A un mois du sommet de Cancun : Deux événements révélateurs des relations sino-européennes et sino-américaines face aux enjeux du développement durable

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Juste un mois avant la COP 16 à Cancun, deux événements, révélateurs des enjeux d’un accord contraignant mondial sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), ont eu lieu, impliquant les trois principaux acteurs économiques et politiques de la planète, à savoir la Chine, les Etats-Unis et l’UE. D’un côté, le 26 octobre, les relations entre la Chine et l’UE ont fait l’objet d’une conférence sous le titre « Comment l’UE et la Chine peuvent mieux travailler ensemble » à l’initiative du journal « European Voice » au cœur de l’Europe, à Bruxelles, et leurs points de convergence et de divergence dans le développement et le transfert des écotechnologies ont été mis en lumière par les intervenants. De l’autre côté, le 15 octobre, les Etats-Unis ont entamé une enquête sur les subventions de la Chine aux énergies renouvelables estimés par le syndicat américain de métallurgie (USW) comme contraires aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Afin de procéder à l’analyse de leurs positions à partir de ces événements, il serait pertinent de commencer par le contexte général du commerce international auquel ces grands acteurs économiques participent.  En 2001,  la Chine a accédé à l’Organisation Mondiale du Commerce mais son statut comme économie de marché ne sera obligatoirement reconnu par les membres de l’OMC qu’en 2016. Jusqu’à présent les 2/3 des pays membres lui ont reconnu ce statut mais parmi ces pays ne figurent ni l’UE ni les Etats-Unis. En effet, ces derniers partagent les mêmes inquiétudes sur les politiques commerciales de Chine. Ils conditionnent l’attribution du statut de marché à la Chine à l’établissement dans son territoire d’une réglementation transparente des lois des marchés sans favoriser les entreprises chinoises et des lois de protection des droits de propriété intellectuelle conformes aux règles internationales. Jusqu’à cette reconnaissance, ils peuvent imposer des taxes anti-dumping  sur des produits importés de Chine en comparant leurs prix avec ceux des pays tiers.

Les énergies renouvelables ainsi que les écotechnologies, des marchés aux vastes potentialités d’agrandissement, ne pourraient pas échapper aux règles internationales du commerce. La survie économique des pays ou le maintien de leur puissance économique dépend de leur positionnement sur ce marché et présuppose de plus grands efforts des pays comme Chine, dont la puissance économique repose sur le secteur de la manufacture et non pas sur celui des technologies de pointe. De plus, le seul moyen pour la Chine d’assumer des responsabilités plus lourdes en matière d’émissions de GES d’une manière économiquement viable est le développement des écotechnologies.

Lors de la conférence susmentionnée, le commissaire européen pour le commerce, Karel de Gucht, a insisté sur le problème des obstacles existants en Chine pour les  investisseurs européens et surtout les exigences de contenus locaux dans l’industrie et le manque des critères qualitatifs lors du dépôt des brevets en Chine.  Cela implique une protection insuffisante des droits de propriété intellectuelle et une forte possibilité que leurs produits soient imités.

De l’autre côté, Qu Xing, diplomate et président de l’Institution  des Etudes Internationales de Chine, a souligné que la Chine doit être perçue comme un partenaire égal de l’UE sur la scène mondiale et dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il a identifié cinq changements récents de la politique européenne envers la Chine qui, d’après lui, indiquent la tendance actuelle de l’UE à ne pas seulement coopérer avec la Chine mais aussi à viser à lui transférer son modèle économique et politique. En premier lieu, l’UE ne voit plus la Chine comme un pays en voie de développement mais comme un sérieux compétiteur. Toujours selon Qu Xing, cette nouvelle vision de la Chine, conduit au deuxième changement, à savoir une politique plus protectionniste de l’UE envers les produits chinois. De plus, l’UE se rend compte du fait que le système de gouvernance de la Chine représente un système alternatif à celui du modèle de démocratie occidentale et considère que le système  politique chinois présente des problèmes de transparence. Elle commence aussi à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine telle que la situation des droits de l’homme au Tibet. En dernier lieu, elle considère dorénavant que la Chine doit assumer plus de responsabilités puisqu’elle est devenue une puissance économique mondiale concernant par exemple la lutte contre le réchauffement climatique.

Andrian Severin, membre de la délégation du Parlement Européen pour les relations avec la Chine, a insisté sur le fait que le Parlement européen ne doit pas chercher à imposer les valeurs occidentales à la Chine mais plutôt à rechercher leurs points de convergence et les domaines dans lesquels des partenariats de coopération pourraient être développés comme en matière d’énergies renouvelables. Enfin, François Godement, professeur spécialisé sur  l’Asie dans les relations internationales et membre ancien du « Conseil européen des Relations extérieures », un centre de recherche et d’influence (« think tank ») concernant la politique extérieure de l’Union Européenne, a critiqué le fait que l’UE n’a pas une politique extérieure commune envers la Chine et, par conséquent, ne défend pas efficacement ses intérêts lors de ses accords avec la Chine.

Le deuxième incident, qui pourrait conduire à une dénonciation de la Chine par les Etats-Unis au sein de l’ OMC, démontre que la protection environnementale n’est pas neutre au niveau économique et commercial mais qu’elle peut en revanche devenir l’objet de critiques si, liée par des intérêts économiques, elle conduit à la violation de la liberté du commerce mondial. Dans le cas d’espèce, les industries américaines allèguent que le montant des investissements chinois dans le domaine des énergies renouvelables est indûment énorme, atteignant le double de ce que les Etats-Unis ont investi et à peu près la moitié de la somme investie dans ce secteur globalement. Ils mettent aussi en cause les règles de ce financement puisque ceux-ci obligent les industries chinoises à favoriser les fournisseurs chinois et à exporter un pourcentage important de leurs produits afin de dominer le marché mondial des  énergies renouvelables.

On constate que tant que la Chine, les Etats-Unis et l’UE ne se seront pas mis d’accord sur les règles de commercialisation des écotechnologies, il y aura un véritable obstacle à l’aboutissement d’un accord contraignant pour ces grandes puissances concernant la lutte contre le réchauffement climatique. Même s’il est vrai que la Chine doit être envisagée comme un partenaire égal, il n’en demeure pas moins que la différence de son système politique et de son modèle économique doit être prise en compte. Par conséquent, les règles de l’OMC devraient être appliquées d’une manière moins stricte aux pays qui n’ont pas assez développé des technologies de pointe. Néanmoins, les critères de transparence et de liberté sont nécessaires pour contrôler la qualité de ces écotechnologies et assurer leur développement dans l’intérêt de la population mondiale.

Sources:

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/etats-unis/201010/15/01-4332891-les-etats-unis-enquetent-sur-les-subventions-de-la-chine-a-lindustrie-verte.php

http://ecfr.eu/content/entry/china_power_audit_ecfr_fox_godement_eu/

http://www.wto.org/french/tratop_f/tpr_f/tp_rep_f.htm#bycountry

http://www.chinadaily.com.cn/china/2010-10/28/content_11467516.htm

http://fr.radio86.com/articles-de-medias-chinois/chine-et-etats-unis-s-engagent-malgre-leurs-differends

http://www.bundesregierung.de/Content/FR/Artikel/2010/07/2010-07-16-merkl-china__fr.html

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