Sobriété fonctionnelle, la clé de l’éco-conception logicielle?

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“L’infobésité” désigne l’explosion de la circulation et du stockage des données informatiques: data, courriels, vidéos… Les logiciels développés par les éditeurs et les intégrateurs sont aujourd’hui les principaux responsables d’une consommation sans cesse excessive et du renouvellement accéléré des postes de travail et de serveurs. Un logiciel ou un site web non optimisé coûte jusqu’à trois fois plus cher à exploiter. Par exemple, le tandem Windows 7-Office 2010 a besoin de 71 fois plus de mémoire vive que le tandem windows 98-Office 97, il y a 12 ans (1).

mémoire vive

Ce constat n’est pas propre à Microsoft. Chaque nouvelle version d’un  logiciel nécessite deux fois plus de puissance pour être exécuté. Un logiciel ou un site web non optimisé coûte jusqu’à trois fois plus cher à exploiter. C’est ce qu’à constaté Facebook: en compilant son code PHP en C++, le réseau social a évité de faire un investissement de 100 millions de dollars dans un nouveau data center tout en divisant sa facture électrique par deux. Les Technologiques de l’Information et de la Communication sont responsables de 2% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, au même titre que les transports aériens. L’éco-conception de logiciels désigne une démarche d’amélioration continue qui consiste à réduire l’empreinte économique et écologique d’un logiciel tout au long de son cycle de vie. Il s’agit autant de se concentrer sur l’expression des besoins fonctionnels que sur l’optimisation du code ou les types de contenus générés. Un développement logiciel durable s’appuie sur les trois piliers du développement durable: – Préservation de l’environnement: le logiciel doit maîtriser son impact en terme de préservation des matières premières. Cet impact est indirectement issu de la demande croissante en matériel électronique. Le logiciel doit, lors de son utilisation,  limiter son empreinte environnementale: consommation d’énergie, utilisation des ressources, émissions d’onde. Enfin, le logiciel doit minimiser son impact lors de sa fin de vie et le déchet qu’il occasionne par le renouvellement prématuré des matériels. – Equité sociale: le développement durable doit prendre en compte l’aspect social, c’est-à-dire, ne pas introduire d’inégalité. Pour le développement logiciel, l’inégalité principale est la sous-traitance du développement dans des pays où le droit du travail n’est pas respecté. – L’efficacité économique: le modèle économique du développement logiciel doit être efficace. En effet, s’il est fondé sur des hypothèses qui ne sont pas viables économiquement, il ne sera pas durable. Editeurs, intégrateurs, distributeurs, consommateurs doivent trouver un équilibre économique sain et durable.

