Les terres rares, un enjeu économique et environnemental

Épuisement des énergies fossiles, crise énergétique, risque nucléaire, réchauffement climatique…
Ces problèmes apparaissent dans l’ère du temps et nul n’est supposé les ignorer. Mais il en est un
tout aussi crucial, qui se fait plus discret. Il s’agit d’ici 15 ans de la raréfaction des métaux rares,
aussi appelés terres rares ou bien encore lanthanides.

Les terres rares sont un groupe de dix-sept métaux aux propriétés relativement semblables.
Contrairement à ce que leur nom pourrait suggérer, ils ne sont pas particulièrement rares puisqu’il
existe de nombreux gisements de par le monde, mais leurs stocks sont finis et réparti très
inégalement à travers le monde. Ils sont très souvent présents en petite concentration, ce qui rend
leur extraction difficile, coûteuse et extrêmement polluante.

Or du point de vue de l’économie mondiale, ces métaux font parties des métaux stratégiques.
Bien que nécessaire en très petite quantité, ils sont indispensables au développement des produits
technologiques sophistiqués, du simple téléphone portable, de l’I-Pad jusque dans nos avions en
passant par la voiture électrique…mais également des énergies renouvelables ! Celles-ci présentées
comme une alternative d’avenir crédible aux énergies fossiles, sont effectivement fortement
consommatrices de métaux rares. On les trouve dans les cellules photovoltaïques, les turbines
d’éoliennes, les batteries, les aimants et les dispositifs d’éclairage. Le néodyme et le dysprosium sont
des constituants d’aimants de turbines d’éoliennes et de moteurs de véhicules électriques. L’indium,
le gallium et le tellure sont des matériaux pour les cellules solaires. A cette liste on peut ajouter le
platine qui est un catalyseur.

Les métaux rares apparaissent alors comme un enjeu majeur, une arme économique pour ce 21éme
siècle ! Mais si les pays occidentaux en sont très friands, ils n’ont en revanche aucun contrôle sur
leur approvisionnement. Un comité d’experts, présidé par la commission européenne, a étudié
41 matières premières minérales indispensables au développement des nouvelles technologies à
l’horizon 2030, notamment dans l’amorce du virage éco-responsable de l’Europe. Parmi les matières
premières étudiées, 14 ont été qualifiées de critiques car présentant un risque d’approvisionnement
élevé en conjonction avec une importance économique croissante. La production de ces matières
critiques est concentrée en un nombre restreint de pays à savoir la Chine, la Russie, la République
Démocratique du Congo et le Brésil. L’Europe se trouve ainsi dans une situation de dépendance
quasi-totale avec une moyenne de 95% d’import de ces 14 matières premières critiques en 2006, et
avec un faible taux de recyclage et peu d’options de substituabilité. L’inquiétude est d’autant plus
grande que le rapport projette une explosion de la demande de ces matières premières dans les 20
prochaines années, proportionnellement à l’évolution des nouvelles technologies. Ainsi la demande
de gallium pourrait être multipliée par 20 et celle de l’indium par 8 d’ici 2030.

En 2009, la décision de la Chine de limiter strictement l’exportation de terres rares n’a rien fait
pour arranger les choses. En avril 2011, une nouvelle taxe sur ces métaux a également été imposée
par le gouvernement chinois. Au cours des deux dernières décennies, la Chine a acquis un quasi-
monopole dans le domaine. Elle a progressivement poussé ses concurrents à la faillite et contrôle
aujourd’hui 96% de la production, pour seulement 36% des réserves mondiales. Contrairement à
ce qu’on pourrait croire, le but de cette manœuvre n’est pas de faire monter les prix (même si cela
sera certainement un de ses résultats) mais bien de s’assurer que les terres rares chinoises iront

prioritairement aux industries chinoises. Avec un taux de croissance qui, malgré la crise, reste un
des plus élevés du monde, la Chine a un besoin croissant de matières premières, et les terres rares
ne font pas exception. Si les investissements dans les énergies renouvelables restent marginaux en
proportion du PIB (la Chine restera dépendante du charbon et du nucléaire pour des décennies) ils
sont considérables en volumes.

L’enjeu, aujourd’hui, est donc pour les pays de sécuriser leur approvisionnement à des prix
raisonnables et limiter l’impact de la raréfaction des terres rares au niveau mondial. Plusieurs
moyens existent : réduire leur utilisation, trouver des substituts, diversifier les sources en exploitant
des mines en dehors de la Chine et recycler ces minerais. Les entreprises commencent en effet à
développer des alternatives à l’utilisation des terres rares, et le Japon a découvert cet été 2011
d’énormes gisements dans les fonds de l’océan pacifique. Reste à savoir si tout cela sera bien
suffisant pour éviter une grave pénurie au cours de ce 21éme siècle, de manière à ne pas constituer
un frein au développement des énergies renouvelables…

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