L´agroécologie, une alternative entre la culture intensive et le tout bio

La question de la sécurité alimentaire représente, avec le défi énergétique, le défi majeur que le monde devra relever d´ici les prochaines années.

L´agroécologie nous démontre qu´une alternative aux systèmes de culture conventionnels est possible. Compatible avec un peu de pesticides ou des engrais chimiques, l´agroécologie vise à produire mieux et plus, avec moins (Rue89). Il ne s´agit donc pas de faire du tout bio mais bien de rendre une culture durable et rentable. Pour cela, il faut un bon mélange dont voici la recette : une structure vitale du sol composé naturellement de terre arable, profonde et souvent argileuse qui permet une culture intercalaire, un stockage naturel de l´eau et un recours aux engrais verts, au compostage et aux traitements phytosanitaires naturels comme la cendre de bois. L´agriculteur doit choisir les variétés les mieux adaptées au territoire et privilégier les espèces locales, réaliser des travaux anti-érosifs de surface (pour lutter contre l´érosion des sols et recharger les nappes phréatiques) et enfin, mettre en place des haies vives pour protéger les sols des vents et améliorer le développement des plantes cultivées (Passerelleco).

Un mode de production moyenâgeux défendu vainement par un petit cercle d´utopistes radicaux écolos ? A la surprise générale des plus convertis en matière d´agrotechnologie et production intensive, c´est le Rapporteur spécial de l´ONU sur le droit à l´alimentation, Olivier De Schutter, qui a déclaré que le productivisme agricole et respectueux de l´environnement permet « d´obtenir des rendements beaucoup plus importants que l´agriculture conventionnelle » ! Etudes scientifiques à l´appui, le constat est édifiant : dans 57 pays en voie de développement, on observe une augmentation des rendements de 80% pour les projets agroécologiques et même de 116% pour tous les pays africains (actu-environnement).

Au-delà des nombreux avantages pour notre environnement que la multiplication de ce système engendrait, c´est notre modèle de production et de consommation qui est à repenser à travers ce concept d´agroécologie. Pierre Rabhi, célèbre agriculteur et penseur, en est son plus grand défenseur et prône le retour à « une nourriture consommée sur le territoire où elle a été produite », voilà une idée qui, malgré tout le bon sens qu´on peut lui accorder, semble complétement disparue de nos habitudes. L´enjeu est de taille car, comme le rappelle le rapporteur onusien, une adaptation au changement climatique et à l´augmentation de la population avec 9 milliards d´êtres humains en 2050 est urgente pour ne pas sombrer dans une grave crise alimentaire mondiale. Selon De Schutter, ces deux problématiques « ne se résoudront pas avec l´établissement de grandes fermes industrielles mais avec la mise en œuvre de projets écologiques adaptés aux petits producteurs ». Une position plus que déroutante pour l´Organisation mondiale du commerce car elle est à l´opposé du principe de concentration de la production agricole sur les régions les plus efficientes et d´importation de nourriture dont ont besoin d´autres régions.

Au final, l´impact de notre activité sur l´environnement et le défi énergétique qui nous attend sont indéniablement liés au choix de notre mode de production agricole. C´est donc un choix politique qui doit être fait pour orienter l´agriculture vers un système raisonné et durable dont la clé de la réussite réside en une gouvernance régionale et locale de nos besoins alimentaires.

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