analyse cycle de vie

Sans être encore généralisée, l’éco-conception logicielle s’impose cependant peu à peu comme une démarche incontournable. Pour un patrimoine applicatif déja existant,  une démarche d’éco-conception logicielle vise ainsi plusieurs objectifs: l’optimisation des performances d’un site web ou d’une application (web, java…), l’amélioration de la qualité de service proposée aux utilisateurs, la réduction du coût de fonctionnement, notamment la maintenance évolutive et corrective et la réduction des impacts environnementaux du site ou de l’application. D’une part, optimiser un code inutile  ne sert à rien. Or selon une étude du groupe Standish Group datant de 2006, 45% des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont jamais utilisées. Lorsque l’on utilise une suite bureautique, on n’utilise en réalité que 10% des fonctionnalités disponibles. Même en optimisant ce code inutile avec des outils automatiques, il se traduira quand même par de la consommation inutile  de ressources: bande passante, mémoire vive, cycles processeur, m² de data center, kWh et froid associé, sans parler de la dette technique associée. D’autre part, adopter les principes de l’architecture open source. Les logiciels libres ont démontré depuis plus de 20 ans que la sobriété des uns ne limite pas forcément la couverture fonctionnelle des autres. La sobriété fonctionnelle est le coeur des systèmes d’exploitation tels que BSD et Linux dont le noyau est complété par des fonctionnalités optionnelles, assemblées selon le besoin dans une “distribution”. L’architecture technique du serveur webApache, du navigateur Firefox,  des principaux CMS (Drupal par exemple), de la suite bureautique LibreOffice repose elle aussi sur ce principe. Or, il n’y a pas d’écosystème plus riche et de couverture fonctionnelle plus large (au travers des modules, packages et autres extensions) ce que ces apôtres de la société. Le projet Code Vert a pour objectif de mettre en place un référentiel outillé de pratiques d’éco-conception du logiciel car il n’existe pas à ce jour de labels et de directives sur le logiciel (au contraire de la partie matériel et infrastructure). La difficulté pour mettre en oeuvre un label “vert” sur le développement logiciel est la complexité de mise en oeuvre d’un référentiel robuste et adaptable à des environnements complexes (multiplicité des architectures, langages, empilement des couches logiciels…) et de pouvoir vérifier les bonnes pratiques sur des milliers de lignes de code. Néanmoins, l’ISO lance un chantier relayé par l’AFNOR en France, avec pour objectif de produire un référentiel d’éco-conception logicielle d’ici 2 à 3 ans. L’objectif du projet Code Vert est de développer un logiciel qui permettra de qualifier la qualité durable d’un développement informatique. Cet outil utilisera un référentiel de bonnes pratiques de conception logicielle plus respectueuse de l’équilibre environnemental depuis sa phase de création jusqu’à sa phase déchet. La gestion des règles sera réalisée dans le moteur de règle développé par TOCEA (start-up rennaise spécialisée dans le contrôle continu du risque logiciel et l’amélioration de la qualité de l’application). Un échange via un web service externe permettra d’utiliser les fonctions de parsing et l’application de ces règles au code.

phasing projet code vert

Sources:

FAURE Sébastien, Obsolescence programmée et éco-conception, Strasbourg, Février 2014, 137 p.

 (1) Chiffre donné par Frédéric Bordage et Frédéric Lohier, GreenIT.fr http://www.greenit.fr/article/logiciels/logiciel-la-cle-de-l-obsolescence-programmee-du-materiel-informatique-2748

http://www.greenit.fr/tag/eco-conception-logicielle

http://www.code-vert.org/actualites/encode-vert-project-complete-software-eco-design-repositoryfrcode-vert-un-rfrentiel-dcoconception-logicielle-complet/

 

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3 réponses

  1. Green IT dit :

    Bonjour,

    Le chiffre que vous citez sur la consommation de mémoire vive du couple Windows-Office provient d’une étude réalisée par GreenIT.fr, publiée en mai 2010 ici : http://www.greenit.fr/article/logiciels/logiciel-la-cle-de-l-obsolescence-programmee-du-materiel-informatique-2748

    Contrairement à ce qui est indiqué, la source originelle de ce chiffre n’est pas le groupe de travail EcoInfo.

  2. Lise Cadix dit :

    Bonjour,

    Le chiffre cité sur la consommation de mémoire vive du couple Windows-Office provient bien d’une étude réalisée par GreenIt et le site figure dans les sources en bas de l’article. En revanche, après relecture de m’article, je n’ai nullement mentionné le groupe de travail Eco-Info contrairement à ce que vous indiquez.

  3. Green IT dit :

    Bonjour,

    Désolé d’insister, mais la source de

    “Par exemple, le tandem Windows 7-Office 2010 a besoin de 71 fois plus de mémoire vive que le tandem windows 98-Office 97, il y a 12 ans (1).”

    n’est pas “http://www.greencodelab.fr/Eco_Conception_Logicielle” comme indiqué

    mais bien l’article de GreenIT.fr publié à cette adresse : http://www.greenit.fr/article/logiciels/logiciel-la-cle-de-l-obsolescence-programmee-du-materiel-informatique-2748 en mai 2010.

    Merci de rétablir à paternité de ce chiffre à “Frédéric Bordage et Frédéric Lohier, GreenIT.fr” qui l’on calculé.

    Merci par avance pour votre compréhension.

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