Quelle politique énergétique au Japon après Fukushima ?

Le Japon, 3éme puissance économique mondiale,  a toujours cruellement manqué d’hydrocarbures. Il dépend essentiellement du pétrole et du gaz du Moyen-Orient, qui contribuaient en 2009 à environ 60% des besoins énergétiques du pays. Afin d’assurer son indépendance énergétique, le Japon fait le choix du nucléaire. En juin 2010, le gouvernement se fixe comme objectif de construire neuf centrales nucléaires d’ici 2020 et quatorze supplémentaires d’ici 2030, de manière à élever à plus de 50% la part d’électricité d’origine nucléaire dans sa capacité électrogène totale.

Cependant la crise de Fukushima a totalement changé la donne, révélant le danger de cette forme d’énergie dans un pays à la merci des désastres naturels.   Après l’accident du 11 mars 2011, le Premier ministre Naoto Kan avait ordonné la mise à l’arrêt provisoire et le passage en revue de tout le parc nucléaire, qui pourvoyait entre un quart et un tiers des besoins du pays en électricité. Cependant au moment de faire repartir les centrales, les autorités locales se refusent à prendre le risque de donner le feu vert. Du coup, aujourd’hui, entre visites de maintenances et paralysie du pouvoir, 52 des 54 réacteurs japonais sont à l’arrêt, en mai ils seront tous en sommeil.

Face à la perte progressive de ses capacités nucléaires, le Japon a réagi en réduisant sa consommation énergétique. Modification des horaires de bureau, extinction des enseignes lumineuses aux heures de pointes de consommation et plafonnement de l’usage de la climatisation sont autant de mesures adoptées en urgence pour franchir le pic de consommation estival. Bilan, les mois de juillet, août et septembre 2011 affichent des baisses de consommation comprises entre 8,4 et 12,1% par rapport aux mêmes mois de l’année précédente.

Cependant le Japon paie cher cette sortie forcée du nucléaire. Sa facture d’importation énergétique a bondi en 2011, engendrant un déficit commercial que le pays n’avait pas connu depuis 1981. Et l’année 2012 s’annonce délicate : selon une étude de l’Institut économique de l’énergie, l’ardoise énergétique grimpera de 35 milliards d’euros, compte tenu de la part plus importante prise par les énergies fossiles. Les particuliers subiront une hausse de leur facture d’électricité de 18%, et les entreprises de 36%.

C’est dans ce nouveau contexte psychologique que le Japon se décide à accélérer sa reconversion aux énergies propres. Lors de son discours général du mardi 13 septembre 2011, le Premier ministre Yoshihiko Noda déclare que le Japon doit se fixer comme objectif de « réduire autant que possible la part de l’électricité d’origine atomique au profit des énergies naturelles renouvelables » afin d’être à la pointe au niveau mondial dans le domaine. « Nous allons repartir d’une page blanche et présenter d’ici à l’été prochain un nouveau plan énergétique à l’horizon 2030“.

Avant l’accident, environ 8% de l’énergie du pays était issue des énergies renouvelables. En août 2011, une loi a été votée pour mettre le solaire et l’éolien au cœur des politiques énergétiques du pays. Objectifs affichés : 20% de la production devra être propre en 2020 et 10 millions de panneaux solaires seront installés sur les toits japonais d’ici 2030. D’ici 2016, la construction d’un parc éolien d’envergure au large de Fukushima devrait débuter. Le gouvernement y participe financièrement par le biais d’un fonds mis en place pour la reconstruction après le drame de Fukushima. Les premiers essais ont commencé ce mois-ci. Il est prévu que ces éoliennes fournissent en énergie environ un million de foyers dans un pays de plus de 127 millions d’habitants. Ce parc viendra renforcer les autres parcs disséminés dans tout le pays. Les turbines ont bien résisté au tsunami et au tremblement de terre le plus impressionnant  de l’histoire récente du Japon. Ce n’est pas le cas des centrales nucléaires.

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