Photovoltaïque : est-ce bien nécessaire ?

La filière photovoltaïque a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. Pourtant, la publication des chiffes de progression du photovoltaïque et de l’éolien en 2010 suscite le doute sur la capacité de cette technologie à révolutionner le visage du bouquet énergétique français.

Depuis la baisse des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque du 31 aout 2010, et l’instauration d’un moratoire sur les installations le 9 décembre 2010, les professionnels du secteur ont beaucoup fait parler d’eux. Le gouvernement a expliqué les mesures successives par la nécessité de mettre fin à l’émergence d’une bulle spéculative. Conséquence parmi d’autres, EDF subissait les surcoûts engendrés par son obligation d’acheter l’électricité photovoltaïque, compensés par une CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité, payée par chaque consommateur d’électricité dans sa facture) insuffisante. Pendant ce temps, les professionnels du secteur (producteurs de panneaux, installateurs, développeurs), subissant de plein fouet des annonces successives et inattendues, dénonçaient l’irresponsabilité du gouvernement et la mise à mal du secteur.

Mettant fin à un certain suspens, les projets de textes relatifs au nouveau dispositif de soutien au photovoltaïque ont été dévoilés mercredi 23 février. Ce n’est qu’un épisode du feuilleton, puisque les organisations de professionnels et des associations de protection de l’environnement ont publié, le 28 février, un communiqué de presse enjoignant le gouvernement à modifier ses projets.

Est-ce une coïncidence ? Les chiffres de progression de l’éolien et du photovoltaïque en 2010 viennent d’être publiés par le service de l’observation et des statistiques (SOeS).

Au premier abord, les cocorico sont de mise. Effectivement, avec  une multiplication par trois en 2010 de la puissance installée en photovoltaïque, ce secteur dernier n’a rien à envier à l’éolien, qui enregistre “seulement” une progression de 24% en puissance installée (1-0 pour le PV).

Un examen plus approfondi des chiffres semble pourtant inverser la tendance. En effet, alors que le photovoltaïque s’enorgueille de dépasser la barre des 1000 MW (1025 MW au 31 décembre 2010), l’éolien, lui, peut se targuer d’un accroissement de plus de 1100 MW, qui porte la puissance installée du secteur à 5729 en fin 2010, soit plus de 5 fois celle du photovoltaïque (1-1 égalité).

Les chiffres publiés par le SOeS ne nous permettent pas de comparer les deux secteurs en terme d’énergie produite. En effet, si le service révèle les chiffres pour l’éolien (9,4 TWh, soit 1,8 % de la production d’électricité française en 2010, contre 1,5% en 2009), les chiffres de production du photovoltaïque ne sont pas mentionnés… Seraient-ils peu valorisants ?

Puisque nous y sommes contraints, prêtons nous à un petit calcul. En considérant que la puissance installée en photovoltaïque l’est essentiellement dans le Sud de la France, nous retiendrons un ensoleillement de 1800 h/an (maximum de l’obligation d’achat d’EDF). En le multipliant par la puissance raccordée au réseau en 2010 (1025 MW), on peut estimer (en supposant que la totalité des installations aurait produit pendant toute l’anée 2010, ce qui par essence est faux) une production potentielle de 1845000 MWh soit 1,8 TWh pour l’année 2010. Ce qui permet de supposer que, malgré la fulgurante progression du photovoltaïque en 2010, celui-ci aurait permis de produire moins d’1/5ème de la production du parc éolien (2-1 pour l’éolien).

Dernière comparaison, sur le tarif d’achat de l’électricité, dont la différence avec le tarif de vente réglementé est assumé par les consommateurs via la CSPE. Alors que l’électricité issue du photovoltaïque est rachetée par EDF pendant 20 ans à un tarif variant de 28,85 à 46,4 cts€/kWh suivant le type d’installation (projet d’arrêté actuel), l’éolien est racheté pendant 10 ans à 8,2 cts€/kWh (éolien terrestre) ou 13 cts€/kWh (éolien en mer) puis à un tarif inférieur pendant 5 ans (éolien terrestre) ou 10 ans (éolien en mer). Dans l’état actuel des choses, l’électricité photovoltaïque revient donc beaucoup plus cher au consommateur que l’électricité éolienne (3-1 pour l’éolien), qui peut en outre se vanter de produire en hiver et la nuit, sous réserve que le vent soit de sortie, bien entendu.

Si l’on résume, alors que le photovoltaïque a connu une croissance exceptionnelle en 2010 (puissance raccordée multipliée par 3), il n’atteint qu’un cinquième de la puissance raccordée de l’éolien et n’aurait pas permis de produire plus d’un cinquième de la production éolienne, en engendrant des surcoûts supplémentaires pour le consommateur via la CSPE.

A titre de conclusion, le but de cette diatribe n’est pas de dénigrer le photovoltaïque. En effet, cette comparaison se base uniquement sur des données économiques, et ne prend pas en compte l’analyse de cycle de vie des installations, notamment l’intensité carbone des équipements, les impacts environnementaux et paysagers des installations, leur recyclage.

De plus, il ne s’agit pas de déterminer une source d’énergie qui serait à même d’assurer, mieux qu’une autre, la totalité de la production d’énergie renouvelable du bouquet énergétique français. En revanche, il est intéressant d’étudier les facteurs qui favorisent certains types d’énergies dans chaque contexte de géographie locale spécifique. Car c’est en combinant différentes sources d’énergies, adaptées à des contextes spécifiques, que les objectifs de production d’énergie renouvelable pourront être atteint.

Le but de cet article, pour conclure, était donc bien de relativiser le feuilleton qui anime le secteur du photovoltaïque français, au regard des performances de l’éolien, dont les conditions d’installations ont d’ailleurs été rendues plus strictes par la loi “Grenelle 2”.

Sources :

Article d’actu-environnement sur le projet d’arrêté sur le nouveau cadre du photovoltaïque

Communiqué de presse d’organisations professionnelles et ONG sur le blog d’Arnaud Gossement

Tableau de bord éolien-photovoltaïque n°196 – février 2011 – SOeS

Tarifs d’achat de l’énergie éolienne sur le site du ministère approprié

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