Photovoltaïque : la Chine met l’Europe en péril

La crise du solaire n’en finit plus en Europe. En France, on se souvient encore la semaine dernière des déboires de l’ancien fleuron Photowatt, et de la proche faillite du fabricant Evasol. En Allemagne, après la chute des fabricants Solon, Solarhybrid ou encore Solar Millenium, c’est maintenant au tour du pionnier de l’industrie solaire Q-Cells de déposer le bilan ce mardi 3 avril, en laissant plus de 2000 salariés dans l’incertitude.

Selon Paolo Frankl, responsable de la division énergies renouvelables à l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), « cette débâcle européenne s’explique par deux raisons qui sont liées : la forte concurrence des fabricants chinois bon marché et la réduction des subventions dans plusieurs marchés clés européens. ».

C’est en 2007 que les chinois ont fait le pari d’investir massivement dans la technologie du photovoltaïque, à hauteur d’une dizaine de milliards d’euros, pour devenir le premier producteur de modules au monde. En 2010, la Chine a produit plus de la moitié des panneaux solaires commercialisés sur la planète, selon une étude de Photon international. En Europe, sur les dix plus gros fabricants de panneaux solaires, cinq sont chinois, comme Suntech, Yingli ou encore Trina Solar.

L’industrie chinoise, caractérisée par la réalisation de fortes économies d’échelles et d’une main-d’œuvre bon marché, permet la fabrication de « modules qui coûtent moins cher que ceux de leurs concurrents pour un niveau de qualité acceptable », explique Paolo Frankl. Mais en inondant le marché de produits à prix cassés, les chinois ont contribué à une surproduction telle que pour un marché estimé à 26 gigawatts en 2011, 50 gigawatts sont sortis des usines. Conséquence : cette surproduction, à bas coût du côté chinois, a provoqué une baisse des prix, jusqu’à 75 % en trois ans dans certains pays. Or, alors que les prix des équipements baissaient drastiquement, les prix de vente de l’électricité n’ont pas diminué à la même vitesse. Pour éviter un surcoût pour le consommateur, qui finance le tarif de rachat garanti aux producteurs (via la CSPE en France), certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne ont décidé d’abaisser ces tarifs.

Incapables de faire face, les fabricants occidentaux accusent les constructeurs asiatiques de « concurrence déloyale ». Ils leur reprochent surtout d’emprunter sans limite auprès des banques détenues majoritairement par l’Etat à des taux intéressants tandis que les autorités locales leur vendent des terrains à des prix très bas. Certains américains et européens assurent aussi que le marché chinois a bénéficié de subventions d’Etat irrégulières. Cela n’a pas été démontré.

« Pour relancer leur marché, les producteurs européens vont devoir se renouveler et produire dans un environnement moins confortable, avec moins de subventions de leurs gouvernements », explique  Paolo Frankl. Le marché européen peut ensuite se différencier grâce à sa valeur ajoutée, en termes d’application des systèmes photovoltaïques intégrés au bâti, et également à travers son  avance sur la production de silicium multi cristallin, dont sont composées les cellules. Enfin, la Chine ne devrait pas à l’avenir augmenter son offre, déjà très forte, mais sa demande, en développant son marché intérieur au potentiel énorme. Cela devrait permettre de relâcher la pression sur les Etats-Unis et surtout sur l’Europe.

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