Dubaï et les Emirats Arabes ou l’art du « greenwashing »

Connaissez-vous Dubaï ? C’est la nouvelle destination en vogue des plus fortunés de cette planète mais aussi des touristes cherchant la chaleur en plein mois de décembre. Cet émirat arabe a créé en quelques dizaines d’années un monde où le luxe et la démesure coulent à flot : un parc immobilier en constante expansion, des architectures futuristes, le gratte-ciel le plus haut du monde (Burj Khalifa), des îles artificielles visibles depuis Google maps, des centres commerciaux gigantesques, des pistes de ski intérieures ou encore des aquariums géants . Mais, tout a un prix. La ville en a fait les frais en 2009 quand la crise financière est venue frapper à ses portes. Croulant sous une dette titanesque Dubaï avait vu trop grand, Abu Dhabi est alors venu à sa rescousse et peu à peu les choses ont repris leur cours, si bien que le prix de l’immobilier a de nouveau commencé à flamber.

Aller là-bas en 2014 c’est comprendre ce qu’essor économique  signifie. Contrairement à la France pour ne prendre que cet exemple, tout tourne quasiment 24 heures sur 24, et cela souvent au détriment de nombreux droits fondamentaux et règles de droit du travail plus que flexibles. Ce n’est pas le pétrole mais bien les activités commerciales et touristiques qui permettent à Dubaï de survivre. Véritable carrefour des quatre continents c’est aussi le lieu rêvé pour y installer son business.

Pourtant, au moment où les prévisions alarmantes du GIEC préconisent un changement  radical du mode de gouvernance des Etats pour réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre, les lointaines contrées du Moyen Orient paraissent encore bien trop peu concernées par ces problèmes. Un paradoxe face à l’image que les Emirats Arabes Unis veulent donner d’eux-mêmes au reste du monde. Une image qui d’un côté se concrétise par de véritables efforts qui ne sont pas à dédaigner. Abu Dhabi essaye ainsi de se placer en véritable précurseur pour le développement des énergies renouvelables et des nouvelles technologiques en faveur de l’efficacité énergétique. L’exemple principal n’est autre que celui de la future ville écologique de Masdar en pleine construction et qui abrite depuis peu l’agence internationale des énergies renouvelables (IRENA).

Wettex 2014

Wettex 2014

On peut également mentionner le salon Wettex 2014 qui s’est tenu à Dubaï du 14 au 16 avril exclusivement consacré aux entreprises développant toutes sortes de technologies liées au développement durable et aux énergies renouvelables. La gamme des exposants provenant de multiples pays (Inde, Chine, Malaisie, France etc)  était large et variée. On y croisait des entrepreneurs vendant leurs systèmes de filtration écologique des eaux, leurs panneaux solaires de nouvelle génération, leurs voitures hybrides haut de gamme, leurs smart grids pour l’économie d’énergie dans les bâtiments ou y trouver des architectes en charge de la conception de bâtiments auto-suffisants pour le gouvernement Dubaïote.

Projet de bâtimet auto-suffisant pour Dubaï

Projet de bâtimet auto-suffisant pour Dubaï

Le green business est une véritable niche en développement et connaitra sans aucun doute une forte expansion pour ces prochaines années à venir.

Mais entre l’image promue et la réalité il y a de quoi en laisser perplexe plus d’un, car la vie à Dubaï est loin, très loin d’être écolo. A Dubaï, tout est grand, même les distances qui s’étalent sur plus de 70 km de côtes. Bien qu’un métro aérien relie de pointe à pointe la cité, le moyen de transport préféré des habitants reste la voiture, notamment les 4×4 (et c’est bien le seul moyen de se faire respecter dans la jungle automobilistique). Entre le prix des voitures défiant toute concurrence et celui de l’essence qui ferait pâlir d’envie les conducteurs français, il est très facile de céder à la tentation. La seule petite conséquence n’est qu’une épaisse brume laiteuse planant sur la ville empêchant très souvent aux enfants d’utiliser leur crayon bleu pour dessiner le ciel de leurs dessins. La pollution atmosphérique reste pourtant un problème inhérent à tous les pays industrialisés et c’est finalement bien facile de blâmer ceux traversant leur phase de développement économique.

Source : news.discovery.com

Source : news.discovery.com

Ce qui en fin de compte pourrait être remis en question à Dubaï serait plutôt l’absence totale de sensibilisation et d’éducation environnementale des populations locales et des expatriés qui s’adaptent à un mode de vie basé sur le consumérisme.  De simples concepts comme le recyclage, la sobriété énergétique ou le gaspillage sont en complète opposition avec les gestes de la vie quotidienne au Moyen Orient. Quelques détails observés :

–          Les habitations ne possèdent pas de bennes spécifiques pour le recyclage obligeant donc à jeter plastiques, verres, papiers, cartons et déchets organiques dans la même poubelle ;

–          Les centres commerciaux (dont Carrefour qui se veut être exemplaire en France) distribuent gratuitement de grandes quantités de sacs plastiques (à Dubaï, des employés sont spécifiquement chargés de mettre vos courses dans des sachets en plastique qui, sans exagérer, en utilisent souvent 3 ou 4  pour 10 produits achetés…);

–          L’utilisation massive (et malheureusement nécessaire) de la climatisation dans tous les bâtiments, habitations, centres commerciaux, moyens de transports et le besoin d’une sensibilisation face a au gaspillage énergétique que cela entraine (il n’est pas rare de voir des fenêtres ou portes ouvertes pendant que la climatisation tourne à plein pot).

–          Une remarque personnelle concernant le privilège octroyé aux populations locales (minoritaires) dont le paiement des factures d’eau et d’électricité de leurs habitations souvent beaucoup plus spacieuses et énergivores est largement inférieur ;

–          L’absence troublante de panneaux solaires sur les toits des maisons alors que le niveau d’ensoleillement représente une ressource précieuse.

En rencontrant l’association pour la protection de l’environnement de Dubaï et malgré les efforts entrepris, je n’ai eu que la confirmation de ce qui était évident  à savoir un intérêt très faible du gouvernement pour des questions d’une aussi « petite » envergure.

Comme il est si souvent répété, les grands changements commencent par des petits gestes. Mais la recherche du profit s’érige souvent au détriment de ces derniers. L’image écologique tant recherchée par les gouvernements et les multinationales ne se fera d’ailleurs qu’à cette condition, que ce soit dans les Emirats ou ailleurs.

 

 

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1 réponse

  1. Bonjour,
    En effet, Dubai est une zone d’investissement très profitable du point de vue économique et politique.
    J’admire particulièrement sa forte capacité à résister aux différentes crises.

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