Après la catastrophe de Fukushima, les réactions politiques européennes divergent

La catastrophe de Fukushima, qui fait suite au tremblement de terre japonnais du 10 mars 2011 et qui a vu la destruction de 4 réacteurs nucléaires et l’émission de particule et d’eau radioactive dans l’environnement, a suscité des réactions politiques diverses sur le mix énergétique des Etats. En voici un aperçu.

L’Union Européenne, par l’adoption de l’accord Euratom en 1957 a institué la communauté européenne de l’énergie atomique, qui visait à contribuer à la formation et à la croissance rapide de l’industrie nucléaire. Positionnant l’Union dans un contexte favorable à l’énergie nucléaire, cet accord ne donne pas à l’UE de compétence pour définir le mix énergétique de ses Etats Membres. Suite à la catastrophe de Fukushima, les ministres européens ont présenté un projet pour définir des critères communs pour la réalisation de tests de sécurités sur les réacteurs de l’UE. La réalisation de ces tests dépendrait de la volonté des Etats Membres. De manière générale, l’Union ne remet pas en cause le nucléaire. Elle a même réaffirmé son soutien par la voie du commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, qui a déclaré « le nucléaire va rester une source d’approvisionnement à court, moyen et long terme ».

A la suite de la catastrophe, L’Allemagne a revu sa politique en matière d’énergie nucléaire. En 2000, Gerhard Schroder avait mis en place un plan de sortie définitive du nucléaire d’ici 2021. Le gouvernement d’Angela Merckel était revenu sur cette décision en octobre 2010 en prolongeant la durée de vie de ses 17 centrales de 12 ans en moyenne. La catastrophe de Fukushima a conduit le gouvernement à revenir sur cette décision.Ainsi, un moratoire sur l’exploitation de ces 7 plus vieilles centrales (construites avant 1980) a été conduit immédiatement qui a étésuivi d’un projet de loi visant à la sortie définitive du nucléaire d’ici 2022. Le nouveau plan, proposé par le gouvernement fédéral le 30 mai 2011 et adopté par le parlement le 6 juin dernier, entérine la sortie totale du nucléaire avec la fermeture progressive des centrales d’ici 2022. L’Allemagne, qui est actuellement importatrice d’électricité pour sa production de base mais exportatrice de sa production de pointe, devra trouver un moyen de remplacer sa production nucléaire, qui représente actuellement 23 % de sa production d’électricité. La loi adoptée en début juin prévoit ainsi de miser sur l’éolien en mer, sur les centrales au gaz et charbon, tout en diminuant la consommation d’énergie de 10 % d’ici 2020.

Le 25 mai dernier, le gouvernement fédéral Suisse a recommandé le non remplacement de ses centrales nucléaires au terme de leur durée de fonctionnement fixée à 50 ans. Cette proposition, adoptée par les députés le 7 juin dernier, ouvre la voie à un processus politique qui devrait aboutir dans les prochains mois. La fédération s’engagerait ainsi dans un processus progressif de sortie du nucléaire en échelonnant la fermeture de ses 5 centrales entre 2019 et 2034. Le gouvernement propose en contrepartie de miser sur l’efficacité énergétique, l’hydroélectricité et les centrales au gaz.

En Italie, les citoyens ont votés à majorité (94 % des votants) contre la réintroduction du nucléaire lors d’un référendum populaire les 12 et 13 juin 2011. Ce vote a eu lieu alors que Silvio Berlusconi prévoyait, depuis 2008, de faire de la réintroduction du nucléaire un projet phare pour le pays. L’Italie avait en effet abandonné définitivement le nucléaire par référendum en 1987 suite à l’explosion de la centrale de Tchernobyl.

Le nucléaire a été abandonné en Autriche depuis 1978 (three miles island), suite à un référendum, confirmé en 1997 par le parlement. Le nucléaire est interdit depuis 1999 par la constitution.

En Espagne, un moratoire instauré en 1984 a interrompu la construction de nouvelles centrales. La durée de vie de deux des 5 centrales du pays avait été prolongée de 10 ans la veille de la catastrophe de Fukushima. L’approvisionnement d’énergie par le nucléaire, qui représente actuellement environ 20 % de la production d’électricité, n’est pour autant pas remis en cause en Espagne.

La Belgique a décidé l’abandon du nucléaire en 1999 par une loi exigeant l’arrêt de ses réacteurs après 40 d’exploitation et en prohibant la construction de nouveaux réacteurs. Les deux centrales actuellement en fonctionnement fournissent 55 % de l’électricité nationale. La sortie du nucléaire, prévue à l’origine pour 2015, a été repoussée de 10 ans en 2009.

Le Royaume-Uni, 5ème producteur mondial d’énergie nucléaire avec 9 centrales en activité produisant 22 % de la production nationale d’électricité, n’estime pas nécessaire de remettre en cause le nucléaire comme source de production énergétique. Le gouvernement a tout de même annoncé qu’il souhaitait prendre le temps de tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima avant de donner son accord pour la construction des 4 centrales de nouvelle technologie de réacteurs pressurisés européens (EPR), dont la mise en production était prévue pour 2018. Il est entendu que le report de la prise de décision ne vise pas à interdire la nouvelle technologie mais plutôt à prendre en compte tous les enjeux et améliorer la sécurité des réacteurs.

Première productrice d’électricité nucléaire au monde, la France ne remet pas en question l’approvisionnement de 77 % de son électricité par cette technologie. Le gouvernement affiche son soutien à la filière et a affirmé qu’il ferait réaliser les tests de sécurité préconisés au niveau européen. Ces tests réexamineraient les réacteurs vis-à-vis des risques d’inondation, de séisme, de perte d’alimentation électrique, de perte de refroidissement et concernant la gestion opérationnelle des situations d’accident.

En Bulgarie et en République Tchèque, des contrats ont été récemment signés pour des programmes de développement de centrales nucléaires, visant à augmenter l’indépendance énergétique des pays.

Au niveau européen, les réactions face à la catastrophe de Fukushima sont donc très diverses : certains pays décidant de sortir définitivement du nucléaire, axant leur transition sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, d’autres pays choisissant de continuer l’exploitation de cette ressource, voir de l’augmenter ou de développer les nouvelles technologies nucléaires.

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