Biocombustibles : où en est-on avec le miscanthus ?

Dans le contexte actuel, la recherche de nouvelles sources d’énergie est plus qu’à l’ordre du jour, et de nombreuses alternatives aux systèmes traditionnels se développent. Le secteur des biocombustibles  de chauffage est l’une d’entre elles, et dispose d’un important potentiel de développement (indépendance énergétique, réduction de la consommation d’électricité, développement agricole…). La culture du miscanthus est donc d’actualité, et de plus en plus d’agriculteurs réfléchissent à une reconversion vers les cultures énergétiques. La participation au forum Energiesparmesse à Wels (Autriche), du 3 au 7 mars, a été l’occasion de se pencher sur la question.

Focus sur le genre Miscanthus

Plantes herbacées vivaces de la famille des Poaceae (Graminées) et originaires d’Afrique et d’Asie du Sud, les espèces du genre Miscanthus, et en particulier celles dites “herbes à éléphant”,  suscitent un intérêt croissant des mondes industriels et agricoles. Leur forte productivité et leur teneur en lignocellulose en sont la cause, faisant de ces espèces des candidats potentiels pour les marchés des biocarburants et des biocombustibles.

C’est plus particulièrement l’hybride miscanthus géant qui intéresse le milieu : issu d’un croisement, dans un but de production énergétique, cet hybride stérile est en effet très productif. Sa croissance rapide, sa capacité à pousser sur un sol pollué et son rendement élevé en font une ressource intéressante pour une valorisation énergétique, soit en le brûlant directement soit en le transformant en biocarburant.

Le manque de recul sur ces cultures ne permet cependant pas de qualifier et quantifier ses effets sur la faune, la qualité  des sols, ou d’éventuelles séquelles sous forme de carences minérales.  Et si le miscanthus pourrait à terme remplacer le charbon dans les centrales électriques ou chaudières industrielles, sans modification technique, il constitue un volume à transporter et stocker plus important à poids égal.  La culture de miscanthus en est donc encore au stade expérimental.

(Source : wikipedia)

Le témoignage plutôt positif d’un agriculteur autrichien

Le salon Energiesparmesse de Wels a été l’occasion de rencontrer des acteurs du milieu et d’échanger sur les pratiques actuelles ; l’un d’entre eux, maire d’une commune de 1000 habitants, directeur d’une Maschinenring (équivalent autrichien d’une CUMA), et agriculteur, nous a fait part de son expérience de la culture du miscanthus.

Bien que présent en Autriche depuis une vingtaine d’années,  le miscanthus n’a intéressé cette Maschinenring qu’il y a six ans, dans le but d’une réorientation énergétique. Depuis a été développée une importante structure qui fournit les rhizomes de l’espèce, propose des conseils pratiques et techniques pour sa culture, revend la production sous différentes formes (vrac, briquettes, granulés), et propose des contrats de chauffage (individuel et collectif) à partir de la combustion du miscanthus.

La combustion de biomasse autre que le bois fait  normalement craindre l’émission de NOx, mais d’après les agriculteurs de la Maschinenring, elles seraient négligeables avec le miscanthus.  Par contre des effets néfastes peuvent apparaitre selon la forme sous laquelle il est brûlé : une combustion en vrac entraîne par exemple des problèmes de particules et nécessite donc la pose de filtres supplémentaires. Le plus économique étant cependant le miscanthus en vrac, il est conseillé de  le mélanger à des briquettes bois. Par ailleurs, du chlore peut être émis lors de la combustion, mais d’après les essais de la Maschinenring, ces émissions dépendraient de la qualité du sol, du temps, et même de la date de récolte : plus elle est repoussée, et moins il y a de chlore (conseil  de la Maschinenering : récolter fin avril).

Fort de cette expérience, le directeur de la Maschinenring vise l’indépendance énergétique de sa commune. Il surveille donc depuis six ans sa culture “bio” de miscanthus, et compare ses résultats à ceux des autres agriculteurs de la région. Globalement, il y a peu de différences de rendement entre son miscanthus “bio” sans engrais et celui fertilisé de ses collègues. C’est même plutôt dans le cas de cultures fertilisées qu’un problème a été constaté : avec un épandage de lisier de porc, le miscanthus dans sa 2e année atteignait déjà 4 mètres de haut, et était encore vert et en croissance à la fin de l’automne, empêchant ainsi la chute des feuilles et entraînant la verse des plants, plus lourds, avec les intempéries.

Dans l’objectif d’atteindre l’autonomie énergétique, le maire de la commune compte ravitailler  d’ici 30 ans l’ensemble de ses chaudières en miscanthus, provenant des cultures des agriculteurs locaux. L’idée est d’instaurer des contrats de 10 à 15 ans avec les futurs livreurs, en se basant sur un “Biomasseindex” pour les prix. Cet index est construit à partir de six indices : les prix à la consommation, le coût du travail, le prix de l’électricité, le prix du pétrole, le prix du bois combustible et le coût de la construction.

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Ce qu’en pensent les industriels de la filière

Après avoir échangé avec plusieurs experts de chaudières à biomasse au salon de Wels, le constat est très nuancé. Sur un peu moins de 30 exposants, seuls 7 ont annoncé :

  • soit expérimenter la combustion de combustibles autres que le bois, en vue de développer des chaudières adaptées,
  • soit déjà proposer des chaudières conçues pour le miscanthus, la paille, le maïs… avec des rendements intéressants et sans trop d’inconvénients.

Dans les deux cas, ces industriels “croient” en la filière bioénergie, et espèrent proposer d’ici quelques années des alternatives au bois de chauffage, même s’ils admettent qu’il est pour le moment le plus fiable d’un point de vue combustion.

Pour les autres, le miscanthus et autres plantes combustibles sont sans intérêt, les arguments principaux étant le faible rendement, les émissions incontrôlables de chlore et autres substances, ou encore la production trop importante de cendres.

Pourtant l’expérience autrichienne a de quoi rendre optimiste quant à l’avenir du miscanthus ! Certains n’auraient-ils pas pris le bon train ? Affaire à suivre …

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