Sables bitumineux : chantier de la plus grande catastrophe écologique.

A l’heure où le monde prend conscience du besoin d’un changement radical de nos modes de vie, émerge avec discrétion une nouvelle industrie extrêmement polluante : les sables bitumineux. Au Canada, les terres fertiles de pétrole lourd sont  alléchantes. Deuxième réserve mondiale après l’Arabie saoudite , cette zone exploitable d’une taille équivalente à la Grande Bretagne ne fait voir aux grandes industries pétrolières que richesse et prospérité, au détriment des conséquences néfastes qui en découlent.

Sables bit

Le pétrole le plus lourd

Présents majoritairement au Canada (Alberta) et au Venezuela (bassin du fleuve de l’Orénoque), les sables bitumineux sont composés de bitume brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Ce pétrole non conventionnel visqueux et plus lourd est en effet enlisé dans la terre et mélangé à d’autres composants, faisant de son extraction un challenge sans précédents.

Il existe deux principaux procédés d’extraction. Soit par extraction minière nécessitant le rasage de la forêt sous laquelle s’abrite la «mine». Une fois le terreau superficiel enlevé, les sables bitumineux sont récoltés et transportés dans les usines d’extraction du bitume qui le sépareront des autres composants grâce à de la vapeur d’eau.

Soit l’extraction se fait in situ. Ce procédé est beaucoup plus complexe car il entraîne le forage de puits dans lesquels de la vapeur d’eau à très haute température sera injectée afin de fluidifier le bitume pour l’extraire. Bien que moins polluante, ce type d’extraction nécessite une quantité d’énergie bien plus élevée.

Le plus grand chantier énergétique

Qu’on se le dise, les sables bitumeux représentent un important intérêt économique. En effet, selon un rapport de l’Office national de l’énergie canadien, les ressources de pétrole brut sont estimées à 343 milliards de barils dont 90% venant des sables bitumineux. Mais cette découverte n’est pas une nouveauté. Elle a  connu un essor en 2002 et s’est largement intensifiée en 2012. Les compagnies pétrolières comptent d’ailleurs tripler leur production et créer par la même des milliers d’emplois d’ici 2020.

Quant au Canada, principal producteur, il s’est désengagé du protocole de Kyoto, et compte investir 25 milliards de dollars canadiens d’ici 2020.

De nombreux acteurs environnementaux parmi lesquels se trouvent Greenpeace ou les Amis de la Terre se sont révoltés contre ces pratiques destructrices et polluantes pour les terres, la faune, et surtout, les tribus amérindiennes qui impuissantes, les occupent .

Un grand pas en arrière

Malgré la mise en place de nouvelles technologies d’extraction plus propres et moins nocives  (technique SAGD Steam Assisted Gravity Drainage, système de puits horizontaux) et l’initiative de restauration des sols par les compagnies pétrolières, l’extraction de pétrole non conventionnel reste la plus sale au monde devant l’extraction de pétrole conventionnel en générant cinq fois plus de gaz à effet de serre. Selon Greenpeace, il faudrait par ailleurs 2,5 barils d’eau pour produire un baril de pétrole des sables bitumineux.

Entre déforestation, émission de gaz à effet de serre, consommation de grandes quantités d’eau douce et rejet chimiques toxiques dans les rivières et les lacs, la ponction de cet or noir suppose une consommation énergétique romanesque principalement pour la production de vapeur d’eau et l’utilisation de gaz naturel. Comble du paradoxe, le Canada envisagerait la mise en place de réacteurs nucléaires à cet effet.

La compagnie française Total est une grande exploitante des terres de l’Alberta. En 2010 Aloys Ligault, chargé de campagne sur la responsabilité des entreprises aux Amis de la Terre France s’exprimait à ce sujet  « la France prétend jouer un rôle moteur dans la lutte contre les changements climatiques mais l’une de ses plus grosses entreprises remet en cause ce discours par ses activités au Canada ».

En ce qui concerne l’Europe,le 3 octobre 2013, 21 prix  Nobel ont adressé une lettre à José Manuel Barroso pour demander au président de la Commission européenne et aux ministres des Etats membres de mettre en œuvre au plus vite la Directive sur la Qualité des Carburants.

Pour plus d’informations : film « sables bitumeux, jusqu’au bout de la Terre » et le site Novethic.

 

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