Catastrophe de Bhopal : « Nous aurions préféré mourir le jour de la catastrophe »

Il y a 28 ans, l’usine de pesticide Union Carbide, située à Bhopal dans le centre de l’Inde, explose dégageant un gaz mortel. Cette catastrophe marquera à jamais l’histoire de la société industrielle.

 

C’était dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984. Un nuage de gaz très toxique contenant, entre autre, du méthylisocyanate (MIC), s’échappait de l’usine Union Carbide. Plus de 8 000 personnes décèderont durant la nuit.

28 ans plus tard, la ville reste profondément meurtrie par cette catastrophe. Le site n’a jamais été décontaminé et continue de provoquer des cancers, brûlures des poumons, malformations et pollue la nappe phréatique.  Entre 4000 et 12 000 tonnes de produits toxiques seraient encore présents dans les sols, provoquant la mort d’une dizaine de personnes chaque mois.

Lors de l’explosion, l’usine de pesticide appartenait à l’Union Carbibe India Limited (UCIL), filiale indienne de la société américaine Union Carbide Corporation (UCC). Bien avant cette catastrophe, de nombreuses failles liées à la sécurité du site avaient déjà été relevées ; les déchets et produits toxiques s’étaient déjà infiltrés dans les sols. En 1982, soit deux ans avant l’explosion, des agriculteurs se plaignaient de la mort subite de plusieurs vaches qui pâturaient aux alentours de l’usine.

En 1994, l’Union Carbide vend sa filiale indienne à un acquéreur qui le revendra 4 ans plus tard à  l’Etat du Madhya Pradesh. Au fil des transactions, la décontamination du site est passée sous silence. En 2009, le gouvernement de l’état du Madhya Pradesh soutenait que le site n’était pas contaminé et envisageait même la possibilité d’ouvrir l’accès du site aux touristes… !

En réalité, la décontamination du site est un chantier titanesque. L’évacuation des 347 tonnes de produits stockés dans l’usine ne serait qu’un premier pas vers sa réhabilitation. Malheureusement, aucun centre de traitement en Inde n’est capable de prendre en charge leur incinération dans une totale sécurité.

En juin 2012, l’organisme public allemand d’aide au développement (GIZ) affirmait qu’il avait reçu l’approbation du gouvernement indien pour traiter les tonnes de déchets abandonnés. Cependant, le 17 septembre 2012, GIZ annonçait finalement qu’il refusait d’enlever les déchets pour les incinérer en Europe. Le motif invoqué : le gouvernement indien refusait d’engager sa responsabilité en cas d’accident durant le transport des substances toxiques.

L’Union Carbide a versé 470 millions dollars d’indemnités (sans aucune obligation de réhabilitation du site). 570 000 habitants ont touché en moyenne 500 dollars de compensation pour toute leur vie (en comparaison, Total a versé environ 2 milliards d’euros d’indemnités aux victimes et sinistrés d’AZF). « Nous aurions préféré mourir le jour de la catastrophe. Quel est l’intérêt d’avoir souffert pendant vingt-cinq ans ? », dit Rashida Bi, une victime.

Aujourd’hui Dow Chemical (entreprise ayant rachetée Union Carbide en 2001) s’estime dégagée de toutes responsabilités dans cette catastrophe. Le PDG d’Union Carbide en 1984, Warren Anderson, est accusé d’homicide et déclaré fugitif pour ne pas s’être présenté lors de son procès.

L’entreprise continue de dépenser des millions pour vanter son image (« Le groupe Dow soutient dans le monde entier les principes développement durable et s’efforce d’allier prospérité économique, protection de l’environnement et responsabilité sociétale. ») et est devenue partenaire des JO de Londres.

Toutes les victimes de Bhopal ne sont pas encore nées. Seront nous les prochaines ? Personne ne le sait mais restons attentifs car non loin de nous les usines Dow Chemical de Drusenheim, Erstein et Lauterbourg (Alsace) tournent à plein régime.

 

 

 

 

 

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