L’idée d’une taxe carbone aux frontières de l’UE refait surface après Copenhague

Après un accord décevant à Copenhague, l’idée d’une taxe sur les importations depuis la Chine et les autres nations ayant des législations environnementales moins rigoureuses que celles de l’UE gagne du terrain.

« Si certains pays parmi les plus grands émetteurs au monde continuent de faire obstacle à l’adoption d’objectifs contraignants de réduction des émissions, l’Union européenne doit envisager, comme le permet le rapport de l’OMC du 26 juin, une taxe carbone sur les produits importés de ces pays qui font une concurrence déloyale à nos entreprises », a déclaré Paul Magnette, le ministre belge du Climat, dans les colonnes du journal Le Soir peu après la fin du Sommet de Copenhague.

Le but d’une telle mesure, soutenue par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, serait de faire pression sur les pays refusant les objectifs contraignants (comme la Chine) en vue des négociations de 2010 (à Bonn et à Mexico) et de rassurer les industriels européens.

Ces mesures d’ajustement aux frontières, n’ont cependant obtenu qu’un faible soutien des autres dirigeants européens: « Ce n’est pas la bonne voie », a affirmé le ministre allemand de l’Environnement Norbert Röttgen. « Nous devons éviter de brandir les armes, car elles ne nous aideront pas », a déclaré de son côté Andreas Carlgren, le ministre suédois de l’Environnement. La plupart des ministres partagent le point de vue exprimé par la Suède. « Cette mesure doit être l’ultime option », a encore averti Teresa Ribera, la secrétaire d’Etat espagnole à l’Environnement.
La Commission européenne estime qu’il est trop tôt pour commencer à parler des mesures d’ajustement aux frontières dans les négociations, qui risqueraient de compromettre tout accord. Elle soutient que la priorité sera d’atteindre un accord mondial juridiquement contraignant à Mexico fin 2010.

Selon Simon Tilford, économiste en chef au Centre for European Reform (CER), les droits de douane aux frontières créeraient plus de problèmes qu’ils n’en résoudraient, et de telles mesures seraient extrêmement difficiles à mettre en place. Il encourage dès lors l’UE à trouver des moyens alternatifs et considère qu’il convient de travailler sur le risque de « fuite de carbone », c’est-à-dire la délocalisation des industries européennes les plus polluantes vers des pays tiers, qui ont des conséquences néfastes en terme de compétitivité et d’emploi mais peuvent également rendre totalement inefficace le plan européen de lutte contre le réchauffement climatique, puisque les émissions de gaz à effet de serre, simplement déplacées, continueraient à être nocives au niveau mondial.

Néanmoins, certains penseurs politiques voient d’un oeil plus positif de telles taxes à la frontière: Daniel Gros, directeur de la politique économique au Centre for European Policy Studies (CEPS), a fait valoir que les droits de douane sur les exportations des pays en développement pourraient en fait augmenter “le bien-être mondial”.

Dans un document de Décembre 2009, il a souligné que l’évaluation des tarifs sur le carbone a, jusqu’à présent, concentré ces efforts sur la compétitivité, impulsant le bien-être mondial. Une taxe carbone aux frontières de l’UE permettrait de réduire la production étrangère; il en découlerait bien plus d’avantages environnementaux que les pertes de la réaffectation de la consommation.
Aussi, les éventuels obstacles politiques à l’introduction de tarifs sur le carbone pourraient être surmontés si l’UE décide d’utiliser le produit de la taxe pour aider les pays exportateurs les plus pauvres, à adopter des économies plus vertes, a ajouté Gros.

Pour plus d’informations, cliquez ici.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.