Catastrophe industrielle en Hongrie : Des responsabilités à partager ?

Un réservoir d’une usine d’aluminium hongroise a cédé lundi 4 octobre 2010.  Plus d’1 million de m3 de boues toxiques se sont déversées sur 40 km² à l’ouest de Budapest. Ce résidu chargé de métaux lourds de la production d’aluminium est très nocif pour l’environnement. La fertilité des terres agricoles est mise en péril, tout comme l’équilibre naturel. Trois comtés sont d’ores et déjà soumis à l’état d’urgence.

A court terme, il faut stabiliser la boue. Mais, l’urgence ne doit pas occulter la question de la responsabilité à long terme. Deux visions s’affrontent alors. L’entreprise met en avant un défaut technique lié aux conditions météorologiques difficiles. Les organisations environnementales, elles, accusent la société MAL, exploitante du site, d’avoir accumulé trop de liquide dangereux, contrairement à ces obligations. Cette surcharge aurait causé la rupture.

Si ce dernier scénario se révèle être le bon, l’entreprise devra financer la dé-pollution. En effet, sur ce sujet, la Hongrie possède une législation des plus strictes. Il est toutefois probable que cette société n’est pas les fonds nécessaires. Il faudra alors puiser dans les recettes fiscales d’un Etat déjà secoué par la crise.

Dans un tel cas de figure, l’Etat devra rendre des comptes lui aussi. Car malgré son excellence normative, la Hongrie est un des mauvais élève du contrôle réglementaire. Les inspecteurs n’ont pas les moyens financiers, bien qu’ils aient les moyens juridiques.

Mais certaines voix s’élèvent aussi pour désigner un autre coupable tout trouvé: l’Europe. L’éditorialiste de Komment, quotidien national hongrois, dénonce ainsi la pression des directives européennes. Selon lui, si l’on a échoué à prévenir cette catastrophe, c’est que toutes les forces du pays étaient appliquées à transposer les directives communautaires sur les ordures ménagères. Au risque de délaisser le traitement de produits plus nocifs et surtout plus importants en quantité. Il suggère donc de traiter “l’essentiel”, plus que le superflu (Déchets ménagers : -5% des déchets en Europe).

L’Europe aurait elle aussi son lot de responsabilité ? Coupable de s’occuper uniquement des ordures visibles ? Encore une fois, la crise cristallise les positions nationales. Il ne faut pas toutefois occulter les efforts européens en matière de gestion des déchets industriels. Elle a établi un plan courageux de limitation et de valorisation, notamment à travers les objectifs 2020. Peut être ces objectifs sont ils trop ambitieux ? Au sens éthique, par sa rigueur , l’Europe a probablement été la seule entité responsable. Mais seuls le temps, et, espérons, la réduction du nombre de catastrophes, pourront permettre de dire si la politique communautaire a eu raison d’être une politique de l’excellence, plutôt qu’une recherche de  « l’essentiel ».

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