Les nanotechnologies, remède miracle pour sauver l’environnement ?

Les nanotechnologies sont souvent présentées comme le remède miracle qui pourra sauver l’environnement. De nombreuses applications sont envisageables à plus ou moins long terme, et apporteraient des avancées significatives dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources fossiles, les pollutions, la pénurie d’eau…La croissance économique pourrait alors se poursuivre sans pour autant s’inquiéter de la consommation des ressources. Il s’agirait de consommer plus, tout en réduisant notre impact écologique. Cependant, un rapport des Amis de la Terre publié en novembre 2010 met à mal cette idée, et relativise fortement l’impact positif des nanotechnologies sur l’environnement.

On peut citer ici quelques exemples d’applications des nanotechnologies dans le domaine de l’énergie. Au niveau du photovoltaïque, des structures empilées de semi-conducteurs permettraient d’atteindre de bien meilleurs rendements pour les cellules. L’hydrogène pourrait également être facilement stocké grâce à l’utilisation de matériaux nano-poreux et serait alors utilisé dans des moteurs à combustion ou par des piles à combustibles. Des réductions de la consommation d’énergie sont rendues possibles par des systèmes d’isolation thermique, de par une amélioration des matériaux conducteurs. Enfin, l’utilisation des nanotubes de carbone dans le domaine du stockage de l’électricité pourrait permettre de créer une pile, nommée supercondensateur, qui se rechargerait en quelques secondes, tout en étant plus légère qu’une batterie chimique et en ayant une durée de vie d’environ 3000 ans.

Or, le rapport des Amis de la Terre pointe les nombreux défauts qui sont associés à ces applications. Dans un premier temps, il est révélé que le rendement de conversion de l’énergie solaire des panneaux photovoltaïques nanotechnologiques est encore environ moitié moindre que celui des panneaux au silicium. Concernant  le secteur de l’hydrogène, les avancées n’en sont qu’à un stade très précoce. Selon le rapport, il est douteux que des voitures roulant à l’hydrogène issu d’énergies renouvelables soient en circulation dans les dix ou vingt prochaines années. Egalement, un défaut majeur, la consommation d’énergie et les impacts environnementaux de la fabrication des nanomatériaux sont extrêmement élevés. A masse égale, fabriquer des nanofibres de carbone requiert 13 à 50 fois plus d’énergie que fondre de l’aluminium, et 95 à 360 fois plus d’énergie que produire de l’acier. La libération de nanomatériaux dans l’environnement pourrait aussi entraîner une accélération de la formation de puissants gaz à effet de serre. Par exemple, une étude montre qu’en présence de nanoargent, des boues comme celles des usines d’épuration d’eau dégagent quatre fois plus de protoxyde d’azote, un redoutable gaz à effet de serre. Enfin, il est souligné que malgré leur discours vert, les gouvernements des Etats-Unis, de l’Australie, du Royaume-Uni, du Mexique, du Japon et de l’Arabie Saoudite affectent des fonds publics à la mise au point de nanotechnologies visant à trouver et extraire d’avantage de pétrole et de gaz. Les plus grosses sociétés pétrochimiques de la planète dont Halliburton, Sell, BP America, Exxon Mobil et Petrobras, ont créé un consortium pour financer des recherches en vue d’accroitre l’extraction de pétrole.

A la lecture du rapport, les nanotechnologies sont donc loin d’être présentées comme la solution miracle qui sauvera l’environnement. Malgré toutes les opportunités qu’elles sont susceptibles d’offrir, les promesses ne sont pas tenues puisque actuellement, le coût énergétique et plus généralement environnemental est colossal. Les nanotechnologies cependant sont présentées comme la quatrième révolution industrielle et nul doute qu’elles constituent un enjeu majeur pour ce 21éme siècle, et ce dans de multiples domaines (médecine, électronique…).  Elles représentent de puissants outils qui pourraient à terme offrir de nouvelles façons de produire, capter et stocker l’énergie… Tout dépend alors de l’orientation que les nanosciences prendront.

La vision des Amis de la Terre est la suivante : « Au bout du compte, les nanotechnologies risquent surtout de faciliter une prochaine vague d’expansion de l’économie mondialisée, aggravant notre dépendance aux combustibles fossiles et aux produits chimiques dangereux qui existent déjà tout en créant une série entièrement nouvelle de périls supplémentaires. En outre, les nanotechnogies menacent d’altérer irrémédiablement les portions de nature qui subsistent encore, en les incluant dans le système de production et de consommation dominant. »

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