Négociations de Bonn 2011 : divisions et blocages

Bien que les sessions intermédiaires de négociations, comme celles de Bonn,  soient techniques, plusieurs sujets politiques se sont invités dans les discussions entre les 193 parties en juin dernier : le devenir du protocole de Kyoto, les modalités de versement des fonds « fast start », ou encore les revendications relatives aux blocages décisionnaires et objectifs du futur accord mondial contraignant.

 

L’après-Kyoto : sujet de divergences stratégiques

 

A ce jour, seule l’Union européenne et quelques pays se sont déclarés favorables à une seconde période d’engagement du protocole de Kyoto : le Canada, la Russie et le Japon ont annoncé qu’ils ne la ratifieraient pas.

Le protocole de Kyoto impose aujourd’hui des réductions d’émissions de gaz à effet de serre à 37 pays développés pour la période 2008-2012, représentant 27 % des émissions mondiales, mais pas aux États-Unis et à la Chine, les principaux émetteurs à ce jour.

Sans le Canada, la Russie et le Japon, il ne couvrira plus que 17 % des émissions mondiales.

De l’avis de Guy Saint Jacques, ambassadeur canadien des négociations internationales, « l’urgent est de travailler à un accord juridiquement contraignant, qui s’appuie sur la base de Cancun et qui inclut tous les grands émetteurs […] le protocole de Kyoto ne rassemble que très peu de pays, il ne couvre qu’une partie du problème (27 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre) alors que les accords de Cancun vont plus loin et préparent le terrain d’un futur accord mondial. »

« L’important est désormais de travailler à une période de transition efficace entre le protocole de Kyoto et un futur accord mondial », estime quant à lui Serge Lepeltier, ambassadeur français chargé des négociations sur les changements climatiques. « La conférence de Durban (Afrique du Sud) ne sera pas une conférence majeure, elle sera un pas pour avancer vers un accord mondial. L’idée est d’utiliser Kyoto comme un outil en vue de ce futur accord » explique ce dernier.

 

Des demandes de révision du système et de ses seuils

 

La Bolivie a proposé aux pays développés de s’engager à réduire leurs émissions entre 12 et 14 gigatonnes équivalent CO2 – contre 7 gigatonnes prévues selon les accords de Cancun d’ici 2020. Le pays souhaiterait également que soit adoptée l’idée de « poursuivre en justice » les pays développés qui ne rempliraient pas leurs obligations envers le protocole de Kyoto.

Ses représentants dénoncent en outre le « blocage » des négociations et « le manque d’ambition » des objectifs de réduction des émissions gaz à effet de serre présentés à Cancun – qui représentent actuellement un scénario de réchauffement de la planète de 3 à 4 degrés Celsius d’ici 2010.

Le Mexique et la Papouasie-Nouvelle Guinée ont quant à eux soumis l’idée de procéder par vote plutôt que par consensus lors des conférences des parties de la Ccnucc. C’est en effet la règle du « consensus » et non de « l’unanimité » qui prévaut pour l’adoption de tout accord ; ce qui avait permis à un petit groupe de pays de bloquer l’adoption par la Ccnucc de l’accord de Copenhague, et à la présidence mexicaine de Cancun de faire adopter deux textes malgré le désaccord exprimé par la Bolivie.

 

Une distribution des fonds à revoir

 

La Ccnucc a également rendu publics les rapports d’étape sur le versement des fonds « fast start » des pays développés à destination des pays en développement en 2010. A Copenhague, ils s’étaient engagés à verser 30 milliards de dollars sur les années 2010, 2011 et 2012. Selon l’analyse des premiers rapports effectuée par l’ONG américaine WRI (World ressources institute), 16,5 milliards de dollars ont été « planifiés, engagés, mobilisés ou mis en place […] mais sans clarification sur la signification exacte des différents termes employés par les pays développés ». Il y aurait un « manque de clarté sur la distribution géographique et sur le caractère additionnel de ces fonds ».

Le Bangladesh a ainsi reçu 150 millions de dollars d’aide au titre du « fast start », sous forme de dons. Cela s’ajoute aux 125 millions prévus initialement pour ce pays très vulnérable au changement climatique. Cet argent vient principalement de l’Union européenne (Allemagne, Pays-Bas, Suède), de la Norvège et de l’Australie.

D’après Karim Ansarul, membre de la délégation du Bangladesh auprès de la Ccnucc (convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques) : « 150 millions de dollars, ce n’est rien comparé à nos besoins, que nous estimons à cinq milliards de dollars par an environ ».

 

 

En clôture de la session de Bonn, Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Ccnucc a réaffirmé que « l’accord de Cancun est le pas en avant le plus ambitieux jamais réalisé depuis le protocole de Kyoto. Cette année, la conférence de Durban servira à examiner ces ambitions, les rendre opérationnelles, réelles », précisant que la future présidence sud-africaine poursuivra ses consultations avec les parties, à plusieurs niveaux, dont celui des négociateurs, des ministères, et des chefs d’États.

La secrétaire a par la suite indiqué que l’ultime réunion de négociations avant la conférence de Durban (fin novembre 2011) se tiendrait à Panama du 1er au 7 octobre.

 

 

Sources :

http://unfccc.int/2860.php

http://www.aedd.fr/public/fr

www.actu-environnement.com

Le bulletin de la Terre (IISD)

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