Gaz de schiste : Vers un énième imbroglio énergétique ?

Alors que les coupes se multiplient dans le Grenelle de l’Environnement, la politique énergétique de la France reste toujours aussi floue. Après le moratoire photovoltaïque et la crise nucléaire, le gouvernement hésite quant à la démarche à suivre pour l’exploitation des gaz de schiste. Il est pour l’instant revenu sur la pertinence des permis d’exploitation accordés en Mars 2010 et envisage de légiférer pour limiter les possibilités de recherche.

Mais que sait-on réellement de ces ressources ? Tout d’abord qu’elles représentent potentiellement un gisement énergétique colossal : l’Institut Français du Pétrole évoque le volume de 920 000 milliards de mètre cube au niveau mondial. Et la France serait particulièrement bien dotée, notamment au Sud du Massif Central. Est-ce alors concevable de se priver de cette manne dans un pays si faiblement pourvu en ressources conventionnelles ?


Si l’on écoute les tenants du lobby pétrolier et gazier français, il faut, à coup sur, s’engager pleinement dans l’exploration pour faire émerger un éventuel savoir faire national. Ce serait également un moyen de réformer le mix énergétique du pays, alors que le tout-nucléaire s’effrite peu à peu. Dernier argument venant de ces partisans : exploiter les gaz de schiste limiterait les variations de prix de la ressource en rapprochant les zones de production des zones de consommation.


Reste toutefois un problème majeur. L’exploitation des hydrocarbures de roche est une catastrophe : elle présente des risques environnementaux et sanitaires majeurs d’une part, mais également sociétaux d’autre part.


En effet, les gaz de schistes sont, contrairement aux ressources conventionnelles, enfermés dans une roche mère, et non dans une poche. Il faut donc pour les extraire, injecter d’immenses quantités d’eau, de produits chimiques et de sable à haute pression pour fracturer la roche. Cependant, par ce procédé, on menace de contaminer, par le gaz ou par les solutions chimiques, les nappes phréatiques environnantes. Avec les conséquences que l’on peut imaginer : pollutions des cours d’eau, destruction d’espèces aquatiques, dangers pour la santé humaine et animale…


En outre, le problème, en plus d’être écologique, est aussi sociétal. En effet, si l’on permet l’exploitation de ces hydrocarbures, on recule encore et toujours la transition énergétique. Or, il est aujourd’hui plus que nécessaire de développer la sobriété énergétique et les énergies renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique.

Face à ce double défi, le gouvernement adopte une position mi-figue mi-raisin. Si les permis d’exploration ont bel et bien été retirés, l’adoption d’un texte ferme contre l’exploitation risque d’être plus difficile, d’autant que le rapport d’experts commandé par le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable recommande seulement l’adoption d’un cadre juridique plus encadré, c’est-à-dire à une réforme du code minier. Il est donc possible, voire probable, que l’incertitude reste de mise en matière énergétique.

Enfin, cette question des gaz de schiste pose également le problème de l’émergence de la décision politique en présence d’avis d’experts, de réactions citoyennes et de pressions industrielles. Comment, dans le cadre du développement durable, garantir que la conclusion la plus juste soit prise, et, dès lors, assurer la transparence sur le processus de décision qui a été choisi ? Seul l’avenir pourra, sur ce point, nous apporter quelques débuts de réponses.


Le rapport en question :

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_du_rapport_provisoire.pdf

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