Cancun : le compromis

Depuis la fin du sommet de Cancun ce weekend, les médias s’agitent et déballent leurs conclusions sur l’évènement qu’ils n’avaient commenté que du bout des lèvres, voir complètement boudé. Pour la plupart, le bilan final s’apparente à un compromis, un accord, qui n’a pas le caractère contraignant qu’on attendait de lui (nous qui avons suivi l’actualité du sommet savons que ce n’est pas une surprise).

Plus précisément, ce sont deux textes, adoptés par consensus dans la nuit du 10 au 11 décembre, qui forment la base de l’accord de Cancun. L’un, de deux pages, décide de la continuation du Protocole de Kyoto. L’autre pose en 30 pages un ensemble de résolutions et de mécanismes prolongeant l’architecture de la Convention Climat.

L’ensemble a été approuvé  par les 190 pays représentés (NB : pas par la Bolivie).


Hope Cancun

Instauration d’un Fonds Vert

Il prévoit en particulier la création d’un Fonds Vert pour aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement climatique. Les pays développés avaient promis à Copenhague de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, mais l’origine de ces fonds n’avait pas encore été identifiée. C’est la Banque Mondiale qui servira d’administrateur intérimaire pour le Fonds durant trois ans. Cependant, on notera qu’il y a une absence de contraintes envers les pays parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. Les rapports produits par les grands pays émergents comme la Chine ou l’Inde sur leur émission de GES seront soumis à des consultations et analyses internationales (ICA), “non intrusives”, “non punitives”, et “dans le respect de la souveraineté nationale”

Les nombreuses interrogations sur la façon dont ce fonds sera alimenté restent aussi sans réponse. Un panel mis en place par l’Onu a suggéré la mise en place de financements alternatifs, comme des taxes sur les transports et les transactions financières.

patricia espinosa

Lutte contre la déforestation

Le texte pose par ailleurs les bases d’un mécanisme visant à réduire la déforestation, à l’origine d’environ 15 % à 20 % des émissions globales de gaz à effet de serre (lire ci-dessous). Mais cela n’apporte aucune nouveauté sur le niveau de réduction des émissions, jugé unanimement trop faible pour atteindre l’objectif des 2 degrés.

Il inclut des mesures visant à préserver les droits et intérêts des communautés forestières ainsi que la biodiversité. De plus, la référence controversée au marché du carbone est pour l’instant abandonnée, ce qui rassure beaucoup de militants écologistes.

Un coup d’accélérateur est aussi donné à la question de l’adaptation aux impacts du changement climatique pour les plus vulnérables. Cancun a permis la création du comité pour l’adaptation qui aura pour mission de mettre en cohérence les actions et d’assurer un soutien technique aux pays du Sud.

Kyoto, le point très consensuel

Le projet propose un compromis quant à  l’avenir du protocole de Kyoto, sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), qui vient à échéance en 2012. Depuis le début de la conférence, cet enjeu fait l’objet de vives tensions, mais aujourd’hui, les Etats tel que le Japon, le Canada ou la Russie qui avaient manifesté leur réticence à une seconde période d’engagement de Kyoto, ont approuvé le texte.

Il est prévu que les parties continueront de travailler « pour s’assurer qu’il n’y aura pas de vide entre la première période et la deuxième période », sans toutefois affirmer clairement qu’il y en aura une.

L’accord de Cancun laisse ouverte la question sensible de l’avenir de Kyoto, seul protocole juridiquement contraignant sur le climat existant à ce jour. Un sujet qui ressurgira immanquablement lors du prochain grand rendez-vous climat fin 2011 à Durban (Afrique du Sud).

applause in cancunLe texte permet d’inscrire dans le marbre de nombreux points de l’accord politique de Copenhague, qui n’a jamais été adopté par la convention de l’Onu. Et surtout de le décliner de façon plus précise.

C’est en particulier le cas de l’objectif consistant à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C au-dessus des niveaux pré-industriels. « Les parties doivent agir de manière urgente pour atteindre cet objectif à long terme », indique l’accord.

Le succès de la présidence mexicaine

Il faut souligner, car c’est un fait rare durant les conférences onusiennes, que l’intervention de la ministre des affaires étrangères, Patricia Espinosa, en séance plénière  a été saluée par une longue ovation debout. Son optimisme et sa détermination ont rencontré un franc succès :  le texte « ouvre une nouvelle ère pour la coopération internationale sur le climat », « Nous avons fait des progrès remarquables », « Nous devons continuer ».

Certes, le climat n’a pas été sauvé ce samedi à Cancun, mais les négociations ont été renforcées et la confiance rétablie. La Présidence mexicaine y est pour beaucoup. Par son organisation tempérée et sa volonté de transparence du début à la fin, elle a favorisé un climat propice au compromis.

the end of cancun

Sources

http://www.cdurable.info/Bilan-Sommet-Climat-Cancun-ONU-Fonds-Vert-Accord-minima,3120.html

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2010/12/10/001-cancun-negociations-derniere-nuit.shtml

http://www.lepays.fr/fr/permalien/article/4301138/Apres-l-echec-de-Copenhague-l-accord-de-Cancun-fait-renaitre-l-espoir.html

http://fr.canoe.ca/infos/environnement/archives/2010/12/20101211-183610.html

http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-actualites-de-Cancun.html

http://www.actu-environnement.com/ae/news/accord-cancun-climat-11548.php4

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