Zéro déchet ou comment vivre sur une planète aux ressources limitées

En 2001, 40% des autorités municipales de Nouvelle-Zélande ont adopté un objectif Zéro Déchet à horizon 2020. De l’autre côté du globe, en 2002, c’est la ville de San Fransisco qui se lance le défi. Douze ans après, l’idée que le Zéro Déchet relève de l’utopie a volée en éclats

Le Zéro déchet prône une gestion durable de la nature : nous ne la possédons pas, nous empruntons seulement les éléments qui la constituent pour une période donnée. Cela implique que ces éléments doivent retourner à leur état initial une fois leur utilisation terminée. Ce « contrat » est malheureusement rompu lorsque nous nous contentons simplement de jeter les choses. Les déchets sont une invention humaines : il nous appartient donc de remettre les matériaux naturels ou transformés dans le circuit pour une utilisation future.

Le Zéro Déchet offre une solution pour les ordures qui ne nécessite ni incinération, ni dépendance importante vis à vis d’une décharge. Le Zéro Déchet est un principe qui affirme que les déchets ne sont pas naturels et peuvent donc être éliminés par de meilleurs process industriel, une véritable volonté politique ainsi qu’une sensibilisation accrue aux gestes de tri. Ce principe associe des pratiques collectives comme la réutilisation, la réparation, le recyclage, le compostage, à des pratiques industrielles comme l’élimination des toxiques et la redéfinition de l’emballage et des produits en fonction de l’exigence clé du 21ème siècle : le besoin de développent durable. Adopter cette démarche induit deux avantages économiques. En effet cela peut amener à de la création d’emploi, voir à des créations d’entreprises (à titre d’exemple pour collecter les matériaux de seconde main et les transformer en nouveaux produits). Cela peut également permettre aux entreprises existantes d’augmenter leur efficacité en réduisant le coût d’élimination de leurs déchets.

Pour y parvenir nous avons besoin d’une direction ferme aux niveaux collectif, industriel et politique. En théorie le principe est simple, mais sa mise en application demande une réelle volonté et une forte implication de la part des collectivités et de l’industrie. L’une des clés de la réussite d’un tel programme est de changer d’approche : il faut transformer la tache d’élimination des déchets en récupération des ressources. Ainsi selon Zero Waste France, il faut en priorité, ” modifier nos modes de production, afin qu’ils deviennent sobres et efficients dans l’utilisation des ressources naturelles et de l’énergie, et permettent l’allongement de la durée de vie des produits ; Développer la réutilisation et le réemploi des produits et matériaux, par le développement des circuits courts, de l’écologie industrielle et de la réparation ; Collecter de manière séparée le plus grand nombre de produits et matériaux valorisables “.

L’un des meilleurs exemple d’application de ce principe est la ville de San Francisco qui veut devenir une ville “zéro déchets” d’ici à 2020. En 2002, la municipalité a initiée le Zero Waste Plan (le plan zéro gâchis), suite à un constat simple : plus de la moitié des ordures produites pourraient être réutilisées. Si la Californie s’était fixé pour objectif de réduire de moitié l’incinération des déchets à l’échelle de l’État, San Francisco a quant à elle fait le pari du 100 %. ” Nous nous sommes mis d’accord sur l’objectif ambitieux du zéro déchet puis sur une date à la fois assez lointaine pour nous donner les moyens de l’atteindre mais aussi assez proche pour que tout le monde se sente aussitôt concerné ” confie Jared Blumenfeld, directeur régional de l’Agence de protection environnementale (EPA) et ancien directeur du département de l’environnement de San Francisco, au journal Le Monde.

San Francisco s’est positionné aujourd’hui comme un leader de la gestion des déchets ; en effet douze ans plus tard, la ville a réduite de 77% la part de ses déchets qui terminent dans des décharges ou des incinérateurs. Pour y parvenir, elle a fait preuve de volontarisme politique et a multiplié les petites et grandes initiatives législatives. On peut citer par exemple l’engagement de la ville en 2007 à n’utiliser que des matériaux recyclés pour des travaux publics tels l’asphalte, les trottoirs, les gouttières ou les fondations des bâtiments. Il y a également l’interdiction récente de Mars 2014 de la vente et de la distribution de bouteilles d’eau en plastique dans l’espace public et les bâtiments municipaux, sauf lors d’événements exceptionnels. Seules les petites bouteilles – de moins de 60 cl – sont concernées. Pour prendre cette décision la ville c’est appuyé sur le fait que « 10 à 15 millions de bouteilles plastiques à usage unique » sont collectées chaque année. En y associant le coût environnemental de leur fabrication (par le pétrole) et de leur transport ainsi que les perturbateurs endocriniens contenu dans le plastique, la décision de la collectivité apparaît pleine de bon sens.

La ville a obtenu une reconnaissance au niveau national au travers d’une approche à trois axes: l’établissement d’une législation forte en vue de réduire la quantité de déchets produits, un partenariat avec une compagnie de gestion des déchets partageant les mêmes objectifs et avec laquelle elle a pu initier des programmes innovants, et la création d’une culture du recyclage et de compostage. Une des raisons qui rend possible l’adoption de ces différentes lois est un soutien important de la part des citoyens, qui demandent un engagement concret en faveur de l’environnement. Le Zéro Déchet permet aussi aux citoyens de proposer un programme positif plutôt que de se contenter d’une simple opposition.

Un bel exemple pour la société française où le tri sélectif peine à séduire l’ensemble de la population. En effet, selon l’Observatoire du geste de tri, dont le rapport a été publié vendredi 20 juin 2014, 87 % des Français trient leurs déchets de manière occasionnelle, et 44 % d’entre eux le font de manière systématique. 67 % des emballages ménagers seraient ainsi recyclés chaque année, quand les objectifs du Grenelle de l’environnement prévoyaient le recyclage de 75 % des déchets dès 2012. Le paradigme du Zéro Déchet offre aussi un nouveau défi et une autre récompense: travailler de façon constructive avec des citoyens militants plutôt que de craindre leur apparition aux réunions publiques, ou des coups de force comme cela se passe à Nonant les Pin (Orne, 14) dont la décharge près du haras national du Pin, est bloquée depuis plus de huit mois par des opposants.

Sources :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/29/le-systeme-zero-dechet-de-san-francisco-en-7-questions_4424222_3244.html 

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/11/l-etat-mis-en-cause-dans-l-affaire-de-la-decharge-de-nonant-le-pin_4399817_3244.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/29/l-arsenal-legislatif-de-san-francisco-pour-arriver-au-zero-dechet_4421689_3244.html

http://www.zerowastefrance.org/

http://www.asvi.tv/zeroD.pdf

http://villedurable.org/

http://www.bioalaune.com/fr

Rapport de l’Observatoire du geste de tri, 20 juin 2014.

 

 

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