Réponse de la Polynésie à la consultation lancée par la Commission européenne

La consultation publique pour orienter les futures politiques de l’Union européenne en matière d’énergie et de changement climatique arrive à échéance.

Quelle a été la réponse de la Polynésie française ?

Généralités :

La loi statutaire 2004-172 de février 2004 portant statut d’autonomie confère des compétences à la Polynésie française, en matière d’énergie et d’environnement notamment. Par conséquent, les engagements internationaux et nationaux pris par l’Etat français ne s’y appliquent  pas.
Ainsi la Polynésie française n’est  pas concernée par le cadre européen en matière d’énergie ; elle échappe aux directives européennes, dont la 3×20 et  celles à venir.
Eu égard à sa localisation et à son statut unique de Pays d’Outre Mer, elle n’est pas membre du système énergétique européen, ni du marché commun de l’énergie.

Si les enjeux européens et polynésiens sont similaires dans de nombreux domaines (MDE, développement des EnR, adaptation au changement climatique…), ce Pays d’Outre Mer est confronté à des problèmes spécifiques, dus à sa taille, à son caractère archipélagique et à la qualité de son réseau électrique. La Polynésie française est totalement dépourvue de ressources fossiles propres, son système énergétique est de faible taille et non interconnecté entre les îles.

Les centrales thermiques fournissent l’essentiel de la production électrique ; deux centrales thermiques et cinq hydrauliques assurent la production quasi intégrale d’électricité à Tahiti. L’hydraulique – notamment sur les îles hautes- réussit à en produire une part conséquente, entre 20 et 40% selon les années.

La quasi totalité de la production et de la distribution est assurée par le concessionnaire Electricité de Tahiti (EDT), même si de rares exceptions existent (régies communales qui gèrent l’approvisionnement et la distribution sur leur territoire). Il serait pertinent de comparer la situation d’EDT avec celle d’EDF d’avant les directives européennes de libéralisation, notamment du point de vue de ses obligations (vis à vis du tarif, de l’équilibre offre/demande) et de sa situation monopolistique.

Au delà de la production électrique, deuxième poste de consommation d’hydrocarbures, rappelons que 42% de la consommation d’hydrocarbures est destinée aux transports, principalement dans les transports terrestres pour les véhicules particuliers.

La Polynésie française a pris conscience de l’importance des problématiques du développement durable sur son territoire et les a consacrées dans un Plan Climat Stratégique. Celui-ci permet, en plus de l’adaptation au changement climatique, de mettre en évidence le défi énergétique auquel le pays est confronté aujourd’hui et peut-être davantage demain.

Objectifs :

En matière d’énergie, la réglementation actuelle est en mutation, voire en construction. L’accent est mis sur la maîtrise de la demande en énergie et l’efficacité énergétique.

La Polynésie française a fixé ses objectifs à 2050 au sein de son Plan Climat Stratégique. Elle désire contribuer activement à l’effort de réduction mondial ; si ses émissions de GES sont minimes au regard des grands pays émetteurs, elles sont cependant très élevées par habitant. Elle souhaite atteindre 1.8 tonne de CO2 par an et par habitant à l’horizon 2050, soit une division par deux de ses émissions actuelles.
Pour atteindre ces objectifs et s’adapter au changement climatique, elle a développé six axes ou thématiques d’intervention :
–    mobilité durable et robustesse des systèmes de transport
–    maîtrise de la consommation et diversification énergétique durable
–    adaptation et sobriété du cadre bâti aux chocs climatiques et énergétiques
–    efficacité énergétique, résilience et responsabilité des systèmes productifs locaux
–    renforcement des patrimoines naturels et culturels face aux pressions urbaines
–    intégration des nouveaux risques et enjeux dans les politiques publiques

Les instruments de mise en œuvre de ces thèmes sont divers et passent tout d’abord par une information et une sensibilisation accrue des différents acteurs du territoire. Des incitations économiques, une bonne gouvernance, et la mise en place de réglementation dans les différents domaines sus mentionnés sont ensuite envisagées.

Instruments :

La Polynésie française, du fait de sa double insularité, se trouve exposée de manière accrue aux chocs exogènes liés à l’approvisionnement en hydrocarbures. Elle est, vis à vis des importations d’hydrocarbures, dans une situation de fragilité et de dépendance extrême. Fragilité et dépendance de son économie, basée sur un secteur pour le moment très énergivore et fluctuant au gré des variations climatiques : le tourisme.
Si l’adaptation de l’intégralité de la société au changement climatique est une nécessité, l’adaptation et l’anticipation des secteurs générateurs de revenu l’est encore plus. Cette résilience des systèmes productifs doit passer par des efforts communs (tant européen qu’à un niveau plus proche, océanien), une mutualisation, un transfert de technologie et un accent mis sur la R&D en la matière.

Compétitivité et sécurité d’approvisionnement/Capacités et répartition des efforts :

Comme souligné précédemment, la Polynésie française est très vulnérable d’un point de vue énergétique -100% des hydrocarbures sont importés- et climatique.
Son exposition croissante aux aléas climatiques accroît la vulnérabilité des infrastructures et donc des filières économiques vitales :  tourisme et perliculture.
Pour réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures, le Pays entend développer des sources d’énergie endogènes. Ce qui devrait déboucher sur des créations d’emplois locales dans ce domaine et permettre de garder sur le territoire les fonds jusqu’à présent transférés aux pays exportateurs de pétrole.

Les efforts de la Polynésie française devraient lui permettre d’atteindre les objectifs ambitieux qu’elle s’est fixée ;  son intégration au SEQE (Système d’Echange de Quotas d’Emissions) pourrait être un atout et doit être envisagé. Il lui permettrait de jouir des mécanismes de développement propre (MDP) et de mise en œuvre conjointe (MOC).

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