L’écologie supposée des banques

Dans tous les secteurs de l’économie, l’heure est à la prise de conscience écologique, chaque entreprise veut démontrer qu’elle est plus « verte » que son concurrent. Le secteur de la banque n’échappe pas à cette mode. Ne nous y trompons pas, l’objectif principal risque fort de rester le profit, quel que soit son impact sur l’environnement.


Pour y parvenir, depuis quelques années, les banques ne cessent de proposer de nouveaux produits « écolo » ou encore de s’associer avec des ONG défendant l’écologie.

Prenons l’exemple du Crédit Agricole, qui depuis février 2010 est partenaire de la WWF. Leur collaboration porte sur le développement de produits bancaires responsables diminuant les impacts directs du chiffre d’affaire sur l’environnement.

On peut saluer l’initiative, mais est-ce réellement par le biais de cartes bancaires biodégradables, de prêts estampillés durables et de la réduction de leur coût papier que l’on peut qualifier une banque de « verte » ; face à leur poids financier ? Il ne s’agit en réalité pas de mesures phares. Elles leur permettent de communiquer, mais sont loin d’être suffisantes.

Par ailleurs, par souci de profit la banque n’hésite pas à investir dans la réalisation d’une centrale à charbon en Afrique du Sud (MEDUPI). Il est inutile de préciser l’effet néfaste des rejets de CO2 qu’engendre une telle construction face aux économies d’énergies minimes que la banque peut réaliser avec des mesures internes. L’investissement du Crédit Agricole dans un tel projet et la diffusion en parallèle d’une campagne publicitaire vantant ses bienfaits sur l’environnement lui a valu le prix Pinocchio 2010 du développement durable, dans la catégorie «greenwashing» décerné par l’ONG « Les amis de la terre ». Cet exemple n’est pas isolé, bon nombres de banques prennent des mesures internes, HSBC annonçait ainsi récemment compenser ses émissions de CO2, la Société Générale a mis en place une taxe carbone interne…

Il est plus intéressant de s’attarder sur les émissions de CO2 induites par les financements et investissements réalisés par ces banques, afin de savoir quelles mesures sont prises à ce niveau.

Les banques françaises financent actuellement des projets tel Medupi mais aussi Japitur, qui visent à implémenter deux centrales nucléaires de type EPR en Inde. Ces projets auront des répercussions néfastes pour l’environnement. Les banques se défendent en invoquant un « intérêt stratégique politique », et une conjoncture économique qui ne leur permettent pas de laisser filer des projets rentables. La bonne conscience est vite reléguée au placard.

Des efforts sont tout de même consentis par les banques en faveur de l’environnement. La BNP, la Société Générale et le Crédit Agricole adhèrent avec plus de 70 autres banques dans le monde aux principes Equateur. Créés en 2003, ils représentent un engagement volontaire de procéder à une analyse détaillée des aspects environnementaux et sociaux de chaque nouveau financement de projet. De facto, ces principes portent uniquement sur les financements, qui ne représentent que 5% des activités bancaires, ils gagneraient à être appliqués aux crédits. Il s’agit d’un premier pas qui peut laisser envisager un secteur plus engagé à l’avenir.

Ainsi dans une même banque se côtoient en parallèle des investissements dans des parcs éoliens et dans des centrales nucléaires. Le secteur reste avant tout animé par le profit. Les banques doivent jongler avec leur réputation d’un côté et leur besoin de s’engager dans des projets rentables, dilemme encore plus délicat en période de crise où celles-ci sont pointées du doigt.

Les banques font des efforts certes, mais avant tout dans leur intérêt propre et ces efforts sont encore minimes face aux pouvoirs que celles-ci pourraient exercer sur l’environnement de demain, la fin de la crise et une économie prospère pourraient les aider à franchir le cap et leur permettre de retrouver une crédibilité.

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