Le gaz de schiste : un enjeu économique, une exploitation hautement controversée

L´exploitation du gaz de schiste est avant tout un enjeu économique. Les USA sont devenus le premier producteur mondial de gaz en relançant leur industrie via son extraction. Elle a tout de même permis la création de nombreux emplois (600.000) et a eu des impacts sur le marché de l´énergie en termes de prix dont l´Union européenne a pu en profiter.

 

 

 

 

 

 

 

Extraction du gaz de schiste

Mais il y a encore un problème majeur quant à cette exploitation et qui suscite de nombreux débats. En effet, elle n´est pas sans conséquence sur l´environnement et la santé. Cette technique de forage directionnel horizontal et par hydrofracturation entraîne des émissions de gaz à effet de serre plus importantes que le gaz naturel classique. Mais surtout, les risques de contamination des sols et eaux souterraines, ainsi que l´appauvrissement des ressources en eau (il faut des millions de litres d´eau pour extraire le gaz de schiste) et la perturbation de la biodiversité (les roches fracturées libèrent des substances toxiques comme des métaux lourds et de la radioactivité naturelle) ne sont pas à négliger.

En Europe, le débat n´est pas encore tranché, la Commission européenne a remise en cause son exploitation. Du point de vue mondial, la totalité du gaz de schiste représenterait 140 ans de consommation actuelle de gaz naturel. Mais à l´échelle européenne, l´enjeu est moins important selon le rapport du JRC, le Centre de recherche commun, car l´exploitation n´engendre pas pour autant l´indépendance vis-à-vis des exportations de gaz. Par exemple, la Pologne, qui a accordé des licences d´exploitation,  espérait se défaire de sa dépendance énergétique russe.  Il n´en est rien, les gisements sont même moins prometteurs que prévu.

La France a pour l´instant interdit toute exploitation au nom du principe de précaution face aux risques environnementaux et sanitaires élevés. Pourtant, il n´est pas certain que le gaz de schiste reste inexploité encore longtemps. Comme le souligne le rapport Gallois, la recherche sur les techniques d´exploitation doit être poursuivie. Une initiative franco-allemande pourrait même voir le jour et à l´avenir un programme européen pour développer cette recherche permettrait de nouveaux progrès techniques. De plus, des forages exploratoires sont déjà mis en œuvre en Autriche, en France, en Allemagne, en Pologne, aux Pays-Bas, en Suède et dans le Royaume-Uni. A noter que la France, suite au moratoire de François Hollande, a décidé de ne pas poursuivre l´exploration.

Finalement, ce débat autour du gaz de schiste met en avant l´urgence d´une politique européenne de l´énergie. Une étude de l´EUobserver vient contredire celle du JCR : la demande de gaz des Etats européens pourrait être satisfaite pendant 30 ans sans en acheter une goutte à la Russie… En réalité, Bruxelles n´arrive pas à se doter d´une position unanime sur la question et les études scientifiques tendent à être contradictoires quant aux résultats escomptés. L´exploitation du gaz de schiste viendrait contrecarrer les objectifs environnementaux de la stratégie 2020 qui vise notamment à l´augmentation de 20% de l´énergie produite à partir de renouvelables et  à la réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, si l´exploitation du gaz de schiste tendait à se généraliser en Europe, elle se ferait au détriment des énergies vertes qui ne sont intéressantes que dans un contexte de marché de l´énergie tendu. Une révolution énergétique doit se mettre en marche, reste à savoir quel enjeu sera déterminant pour une Europe en pleine crise économique.

Par Justine Broquere, le 24 novembre 2012.

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