ON a annoncé le 30 novembre 2014 la séparation de ses activités de production centralisée d’électricité. S’il s’agit d’abord d’une révolution interne, il n’en reste pas moins que cette décision va avoir des répercussions tant au niveau du secteur qu’à l’échelle européenne.

Creative Commons – Auteur : Marcusroos

 

Pour justifier cette restructuration d’E.ON – conseillé par JP Morgan selon Reuters –, M. Johannes Teyssen, son PDG, a affirmé que “Nous sommes convaincus que les groupes d’énergie doivent fondamentalement se concentrer sur un des deux mondes pour avoir du succès“. En d’autres termes, les activités conventionnelles (nucléaire, charbon, gaz, exploration et négoce d’énergie) seront réunies en 2016 dans une entité séparée, au sein de laquelle les actionnaires d’E.ON auront la majorité. Dans le même temps, le groupe, qui cédera à terme ses parts dans cette nouvelle structure, va se concentrer exclusivement sur les énergies renouvelables, les réseaux et les services énergétiques. Le groupe semble donc vouloir se préparer à la Troisième Révolution Industrielle[1] de Jérémy Rifkin. Par conviction ou par contrainte de l’ “Energiewende”[2] allemande et plus largement de la transition énergétique qui s’annonce en Europe ?

Une telle décision spectaculaire va pousser les concurrents d’E.ON à s’interroger sur leur capacité à se développer dans ce nouveau monde. GDF Suez avait annoncé en début d’année la dépréciation de ses actifs liés “au monde ancien” selon les mots de son PDG Gérard Mestrallet, c’est-à-dire ses centrales thermiques et ses sites de stockage en Europe. Le but est de se concentrer sur la transition énergétique en Europe et sur les pays à forte croissance. EDF ne devrait pas trop changer de modèle dans les prochaines années en raison de la situation de son parc nucléaire dont il est certain de son utilisation par sa position dans le merit order[3]. En Allemagne, RWE pense à s’orienter vers les renouvelables pour sa production d’énergie, tout en annonçant qu’il ne séparerait pas son cœur d’activités ; EnBW se trouve dans le même schéma de pensée ; le suédois Vattenfal a annoncé le 30 octobre la vente de sa branche charbon allemande.

 

Une restructuration sur le modèle d’E.ON pose également plusieurs questions sur le long terme :

  • D’une part, l’Allemagne s’inquiète du fait que le coût du démantèlement du nucléaire repose au final sur les contribuables. Selon M. Stefan Wenzel, ministre de l’environnement du Basse-Saxe, le fait pour E.ON de transférer une participation majoritaire aux actionnaires dans la nouvelle société liée activités conventionnelles, puis de vendre le restant de ses parts à moyen terme, créerait une situation où la responsabilité pour les centrales nucléaires ne serait plus claire au moment du démantèlement définitif.
  • D’autre part, les actifs de production centralisée d’énergie qu’E.ON cède en Espagne, au Portugal ou en Italie attirent des acteurs venant de Chine (Shanghai Electric Power), d’Australie et du Koweït (Macquarie et Wren House Infrastructure). En raison de l’intermittence des EnR et de l’absence de solution à grande échelle de stockage de l’électricité, il est nécessaire de maintenir une capacité de production suffisante lors des pointes de consommation, c’est-à-dire une capacité de production conventionnelle. Or quid du risque que cela pourrait soulever à long terme en Europe si ces capacités ne sont plus entre les mains des opérateurs européens ?

 

Pour aller plus loin :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/12/01/pourquoi-e-on-se-demantele-et-se-recentre-sur-l-energie-verte_4532012_3234.html

http://www.usinenouvelle.com/article/a-l-image-d-e-on-l-europe-est-prise-entre-les-deux-mondes-de-l-energie.N302202

http://www.theguardian.com/environment/2014/dec/02/eons-switch-renewables-sign-of-things-to-come-say-experts

http://uk.reuters.com/article/2014/12/11/macquarie-loans-idUKL6N0TV43Z20141211?type=companyNews

http://uk.reuters.com/article/2014/12/03/e-on-italy-china-idUKL3N0TN1F020141203?type=companyNews

http://uk.reuters.com/article/2014/12/01/eon-divestiture-nuclearplants-idUKL6N0TL3AN20141201?type=companyNews

http://uk.reuters.com/article/2014/12/01/uk-e-on-divestiture-idUKKCN0JE0TZ20141201?type=companyNews

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_r%C3%A9volution_industrielle

[2] http://energytransition.de/2013/03/fr/

[3] http://www.connaissancedesenergies.org/electricite-qu-est-ce-que-la-logique-de-merit-order-120215

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