La nouvelle “fonction énergétique” des exploitations agricoles

“Dans les années et décennies à venir, l’agriculture devra répondre à une demande alimentaire croissante tout en engageant, face à une probable hausse du prix des énergies, une transition énergétique et environnementale majeure.

Les liens entre agriculture et environnement sont complexes. Les impacts des pratiques agricoles peuvent être négatifs (dégradation de la qualité de l’eau, impact du prélèvement d’eau en période d’étiage, érosion des sols, perte de matière organique, dégradation de la biodiversité des sols, émission d’ammoniac et de particules, érosion de la biodiversité remarquable et fonctionnelle), ou positifs (stockage de carbone dans les sols, production d’énergie renouvelable, maintien des paysages, recyclage des déchets organiques…). De plus, l’agriculture, comparée a d’autres secteurs, a un rôle particulier dans les émissions de GES à plusieurs titres : elle est à la fois source et puits d’émissions de carbone, elle est la principale émettrice de N2O et CH4 et elle risque d’être profondément impactée par les changements climatiques futurs. Par ailleurs, dans les années et décennies à venir, l’agriculture devra répondre à une demande alimentaire croissante tout en engageant, face à une probable hausse du prix des énergies, une transition énergétique et environnementale majeure. La production d’énergies renouvelables sur les exploitations agricoles, pour l’autoconsommation (chauffe-eau solaire, méthanisation, biomasse…) ou la revente (photovoltaïque…) peut contribuer à réduire la dépendance énergétique du secteur.

Depuis les années 2000, le développement des énergies renouvelables bénéficie d’un contexte politique et économique favorable, lié notamment aux enjeux du changement climatique et aux craintes d’une dépendance trop forte aux ressources fossiles. Après avoir diminué dans les années 1990, la production d’énergies renouvelables augmente fortement et se diversifie depuis 2002. On note la montée en puissance des énergies d’origine agricole, notamment les biocarburants, mais aussi des énergies issues de la valorisation des déchets agricoles et agro-alimentaires. Par ailleurs, de plus en plus d’exploitations produisent de l’énergie photovoltaïque. En effet, les agriculteurs sont en mesure de produire des énergies renouvelables, en valorisant la biomasse à des fins non alimentaires (biocarburants, biogaz) ou encore en utilisant l’espace disponible (bâtiments, foncier) pour produire de la chaleur ou de l’électricité. L’intérêt porté par les agriculteurs à la production d’énergies a d’ailleurs crû ces dernières années avec la mise en place d’une série de soutiens visant à accélérer les investissements et le développement de nouvelles filières.

Malgré des objectifs ambitieux de développement des bioénergies, la production d’énergies renouvelables dans le secteur agricole reste soumise à plusieurs incertitudes. D’une part, aucune filière d’énergie renouvelable d’origine agricole n’est actuellement viable économiquement sans soutien public. Leur avenir dépend donc d’une amélioration de leur efficacité énergétique, d’une augmentation des prix des autres énergies ou du maintien de politiques de soutien suffisamment incitatives. Par ailleurs, leur développement reste soumis à la démonstration de leur réelle plus-value environnementale, qui fait encore l’objet de vifs débats pour certaines filières. Enfin, la production de biocarburants ou d’électricité photovoltaïque au sol est utilisatrice de terres agricoles et suscite des débats quant à leur impact sur la sécurité alimentaire future. Cette nouvelle « fonction énergétique » des exploitations se trouve au centre des stratégies de développement de filières vertes capables d’assurer la transition vers une économie neutre en carbone et s’inscrit pleinement dans les objectifs des politiques climatiques. Par ailleurs, la production d’énergies renouvelables peut permettre de renforcer l’autonomie énergétique des exploitations. Leur vente fournit aussi de nouveaux revenus, relativement stables car non soumis aux facteurs de volatilité des prix internationaux.

L’agriculture est consommatrice d’énergies fossiles, de façon directe et indirecte. Elle est donc structurellement dépendante de sources extérieures d’approvisionnement. Le prix des énergies fossiles est un déterminant, parmi d’autres, des prix agricoles internationaux via les coûts de production. La crise de 2006-2008 s’est caractérisée par la hausse simultanée des cours des produits alimentaires et de l’énergie, ce qui a constitué un phénomène nouveau sur les marchés internationaux. Depuis, les deux marchés ont évolué de manière décorrélée. Le poids relatif du prix du pétrole sur la formation des prix agricoles, par rapport à d’autres facteurs tels que l’offre et la demande mondiales de produits alimentaires, les surfaces cultivables disponibles ou l’évolution des rendements, est sujet à controverses. Néanmoins, pour certains, l’influence du prix des énergies fossiles sur les marchés de produits agricoles est appelée à croître.

Sources :

  • Analyses économique de la dépendance de l’agriculture à l’énergie. Évaluation, analyse rétrospective depuis 1990 scénario d’évolution à 2020. ADEME, Novembre 2012.
  • Prospective Agriculture Énergie 2030 : l’agriculture face aux défis énergétiques. Service de la Statistique et de la Prospective Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire 2010.
  • Agriculture et facteur 4, synthèse d’étude. ADEME, Septembre 2012.

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