La méthode du stockage géologique du CO2 secouée par le risque de déclenchement de séismes

La technique de captage et de stockage géologique du gaz carbonique, bien que coûteuse, semble promise à un bel avenir. Une nouvelle étude vient cependant tempérer les ardeurs des plus grands partisans de cette stratégie de lutte contre le réchauffement climatique. Le procédé est viable, mais le choix des sites doit se faire avec une très grande rigueur, empêchant probablement ainsi l’exploitation du procédé à grande échelle.

Afin de limiter au maximum les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, de nombreuses solutions sont envisagées. L’une d’elles consisterait à emprisonner du gaz carbonique sous terre, notamment au sein des nappes aquifères salines situées entre 1 et 3 km de profondeur. Cette approche, vue par de nombreux experts comme LA solution à la problématique des émissions massives de CO2 et à leurs conséquences, est appelée Carbon Capture and Storage, ou CCS.

L’International Energy Agency (IEA) estime que ce procédé devra participer, dans un futur proche, à hauteur de 20% aux réductions de gaz à effet de serre requises avant 2050, si l’on souhaite limiter le réchauffement climatique à 2°C sur le long terme. De très nombreux espoirs reposent donc sur la capture et le stockage géologique du dioxyde de carbone.

Cependant, Marc Zoback et Steven Gorelink de la tanford University viennent à travers leur étude publiée le 18/06/2012, remettre en cause cette stratégie de lutte contre le réchauffement climatique. Ils l’affirment : cette méthode risquerait de déclencher des séismes, et donc ne serait pas viable à grande échelle.

Nous estimons qu’il y a une forte probabilité que des tremblements de terre soient déclenchés par l’injection de vastes volumes de CO2 dans les roches fragiles” le plus souvent trouvées dans la croûte terrestre.

Dans la mesure où même des séismes de petite ou moyenne puissance peuvent compromettre l’étanchéité des poches géologiques contenant le CO2 séquestré, nous pensons que, dans ce contexte, stocker de très grands volumes de ce gaz constitue une stratégie risquée“, insistent-ils.

Vu ce risque, “cette stratégie pour réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre serait probablement un échec“, concluent ces scientifiques dont les travaux paraissent dans les Annales de l’académie américaine des sciences (PNAS), datées du 2 au 18 juin.

Le mécanisme est assez simple. L’incorporation de fluides liquides ou gazeux a pour effet d’augmenter la pression à l’intérieur des roches. Et dans les régions où la croûte terrestre est fragile, c’est-à-dire à proximité d’une faille préexistante et potentiellement active, ce regain de tension peut suffire à déclencher un tremblement de terre. Par la suite, ces séismes provoqueraient la rupture en certains points des structures géologiques et ainsi libéreraient le CO2 emprisonné dans les couches supérieures, parfois même dans l’atmosphère réduisant ainsi tout l’effort entrepris.

Les sites d’enfouissement doivent donc être choisis avec une extrême minutie, en privilégiant par exemple les zones géologiquement stables ou en prenant quelques mesures adéquates (par exemple combler les fissures des sites d’enfouissement, s’assurer de la présence d’une frontière imperméable résistante  et de couches géologiques relativement poreuses afin de limiter toute montée de pression lors de l’injection du liquide…).

Cependant pour prétendre lutter efficacement contre les émissions de CO2, il faudrait pouvoir en injecter de l’ordre de 3,5 milliards de tonnes par an dans le sous-sol, « soit un volume équivalent aux 27 milliards de barils de pétrole produit chaque année dans le monde », notent les auteurs. Difficile dans ces conditions de ne pas empiéter sur des zones à risques, avec par exemple des pays comme la Chine les Etats-Unis qui présentent de larges portions de territoires avec une forte sismicité.

Sources :

http://www.pnas.org/content/early/2012/06/13/1202473109.abstract

http://www.iea.org/topics/ccs/

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/06/19/01008-20120619ARTFIG00865-le-stockage-geologique-du-co2-provoquerait-des-seismes.php

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.