ECOQUARTIERS : mode, ville du futur ou utopie?

L’urbanisme français est souvent décrit comme étant  une catastrophe : quartiers cloisonnés, sans réelle mixité sociale, centrés autour de l’utilisation de la voiture…  Mais malgré les recommandations et l’enthousiasme qu’engendrent les projets d’écoquartiers, leur mise en place répond-elle toujours aux exigences écologiques, mais aussi humanistes de cette notion de plus en plus utilisée? C’est dans les années 1980 en Europe du Nord que les écoquartiers apparaissent en opposition au “tout voiture” et au gaspillage énergétique, ils retrouvent un second souffle dans les années 2000 avec les préoccupations liées au réchauffement climatique. Depuis, de nombreux projets apparaissent souvent poussés par les élus, mais aussi par la législation. Ainsi, la Loi Grenelle recommande la construction, avant 2012, dans toutes les communes ayant un programme de développement de l’habitat significatif, d’un écoquartier. Mais il n’existe aucune définition d’un écoquartier : qui, où, comment? Alors difficile de juger les éléments mis en place.

L’article 121-1 du Code de l’urbanisme pose les principes essentiels de cette matière dont un très important : éviter l’étalement urbain en réutilisant des zones déjà urbanisées. Pourtant, de trop nombreux écoquartiers français naissent en plein champ. Outre le “gaspillage” d’espace, ces quartiers, du fait qu’ils sont excentrés, ne réduisent pas l’utilisation de la voiture. Autre problème : la mixité. En effet, ces quartiers restent peu accessibles à tous. Même s’ils représentent de petites communautés dans lesquelles on se connait, se salue, vit ensemble, ces quartiers sont majoritairement habités par des classes assez aisées. Ils peuvent aussi paraître un peu fermés sur eux-même : il arrive qu’ils aient  leurs propres commerces, écoles, parcs… Alors certes, cela évite les déplacements polluants aux habitants, mais cela peut aussi créer un quartier un peu cloisonné.

Le point le plus positif reste cependant le plus important : les solutions énergétiques qui y sont mises en place. D’abord, parce que de gros efforts sont faits en terme de rénovations, et notamment avec l’isolation. Ainsi, les isolations végétales ont le vent en poupe. De plus, il faut reconnaître que des efforts sont faits pour éviter l’étalement urbain puisque de nombreux écoquartiers sont en fait la réhabilitation d’anciens quartiers ( Bonne, Grenoble) comme d’anciennes casernes militaires (Vauban à Fribourg). Photovoltaïque, méthanisation, tri… autant de solutions faisant de ces lieux des vitrines en matière de bâtiments propres voire “à énergie positive”. Ainsi, le bilan écologique global de ces bâtiments est bien meilleur, leur empreinte carbone moins importante.

Paris va enfin créer son premier écoquartier aux Batignolles. Pour obtenir cette qualification, le quartier ne devra pas dépasser une consommation moyenne de 50KW/m3/an. Les constructions devront être  écologiques, mais se pose la questions des labels : HQE, BBC… Labels nombreux et plus ou moins efficaces, ainsi, un bâtiment pourra être qualifié de HQE en ne replissant que 3 des 14 critères envisagés. Mais cette initiative parisienne a aussi le mérite de ne pas créer une simple cité dortoir, en effet, ce quartier accueillera aussi la cité judiciaire : bonne initiative, mais pour laquelle tout n’a pas été prévu puisque les transports en commun n’y sont pas assez présents. La ville prévoit aussi d’y construire des logements sociaux et des commerces pour qu’il s’agisse d’un quartier attractif.

Mais un projet encore plus intéressant (pour certains utopique), a vu le jour aux Pays-Bas. Pourquoi plus intéressant? Parce que le projet voit plus large qu’un quartier. Pour la municipalité de Culemborg “une autre ville est possible” c’est pourquoi elle a laissé libre choix aux architectes, urbanistes, mais aussi familles pour la construction de leur écoquartier. Ce sera le quartier de Lanxmer, un “coeur vert”, une “nature habitée”. C’est Marleen Kaptein qui en est à l’origine, pour elle, un modèle alternatif de ville est possible, c’est pourquoi, avec son association EVA, elle regroupe architectes, urbanistes, mais aussi familles. Résultat : un quartier propre avec pour objectif l’autosuffisance énergétique ( géothermie, panneaux solaires, éoliennes, récupération d’eaux de pluies, isolation). Grâce à la gestion commune de la centrale de chauffage, l’entretien des jardins, des réels liens sociaux se sont tissés tout en évitant le “communautarisme” et le phénomène “réserve à bobos”. Mais certains projets n’ont jamais vu le jour par manque de moyens comme la centrale de conversion des eaux usées en biogaz.

Les “surcoûts écologiques” restent donc un frein important. Mais ils ne sont pas les seuls, certains lobbies bloquent encore l’écoconstruction. Taoufik Souami cite un exemple simple : la puissance de la filière française du béton (Bouygues et Vinci) à qui “on a demandé pendant longtemps un développement important pour leur demander aujourd’hui de repartir à zéro”. Pour Françoise-Hélène Jourda, le vrai problème vient de “l’urgence de réhabiliter les bâtiments” et non d’en créer de nouveaux : il faut faire les choses petit à petit.

On semble donc loin de l’écoville. Mais il est certain que les écoquartiers sont plus qu’une mode utopique. Ils commencent à apparaître dans les PLU et la création de ZAC. Reste à faire les choses dans l’ordre et déterminer des priorités pour obtenir des quartiers écologiques certes, mais aussi mixtes et ouverts.

pour aller plus loin:

  • Articles extraits du dossier du mois du journal “Le Monde Dossiers et Documents” d’octobre 2010, notamment “Ecoquartiers : une réalité”
  • “Urbanisme les écoquartiers, de l’utopie à la réalité” Télérama numéro 3172

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