Nos correspondances informatiques polluent

La dématérialisation d’un service est souvent considérée comme une mesure plus écologique que d’autres usages. L’internet est virtuel, l’impact sur notre monde le serait aussi. On sait que les ordinateurs polluent par leurs composants toxiques. Si c’est encore un sujet peu connu, de plus en plus d’études cherchent à montrer, ou à étudier la pollution qu’engendre vraiment internet.

Wordless Tech, un site regroupant différents articles sur la technologie et la nature, estime que la consommation énergétique d’internet équivaut à une trentaine de centrales nucléaires. Envoyer un message sans intérêt, regarder des photos de chatons, ou simplement vérifier une information sur Wikipédia lors d’un débat enflammé sont passées dans les usages courants de notre vie quotidienne. Appuyer sur un bouton, et c’est tout. C’est sans compter l’énergie grise d’internet.

L’énergie grise est l’énergie consommée par un produit lors de tout son cycle de vie : production, extraction, fabrication, transport, utilisation, recyclage… On parle d’énergie grise car cette énergie est transparente pour le consommateur. Il ne voit pas, et n’a pas conscience de toute l’énergie nécessaire pour l’utilisation d’un produit, ou d’un service. Pour envoyer un mail, une personne ne voit que l’énergie utilisée pour allumer son ordinateur.

Dans une étude de The Radicati Group, 183 milliards de mails sont envoyés chaque jour dans le monde. L’Ademe a calculé qu’une entreprise de 100 personnes, recevant 5.800 mail (58 mails par salarié), et en envoyant 3.300 par jour (33 mails par salariés), génère 13,6 tonnes équivalent CO2 par an, soit treize aller-retour Paris-New-York (ce chiffre peut encore être revu à la hausse, The Radicati Group estimant que chaque salarié d’une entreprise reçoit 72 courriels). Le cabinet Bio Intelligence Services a mesuré l’impact environnemental d’un seul mail : 19 grammes de CO2.

Par jour, les mails émettent, selon les chiffres ci-dessus, aux alentours de 3.477.000 tonnes de CO2.

Oui, internet peut faire des économies d’énergie. Il est plus économe de faire une visioconférence que de prendre l’avion pour assister à une réunion, La dématérialisation permet de faire des économies de papier. Ce sont bien des effets vertueux des technologies de l’information. Mais il ne faut pas oublier non plus les effets pervers, souvent ignorés. Il est plus écologique d’aller voir son collègue un étage en dessous, que de lui envoyer un mail. L’Ademe conseille également de réduire les destinataires d’un courriel au strict minimum (ne pas systématiquement rajouter son supérieur) pour ne pas multiplier les émissions de gaz à effet de serre.

Doit-on revenir à l’âge de pierre ? Non, car la pollution diffère selon la technologie. Autre moyen de communication, le cabinet d’analyses américain, ABI Research, a estimé que 7000 milliards de SMS ont été expédiés dans le monde en 2011. Mais un SMS n’émet que 0,000003 grammes de CO2. La totalité de SMS, en 2011, n’aurait généré que 21 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, bien loin des émissions générées par les mails.

Au vu de ces chiffres, il ne s’agit pas de condamner internet, car notre société en a un besoin vital, mais nous devons modérer son utilisation. L’éducation de l’internaute est nécessaire. Nous nous sommes intéressés à deux modes de communication différents, mais mieux cibler ses recherches consomme également moins de CO2. Aller sur un site directement par son adresse URL permet de générer moins de CO2 que de passer par un moteur de recherche qui, pour fonctionner, doit refroidir des milliers de serveurs. Encore une fois, il faut relativiser : chercher une information sur Internet entraînera moins de pollution qu’aller à la bibliothèque en voiture.

Mais se pose la question des objets connectés qui envoient constamment des informations, et nécessitent donc un accès à Internet, et donc à des serveurs générant du CO2 ; dans le même ordre d’idée, nous n’avons peut-être pas étudié tous les impacts environnementaux des réseaux intelligents qui doivent générer du CO2 par l’utilisation constante du réseau numérique.

Sources :
– maplanètebleue.com, “Internet et les ordinateurs, une réelle source de pollution”, 12 septembre 2010
– ConsoGlobe, “Un SMS, c’est combien de CO2 ?”, 09/2009
– Monde Blog, “Combien de CO2 pèsent un mail, une requête Web et une clé USB ?”, 7 juillet 2011, Audrey Garric

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